Pourquoi la reconnaissance de la transhumance par l’UNESCO est importante ?

C’est une tradition qui vient du fond des âges. La transhumance, cette migration saisonnière du bétail, est pratiquée depuis des millénaires. Sa reconnaissance vient de loin aussi : le Botswana, à plus de 7 000 kilomètres des Alpes du Sud. C’est là que l’Unesco a annoncé l’inscription de la transhumance au patrimoine culturel immatériel de l’Humanité, début décembre.

De quoi rendre fiers les éleveurs et les bergers dont les troupeaux gagnent les alpages à l’été. Enfin… ceux qui sont au courant de la nouvelle, passée relativement inaperçue. Peut-être parce que le suspense était limité, la France ayant suivi avec d’autres la voie de l’Italie, de la Grèce et de l’Autriche, dont la candidature avait été acceptée en 2019.

Une tradition nécessaire à bien des égards

Peu importe, Nicolas Perrichon ne va pas bouder son plaisir. « Ça va permettre d’ancrer dans le temps nos surfaces pastorales, nos surfaces d’estive, les besoins pour nos troupeaux. Avec l’urbanisation et l’évolution de la société, avoir une reconnaissance comme celle-là, c’est très important » estime le président du centre d’études et de réalisations pastorales Alpes-Méditerranée (Cerpam), basé à Manosque.

La transhumance était-elle en danger, pour qu’on la confie à l’Unesco ? Oui et non. « Elle peut l’être par plusieurs aspects, notamment la prédation, parce que maintenant le loup est partout, été comme hiver » observe Nicolas Perrichon. Aux yeux de celui dont les 1 000 brebis mourérous passent les beaux jours au col de la Bonnette – Restefond, il s’agit « plus d’une reconnaissance que d’une sauvegarde ». D’ailleurs dans les Alpes du Sud, le nombre de bêtes qui montent en altitude l’été – en camions, désormais – se maintient.

L’enjeu, pour que la transhumance perdure, c’est l’installation. « Pour qu’il y ait des bergers-vachers, il faut des troupeaux. Il faut donner aux jeunes l’envie de pratiquer la transhumance. Pour l’attractivité du métier, plus le regard sera positif, plus il y aura de vocations » raisonne Fabienne Gilot, qui a piloté la candidature à l’Unesco pour le compte du collectif des races de massif (Alpes, Pyrénées, Massif central et Corse). Une candidature qui a « suscité un intérêt grandissant des collectivités, des parcs » pour la pratique. Avec l’inscription au patrimoine de l’humanité, la transhumance affiche une image positive qui la sert “politiquement”.

 

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C’est le nombre de pays inscrits en 2023 au patrimoine culturel immatériel de l’Humanité de l’Unesco pour la transhumance, déplacement saisonnier de troupeaux : Albanie, Andorre, Autriche, Espagne, Croatie, France, Grèce, Italie, Luxembourg, Roumanie.

Tourner la transhumance vers l’avenir

Bon exemple de cette dynamique, la Routo, ce sentier de grande randonnée entre France et Italie (le GR 69), tracé pour valoriser les métiers, les produits et le patrimoine liés à la transhumance. Le Haut-Alpin Dominique Gueytte, président de la maison régionale de l’élevage, espère que la Routo fera des petits pour « faire connaître ces sentiers qu’on emprunte toujours aux amoureux de nature qui veulent découvrir nos coutumes et nous rejoindre sur l’alpage. On se doit de montrer au grand public que même si c’est ancestral, ça se pratique encore aujourd’hui ».

L’inscription à l’Unesco, ce n’est pas la fin de l’histoire. « La reconnaissance n’est pas là pour figer la pratique, distingue Fabienne Gilot, mais pour envisager comment elle va perdurer : quelles actions concrètes va-t-on mettre en place pour faire vivre la transhumance ? » Un observatoire doit voir le jour pour mieux connaître le sujet. Ne serait-ce que pour savoir qui il concerne… « Aujourd’hui, on est incapable de répondre à la question : combien de transhumants ? »

Un double intérêt, pour les animaux et l’économie

À quoi ça sert, la transhumance ? « En premier lieu, c’est pour le bien-être animal de nos troupeaux » pose Dominique Gueytte, éleveur ovin. En altitude, les bêtes supportent mieux la chaleur de l’été. Et puis la nourriture y est meilleure. « Dans les vallées, la ressource fourragère est très rapidement grossière. Chez moi à Rosans, c’est assez bas, on est au sud des Hautes-Alpes, il faut qu’au 15 juin, tous nos fourrages soient ramassés. Sinon ça devient de la paille. L’herbe de montagne, elle, ne pousse qu’une fois que la neige a fondu, donc beaucoup plus tardivement » compare celui qui préside la maison régionale de l’élevage. L’herbe des alpages est donc plus tendre, plus appétissante et plus nourrissante que le foin ramassé en juin pour constituer les stocks hivernaux.

L’autre raison est arithmétique, économique. « Si on gardait nos bêtes sur l’exploitation toute la période estivale, cette ressource fourragère, on ne l’aurait pas pour l’hiver. Ou alors il faudrait des troupeaux bien moins importants. » C’est donc grâce à la transhumance que les Gueytte – Dominique, son épouse Françoise et son fils Corentin, installés en Gaec avec deux salariés – ont un cheptel avoisinant les 1 000 têtes. « Si je ne mettais pas mes bêtes en montagne, je pourrais en avoir 400. »

Le troupeau de moutons de la famille Gueytte lors d’une transhumance.
Le troupeau de moutons de la famille Gueytte lors d’une transhumance.

Plus au sud la transhumance peut s’inverser

C’est ainsi que lesdites brebis mérinos d’Arles montent autour du 20 juin prendre leurs quartiers d’été à Arvieux, dans le Queyras. « Et on revient la première semaine d’octobre. Ce n’est pas négligeable : nos bêtes passent 100 jours en montagne » calcule l’éleveur sélectionneur.

L’exploitation pratique aussi la transhumance inverse. À l’automne, le troupeau met le cap au sud, vers la plaine de la Crau. C’est là aussi « une histoire de ressource fourragère, de main-d’œuvre et de rentrées d’argent », schématise Dominique Gueytte. Chaque brebis a un seul agneau par an : la moitié d’entre elles « partent à la lutte [la reproduction, NDLR] » avant l’été, l’autre moitié avant l’hiver. « Quand la lutte d’automne est terminée, on descend les bêtes en camions à Saint-Martin-de-Crau, chez la famille Lemercier. Au moment de la foire de la Saint-Valentin, le 14 février, on remonte les bêtes à Rosans, on les tond et on les prépare à l’agnelage, qui a lieu du 1er mars au 15 avril. »

La transhumance inverse a un autre intérêt. En broutant dans les pâturages du littoral ou les vignes, les moutons participent à l’entretien des paysages et à la prévention des incendies, sans machines ni désherbant, souligne le Varois Nicolas Perrichon. « On n’a rien inventé, relativise le président du Cerpam. On ne fait que suivre la pousse de l’herbe. »

Article issu du Dauphiné Libéré

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