A 101 ans, Olga Chappaz, doyenne des moniteurs, raconte toute une vie sur les skis

C’est une petite femme vive d’esprit qui ne fait pas ses 101 ans. Toute sa vie, Olga Chappaz a skié. Elle a choisi de devenir monitrice de ski, par passion de l’enseignement. De Val d’Isère à L’Alpe d’Huez et Argentière, de l’équipe de France au Club Med et à l’ESF, la doyenne des monitrices (deuxième diplômée après Georgette Thiollière) éclaire de ses souvenirs la belle histoire d’un métier qui l’a comblée. Pour boucler la boucle, elle est même devenue marraine de la promotion 2023 des moniteurs !

« Je suis née à Chamonix, aux Gaillands. Mon père m’avait demandé de choisir le ski ou le patin, j’ai choisi le ski. J’allais à l’école de ski dirigée par Alfred Couttet-Champion. Il m’a bien épaulée, nous avions fait une course au Cry où j’avais terminé première et gagné une paire de skis. Je l’ai toujours – je l’avais cassée, et comme je pleurais, mon père les avait fait respatuler à Megève… Les années suivantes, j’ai continué à skier un peu, puis j’ai rencontré mon mari, Gilbert. Il était moniteur de ski et instructeur à l’EMHM (à l’époque EHM, ndlr)*. C’était un passionné. Avec lui, j’ai progressé, et comme j’étais moi-même passionnée par l’enseignement, nous avons déposé une demande pour que je sois monitrice. C’était en 1941. La réponse est revenue, négative : je n’avais pas les qualités requises. J’étais furieuse, j’avais déchiré la lettre (rires) ! »

 Chez les éclaireurs-skieurs

« Ensuite, Gilbert a ouvert la section d’éclaireurs-skieurs à Val d’Isère. J’étais venue le voir quelques jours à Noël, j’y suis finalement restée tout l’hiver. La section m’avait adoptée, et le colonel m’avait attribué le poste de la Croix Rouge pour que je puisse rester en première ligne. Peu de temps après, j’ai été nommée marraine de la section. Je faisais toutes les reconnaissances, avec des grenades dans le dos, et surtout, je skiais. Nous utilisions le téléphérique à volonté, il y avait des moniteurs emblématiques tels que Henri Oreiller, Raymond Freiher, Jean Blanc, Jo Rey – mon professeur – qui skiait à merveille… Bref, j’étais à bonne école. Charles Diebold, le directeur de l’École nationale du ski français à Val d’Isère, m’a vue skier. Il m’a fait passer l’autorisation d’enseigner, le capacitaire, le stagiaire, et j’ai passé l’auxiliaire en 1945. »

Validée par Émile Allais

« L’examinateur était Émile Allais, j’avais la tremblote en passant devant lui. Il m’a fait un signe avec le pouce : c’était tout bon ! Nous étions quatre femmes, dont trois Chamoniardes. En repartant du stage, nous nous étions arrêtées en route pour dormir dans un hôtel. Il fallait remplir une fiche. Pour “Profession”, j’avais mis “Monitrice de ski”. J’étais si fière ! Cette même année, le Syndicat des moniteurs a été créé. Gaston Cathiard, que j’avais vu à Val d’Isère pendant l’auxiliaire, en est devenu le président. Il a proposé à Gilbert d’être inspecteur du ski, mon mari a refusé mais est devenu membre du Syndicat. C’est ainsi que je suis entrée de plain pied dans le milieu du ski et de l’enseignement, épaulée par Cathiard et Diebold. J’ai eu la chance, dès le départ, d’être entourée des plus hauts responsables et des grands champions. Aux deux premiers rassemblements nationaux (ex-Challenge des moniteurs, ndlr), j’étais la seule monitrice et je me suis bien classée. »

Photo Collection Olga Chappaz
Photo Collection Olga Chappaz

Les années en équipe de France

Ensuite, nous sommes partis en Autriche avec Gilbert, à Sankt-Anton. J’étais au sommet de ma forme, et le club des sports de Chamonix m’avait convoquée pour venir participer au Kandahar en 1947. J’ai terminé première Française, devant l’équipe de France qui comptait dans ses rangs Georgette et Suzanne Thiollière, Chamoniardes elles aussi, puis je suis repartie en Autriche. Les dirigeants de la fédération m’ont alors convoquée et demandé de faire un choix : soit j’intégrais l’équipe de France, soit je devenais monitrice. Sans hésitation, j’ai répondu que je voulais être monitrice… au grand désarroi de James Couttet. Ce dernier a appelé Gilbert en Autriche pour lui demander ce qu’il fallait faire. Gilbert a répondu que je devais accepter le coq, alors je suis entrée en équipe de France. J’y suis restée de 1948 à 1952, et j’ai passé le national en 1951.

