On a grimpé pour vous le terrible Col de la Loze !

Printemps 2019, la douceur s’installe et les stations préparent gentiment la saison estivale. Et paf, sans crier gare, voilà qu’on annonce un heureux évènement sur les hauteurs savoyardes. Le faire-part de naissance mentionne : « Les communes de Méribel et Courchevel sont heureuses d’annoncer la naissance du Col de la Loze ». Alors attendez une minute, on veut bien que la technologie fasse des miracles et que nos cours de géo soient un lointain souvenir, mais la formation des Alpes date de l’ère d’avant Michel Drucker (oui, c’est vieux) et depuis ça n’a pas franchement bougé. Alors qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

Concrètement, le Col de la Loze a toujours existé et n’était qu’une piste accessible en 4×4. Les deux stations ont décidé de transformer ladite piste en bande cyclable bitumée et, précision ô combien importante, sans aucun aménagement de terrain (ndlr : depuis sa création, le col a fait l’objet de débats animés entre la collectivité et les défenseurs de l’environnement). Une fois passées les barrières de chaque côté, les cyclistes se retrouvent en leur royaume, là où les moteurs à explosion n’ont pas le droit de cité. Seuls. Face aux cimes. Et surtout, face à une pente atroce.

Jugez plutôt : côté Méribel, il vous restera sept kilomètres à affronter pour 700 mètres de dénivelé, pas besoin d’être un génie des maths pour trouver le pourcentage moyen de la pente. Si vous souhaitez partir depuis Brides-le-Bains, comptez 22,44 kilomètres sur une pente moyenne de 7,64% (pour la coquette somme de 1 715 mètres de dénivelé). Alors, forcément, pourquoi s’infliger ça ? Pour trouver une vacherie similaire, il faut prendre la direction de l’Alto de l’Angliru en Espagne dans la province de Cantabrie (12,5 km pour 9,98% de moyenne), ou alors sur les pentes du Zoncolan italien qui revendiquent 11,52% de pente moyenne sur 10,5 km. Pour info, le Ventoux possède un pourcentage moyen de 7,46% (pour 21 km par Bedoin), tandis que l’Alpe d’Huez, longue de 14,6 kilomètres, affiche 7,62 % de moyenne.

Julian Alaphilippe lors du passage du  Tour de France en 2020. Photo Zoom Agence
Julian Alaphilippe lors du passage du Tour de France en 2020. Photo Zoom Agence

« Il faut juste être patient et posséder les bons braquets »

Bon, on va arrêter là avec les chiffres on sent le mal de tête arriver. Le Savoyard Simon Guglielmi, professionnel au sein de l’équipe Arkea-Samsic, fut l’un des premiers à escalader la Loze en 2019 lors du Tour de l’Avenir (où il fut maillot jaune durant deux étapes). Il se souvient : « Cette montée ne ressemble à aucun autre col. La pente n’est jamais régulière, il peut y avoir des passages “accessibles” et d’autres à 20%, on roule sur une piste cyclable au milieu des champs pour arriver à 2 304 mètres d’altitude, on ne voit ça nulle part. La première fois que tu montes la Loze, tu te demandes comment cette montée est possible ! »

Au-delà de l’incroyable difficulté, le coureur de 25 ans qui compte deux participations au Giro d’Italia, une à la Vuelta a Espana et qui s’échappe régulièrement, cet été, sur le Tour de France, voit en la Loze un atout indéniable : « Il permet de relier les deux vallées sans devoir faire un aller-retour, ça ouvre pas mal de perspectives et c’est intéressant pour ça ». La Loze, qui accueillera à nouveau le Tour de l’avenir le 25 août prochain, est-il réservé à l’Elite ? Simon confie : « Tout le monde peut se lancer dans cette ascension, il faut juste être patient et posséder les bons braquets.»

Lors de mes pérégrinations alpines, j’ai eu l’occasion de m’attaquer à cet ovni cycliste. Alors pour la faire courte, je n’ai pas 25 ans, je ne suis pas professionnel et je n’ai pas non plus le corps qui va avec. Mais n’étant jamais avare d’un truc stupide à effectuer sur deux roues, la tentation était trop forte. On ne saurait trop vous conseiller de débuter à hauteur du Praz. Cela permet un échauffement sur les premières pentes en direction de Méribel avant de rentrer dans le vif du sujet. N’oubliez pas que les derniers kilomètres seront un long chemin (de croix), donc ne vous emballez pas. Une fois passé la barrière qui indique le début du col, vous serpentez au milieu d’imposants chalets et déjà la pente est bien raide. Plus de 8% sur les deux premiers kilomètres.

En haut de la Loze, à 2 304 m d'altitude, le panorama est magnifique. Phoro Sylvain Aimoz / Méribel Tourisme
En haut de la Loze, à 2 304 m d'altitude, le panorama est magnifique. Phoro Sylvain Aimoz / Méribel Tourisme

Un panneau chaque kilomètre indique la distance restante jusqu’au sommet et le pourcentage moyen à venir. Et croyez-nous ce kilomètre peut paraître long ! Il n’est pas rare lors de la montée, lorsque vous avez dû ranger votre dignité dans la poche et que vous écumez tel une bête en fin de vie, de croiser quelques vététistes en descente. En effet, la route coupe quelques fois les single tracks de la station. Méribel s’éloigne peu à peu, mais le pire est encore devant, deux bons kilomètres a plus de 11% de moyenne. Oui ça pique, mais encore une fois patience. Vous commencez à apercevoir tranquillement le sommet, mais là, stupeur ! La route redescend un peu avant une rampe finale qui vous file un torticolis avant même d’attaquer : toute droite, elle s’élève à plus de 20% !

Lors de mon dernier passage, j’ai réussi tant bien que mal à rattraper un vététiste, sans parvenir à le lâcher. Et en me disant au fond de moi : il a les braquets qu’il faut ! J’ai effectué la montée en 41’21’’ soit 10,5 km/h de moyenne. Devant, très loin devant, c’est un certain Tadej Pogacar qui détient le record de la montée selon Strava avec un temps de 24’01’’ à 18 km / h. Le Col de la Loze ne possède pas encore l’histoire mythique du Ventoux, du Galibier ou du Tourmalet. Pour cela, il faut laisser le temps faire son œuvre. Mais cette vacherie possède tout de même un petit goût de défi qui ne nous déplaît pas. Il offre aussi un autre attrait à la montagne en période estivale. Et vous, vous serez ou en juillet prochain ?

Le 19 juillet, le retour du Tour

Trois ans après la victoire de Miguel Angel Lopez, le Tour de France fait son retour sur les pentes de la Loze. Si en 2020 l’arrivée avait été tracée au sommet du col, cette fois les coureurs devront plonger vers Courchevel pour boucler la journée sur les pentes de l’Altiport. Quatre jours avant l’arrivée, les coureurs s’élanceront de Saint-Gervais, direction le Col de Saisies (13,5 km / 5,2%) avant de prendre la direction du Col du Meraillet et d’enchaîner par le Cormet de Roselend (20,3 km / 6,1%). Le peloton débutera alors une longue descente vers la côte de Longefoy (6,7 km / 7,5 %). Moûtiers, km 125, marquera le début du bouquet final. Les coureurs monteront jusqu’au Praz, longeront le tremplin de saut à skis pour ensuite rejoindre Méribel où la Loze livrera son verdict. Qui succèdera à Alejandro Valverde, dernier vainqueur à l’Altiport en 2005 ?

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