Qu’est-ce qui a changé sur les pistes ces dix dernières années ?

La vérité sort de la bouche des clients. Selon une enquête menée l’hiver dernier par la société Eficeo, révélée en octobre au congrès des Domaines skiables de France (DSF) , 93 % estiment se sentir en sécurité sur les pistes. Donc 7 % des 30 000 skieurs sondés pensent le contraire, pointant le comportement des autres usagers ou la qualité de la neige. À peine 3 % disent vouloir arrêter, invoquant ce subjectif “sentiment d’insécurité”. Aux yeux des pratiquants, la prévention constitue le principal levier pour diminuer les accidents, en ciblant les nouvelles générations, mais ils ne seraient pas contre un peu de répression.

Une baisse de 3% des blessure sur les pistes l’an dernier

Dans les faits, après une forte hausse des accidents en 2021/22, dans le contexte euphorique de reprise post-Covid, le nombre de blessés sur les domaines a diminué de 3 % l’an dernier, soit 50 000 pris en charge par les services de pistes (deux à trois fois plus en incluant l’activité des médecins de stations). Or dans le même temps la fréquentation a baissé de 4 %. Et pour Ludovic Richard, en charge du Système national d’observation de la sécurité en montagne (SNOSM) , l’accidentalité, avec 1054 journées skieur pour un blessé, affiche le pire taux depuis dix ans. Un indice qui, sur la décennie, tend à se dégrader légèrement. Première cause : le contexte nivo-météorologique, avec 32 jours sans précipitations au cœur de l’hiver dernier. Le manque de neige à basse altitude a suscité le report des skieurs vers des stations plus hautes qui ont vu les secours bondir jusqu’à 20 %.

Plus de prévention, moins de répression

Moins de monde hors-piste, plus sur les pistes, la densité est un facteur aggravant, lié à l’évolution climatique. « Les comportements aussi peuvent expliquer la tendance », note Ludovic Richard qui se réfère à une étude réalisée par son observatoire sur les collisions. « Dans un cas sur trois, l’un des skieurs prend la fuite. » L’indice du taux de collision indexé sur la fréquentation tend à se dégrader depuis dix ans. « L’hiver dernier on a eu moins d’impacts graves entre personnes mais six décès contre des obstacles ». Et des blessures sérieuses par neige dure ou limitée.

Les acteurs français gardent le cap de la prévention plus que de la répression. Là où en Italie le casque est obligatoire pour les moins de 18 ans et des polices des pistes patrouillent. À quoi bon gonfler la législation d’un texte de loi quand, depuis dix ans, le taux d’équipement monte en flèche ? Les services de pistes gèrent mieux les flux de skieurs, créant des zones débutants ou pistes “tranquillité”, balisant intersections et points stratégiques avec des chicanes de ralentissement, dédiant aux randonneurs à la montée des itinéraires particuliers.

La réflexion autour de la sécurité reste ouverte

La Fédération nationale de la sécurité et des secours sur les domaines skiables (FNSSDS) entend davantage mettre en avant les pisteurs secouristes et valoriser leur rôle de conseil au public. La campagne du ministère des Sports remet au goût du jour les dix règles du skieur, affichées sur les pylônes de télésièges, en simplifiant les messages clé : maîtriser sa vitesse, respect des autres, priorité au skieur aval… Le non-respect des règles établies par la Fédération française de ski peut confondre un “délinquant” des neiges devant la justice, a rappelé la substitute générale à la cour d’appel de Chambéry, Nathalie Parot, lors du congrès de DSF, qui a planché sur le thème “Entre liberté et responsabilité, le juste équilibre”. Plus que jamais d’actualité, selon Thomas Faucheur, patron d’Avoriaz, en charge de la commission pistes à DSF : « Un sujet qui évolue avec la société et l’explosion des pratiques, alors que nos domaines sont vus comme les derniers espaces de liberté. » En plein boom de la diversification, l’occasion d’engager une réflexion sur ces espaces “ouverts aux quatre vents”, sous la responsabilité des maires, et points de départ de nouvelles activités : ski de randonnée, luge, trails, scooters… « Or il y a un flou après la fermeture des domaines qui nous empêche de dormir. Il nous faut encadrer tout cela par arrêté » explique Claude Jay, maire des Belleville et président de la FNSDSS. Avec la hantise des collisions entre dameuses préparant les pistes du lendemain et ces usagers du soir. La liberté des uns sur ces domaines aménagés s’arrête là où commence celle des autres. Ce n’est que sur son périmètre borné physiquement par jalons que l’exploitant est tenu à l’égard des pratiquants du ski alpin et disciplines assimilées à une obligation de moyen en matière de sécurité.

Au civil, avalanche de demandes d’indemnisations

Magistrate à la cour d’appel de Chambéry, Nathalie Parot entend déconstruire « quelques mythes » : « Oui, il y a une explosion des contentieux et des plaintes des usagers des domaines skiables. Personne n’accepte d’être blessé par sa propre faute. Pour autant le nombre de condamnations et de poursuites reste constant et faible ». Sa juridiction est la première en France concernant l’accidentologie en montagne. En matière de responsabilité, la jurisprudence est claire : « Le ski est une activité qui s’exerce en milieu naturel, il n’est pas question de protéger chaque arbre, et présente certains risques ». Hors des pistes balisées, le skieur est sous sa propre responsabilité. 3,2 millions à Chamonix Mais les demandes de réparations au civil, donc des litiges entre parties, bondissent. Et le montant des demandes d’indemnisation, avec. Thomas Faucheur, patron d’Avoriaz, y voit un effet contagieux venu de l’étranger et des clientèles anglaises qui contestent nos procédures. Spécialiste du droit de la montagne, Maurice Bodecher estime que ce n’est pas propre au ski. « On est dans un système de la réparation qui a imprégné la vie courante ». Témoin, ce cas jugé dix ans après les faits à Chamonix. Le 25 novembre 2022, la Compagnie du Mont-Blanc a été condamnée par le tribunal de Bonneville à verser 3,2 M€ de dommages et intérêts, alors que le 7 janvier 2011 une adolescente de 12 ans était grièvement blessée à la suite d’une sortie de piste bleue à vitesse élevée, lors d’un cours collectif scolaire. L’arrière de sa tête, pourtant casquée, avait percuté un rocher à 7 mètres du bord de piste. Bilan : un grave traumatisme crânien, de lourdes séquelles physiques et cérébrales. Déboutée en référé, la victime a engagé dix ans après, une action sur le fond. Le montant total du préjudice, incluant le remboursement des organismes sociaux (CPAM) a été évalué à 4,5 millions et le tribunal a déclaré l’exploitant responsable à hauteur de 70 % pour non-respect de son obligation de sécurité et la victime à hauteur de 30 %. La Compagnie du Mont-Blanc a fait appel.

 

Article issu du Dauphiné Libéré

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