Rattrapée par la passion de l’enseignement

Après l’équipe de France, j’ai posé ma candidature à l’ESF de Chamonix mais elle a été refusée – il était difficile de se faire une place en tant que femme. En 1952, nos enfants sont nés – des jumeaux, Gilles et Xavier. Mon quotidien était rythmé par eux, le ski s’était éloigné de mes préoccupations. Un jour, Gilbert est revenu du rassemblement national dans les Pyrénées et m’a dit : “Perrin, le chef de centre de L’Alpe d’Huez, t’engage comme monitrice pour quinze jours”. J’ai donc laissé les enfants à mon beau-frère pour partir à L’Alpe d’Huez, et je suis retombée dans l’engrenage : j’y suis restée tout l’hiver et j’ai enchaîné plusieurs saisons derrière ! J’ai aussi eu la chance d’être l’une des premières femmes à monter dans un hélicoptère pour skier. Les pilotes me déposaient au sommet du Signal et venaient me chercher au restaurant… C’était la vie de château ! Mais surtout, j’étais la seule monitrice et j’étais bien admise.

Le Club Med avant le retour à Chamonix

Au début des années 60, j’ai tourné la page. James Couttet, alors responsable du ski au Club Méditerranée, m’a proposé de travailler au Club Med à Leysin. Je n’étais pas très emballée, il m’a dit de réfléchir et pour finir, j’ai accepté. Je suis restée à Leysin plusieurs saisons, monitrice le premier hiver et chef de centre ensuite, puis je suis passée au centre d’Engelberg. J’étais un peu sous la protection de Gilbert Trigano, le fondateur du Club Med, et de James Couttet, et j’ai passé le diplôme de directeur d’école. Trigano voulait que je sois responsable de tous les moniteurs du Club à partir de Paris, mais je n’ai pas voulu. J’étais déjà, en tant que monitrice et ancienne de l’équipe, conseillère technique pour les Nouvelles Galeries à Paris pour le matériel et l’équipement de ski, notamment pour les enfants.

Je suis donc rentrée à Chamonix, où j’ai enseigné un peu à l’ESF, sans jamais être titulaire. En 1970, avec l’aide de Noël Grandjacques, le secrétaire général du Syndicat des moniteurs, j’ai créé le centre ESF de l’Alpette à Argentière, que j’ai dirigé jusqu’à sa fermeture en 1985 – je suis probablement la première directrice d’école. Nous étions cinq monitrices diplômées et nous accueillions des classes de neige et de riches familles parisiennes. Enseigner aux enfants a toujours été ma passion. Au Syndicat, je faisais partie de la commission en charge du ski aux enfants. Lors d’une réunion, j’avais dit que je trouvais dommage, lorsque les enfants rataient leur 1re Etoile, qu’ils repartent sans rien. L’idée a fait son chemin, et c’est ainsi qu’est né le Flocon dans les années 1970. J’avais proposé ce nom car je trouvais qu’il évoquait les premières neiges et la douceur…

Photo Sylvie Chappaz
Photo Sylvie Chappaz

Une famille tournée vers le ski

Nous avons vraiment vécu en symbiose avec Gilbert, le ski a été notre vie. Nous avons eu le bonheur de voir Gilles et Xavier devenir tous deux moniteurs de ski. Xavier a longtemps été le directeur technique de Fernand Masino à l’ESF de Chamonix, avant de devenir président de la Compagnie des guides de 1995 à 2008. Gilles a été champion de France universitaire, entraîneur, et président de l’AFESA à 26 ans… Je ne regrette pas ma vie, elle a été belle et bien remplie car, je le redis, j’ai eu la chance de côtoyer les sommités. Puis dans l’enseignement, on fait de belles rencontres : j’ai connu Zavatta, Michèle Morgan, Darry Cowl, Maurice Baquet, Aimé Mortimer, la princesse Murat… Il y a trois ans, je skiais encore, mais j’ai peur qu’on me rentre dedans aujourd’hui. Gilbert est parti il y a onze ans. J’ai retrouvé quelques copines, nous essayons de vieillir le mieux possible – ça demande un effort ! – et je profite du bonheur de voir grandir mes petits-enfants et mes arrière-petits-enfants. »

* Guide de haute montagne et grande figure des secours chamoniards, Gilbert Chappaz fut l’un des premiers moniteurs de ski médaillés. Instructeur à l’EMHM pendant près de trente ans pour la formation des bataillons de chasseurs alpins, il avait aussi dirigé les équipes de France de ski aux JO d’Oslo en 1952 et Cortina d’Ampezzo en 1956.

Article issu du magazine de Traces, édité par l’ESF

Photo Collection Olga Chappaz
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