Comment le PGHM s’entraîne à la gestion d’avalanches sous l’Izoard

Le temps est idéal ce mardi 19 décembre sous le col d’Izoard, versant Cervières. Pas un nuage, ni trop chaud ni trop froid. Les pentes et couloirs aux alentours du refuge Napoléon, qui prépare sa saison, sont pleins de traces. Et d’autres apparaîtront encore dans la journée ; les skieurs de randonnée sont légion, montant du hameau du Laus.

Le décor est planté d’emblée

Il y a cependant une ombre – et beaucoup de bleu – au tableau : « On a reçu une alerte au PGHM [ peloton de gendarmerie de haute montagne , NDLR], une grosse avalanche est partie du sommet du pic ouest de Côte Belle, pointe l’adjudant-chef Brice Chambraudes. Elle a emporté des skieurs et des raquettistes présents sur la route du col. » C’est un skieur d’un groupe de six, indemne, qui a donné l’alerte aux secouristes de cette coulée de neige fictive, imaginée par le responsable des formations au sein de l’unité du PGHM de Briançon. Problème, le témoin ignore combien de personnes ont été emportées en tout.

L’adjudant-chef Brice Chambraudes, responsable des formations.   Photo Le DL /Justin Mourez
L’adjudant-chef Brice Chambraudes, responsable des formations. Photo Le DL /Justin Mourez

S’accorder avec les urgentistes

Que ce soit pour ce grand exercice annuel de révision des techniques de recherches de victimes d’avalanche mobilisant tout le peloton briançonnais, ou pour une coulée de neige multivictimes bien réelle, « il est important de bien planter le décor de l’intervention » souligne Brice Chambraudes. Un « chantier » d’avalanche comporte plusieurs zones de travail : c’est ce qu’a reproduit l’adjudant-chef ce mercredi. Tous les secouristes, commandant et second compris, vont réviser leurs techniques dans les différents ateliers, six au total. Des médecins urgentistes du centre hospitalier de Briançon sont également présents pour l’exercice.

Le massage cardiaque et la médicalisation d’une victime, précédés d’un sondage en rang et d’un pelletage intensif, sont d’ailleurs prévus au niveau des Chalets d’Izoard. Histoire aussi, de réviser la synergie entre secouristes et urgentistes.

Opération pelletage, après celle du sondage rapide en rang, pour dégager la victime.   Photo Le DL /Justin Mourez
Opération pelletage, après celle du sondage rapide en rang, pour dégager la victime. Photo Le DL /Justin Mourez

Plusieurs fausses victimes et techniques de recherches

Au col d’Izoard, il y a un atelier spécial drone pour la recherche d’indices de surface : des gants, des skis ou autres objets permettant de déterminer le nombre de victimes. « C’est un bon complément à la reconnaissance aérienne via l’hélicoptère de la section aérienne de la gendarmerie  », juge le chef d’escadron Pierre-Marie Dupré, le commandant du PGHM de Briançon.

Un peu plus bas, dans un petit couloir, Brice Chambraudes a placé six victimes ensevelies dans un rayon très resserré, parfois les unes au-dessus des autres : atelier DVA (détecteur de victimes d’avalanche) en bande, ici. Le secouriste descend le goulet, son appareil en automatique ou manuel ; un collègue plante un petit drapeau “PGHM” rouge à chaque fois qu’il pense repérer un corps et la profondeur à laquelle il se trouve. Plus bas encore, le gendarme est seul avec son DVA et une sonde pour retrouver trois potentielles victimes – il en ignore le nombre – placées de telle sorte que le détecteur bugge. Au secouriste de s’en dépêtrer. Sur le côté, c’est atelier Recco, un autre dispositif de recherche.

Le secouriste estime avoir trouvé une victime ensevelie. Son collègue marque l’endroit à l’aide d’un fanion.   Photo Le DL /Justin Mourez
Le secouriste estime avoir trouvé une victime ensevelie. Son collègue marque l’endroit à l’aide d’un fanion. Photo Le DL /Justin Mourez

Tout est revu, débriefé, analysé pour une efficacité maximale en cas d’avalanche multivictimes, réelle cette fois. « Le plus compliqué, dans ces cas-là, c’est de lancer un gros dispositif de secours et ses renforts sur le site, tout le reste se fait très rapidement », assure Brice Chambraudes. Et il le faut, sachant que, passé 15 à 20 minutes enseveli sous une coulée « les chances de survie d’une victime passent à 30 % ».

Les secouristes mènent aussi des enquêtes lors des accidents en montagne pour déterminer une éventuelle faute.  Photo Le DL /Justin Mourez
Les secouristes mènent aussi des enquêtes lors des accidents en montagne pour déterminer une éventuelle faute. Photo Le DL /Justin Mourez
Des secouristes et des officiers de police judiciaire

Elles ne sont pas systématiques, mais nombre d’enquêtes sont ouvertes par le parquet de Gap et menées par le PGHM de Briançon – ou par la CRS Alpes lors de ses permanences – à la suite de secours en montagne. Car les gendarmes secouristes sont aussi pour la plupart officiers de police judiciaire (OPJ).

« Lors des interventions, l’humain prime toujours sur le judiciaire, souligne cependant l’adjudant Pierrick Mallet, référent OPJ de l’unité du PGHM de Briançon. Mais, concomitamment au secours, dès lors qu’un tiers ou un professionnel peut être mis en cause dans un accident ou qu’il y a une violation d’un règlement, on ouvre une enquête judiciaire. Par exemple, lors d’une avalanche mortelle, si une sortie était encadrée par un professionnel, on cherche à savoir s’il a commis une négligence, une imprudence, une maladresse… »

Au procureur de la République, ensuite, de décider de poursuites ou non.

Article issu du Dauphiné Libéré

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