Des JO de Chamonix de 1924 restent le tremplin et des vestiges de la piste de bob

Sous le bitume la glace. L’espace de trois ans, quand le tunnel du Mont-Blanc était fermé après l’incendie du 24 mars 1999, une race d’amateurs de frissons a fait revivre sans le savoir les rois de la vitesse qui, du 2 au 3 février 1924, furent les vrais casse-cou des premiers Jeux d’hiver. Les spécialistes du surf extrême avaient sorti leur longboard , planche à roulettes XXL, dévalant les lacets de la rampe d’accès à l’ouvrage, libérée de son trafic. Comme jadis les as du bobsleigh descendaient ce versant sur une piste dont il reste encore les vestiges de pierre dans la forêt des Pèlerins en aval.

Le bobsleigh, première discipline phare des Jeux

Il y a cent ans, bien que les Anglais tentassent de promouvoir le ski de descente en mode compétition, ce dernier n’avait pas droit de cité pour cette première édition olympique. Il faudra attendre Garmisch en 1936 pour que le slalom mérite breloque. Le bobsleigh est alors l’épreuve la plus sensationnelle, où la prise de risque est maximale. La presse de l’époque parle de « course à la mort ». Les neuf équipages de cinq nations en lice sont sans casque (mais avec bonnets) !

Avec son club créé en 1909, Chamonix est le bastion français d’une discipline née en Suisse, où les sports d’hiver ont été inventés dès 1864, à Saint-Moritz. Des vacanciers anglo-saxons de la station d’Engadine ont imaginé un engin qui relie deux traîneaux, doté d’un frein, d’un volant et d’un châssis. On parle alors de tobogganing , dont la pratique va exploser dans la confédération avant de déborder chez nous. Sébastien Stumpp, historien du sport à l’université de Strasbourg, précise que ce n’est là que la mutation d’un engin utilitaire inventé aux États-Unis en « machine sportive » (Chamonix 1924 , Glénat). Ses adeptes sont du genre tête brûlée, de l’armée, de l’auto ou de l’aviation balbutiante.

Des murs de 4 m dans les virages. Ici celui de l’Eau noire dans la forêt des Pèlerins, entre les lacets de la route qui mène au tunnel du Mont-Blanc.   Photo Le DL /Antoine Chandellier
Des murs de 4 m dans les virages. Ici celui de l’Eau noire dans la forêt des Pèlerins, entre les lacets de la route qui mène au tunnel du Mont-Blanc. Photo Le DL /Antoine Chandellier
La piste de bobsleigh des premiers jeux d’hiver dans la forêt des Pèlerins.   Photo Le DL /Antoine Chandellier
La piste de bobsleigh des premiers jeux d’hiver dans la forêt des Pèlerins. Photo Le DL /Antoine Chandellier

Une première piste dangereuse

Si Saint-Moritz a sa première piste de compétition à l’aube du XXe   siècle – la mythique Cresta Run – chez nous, dans plusieurs stations historiques, des Pyrénées, du Jura, des Vosges et des Alpes, le bob devient l’un des premiers loisirs sur pistes naturelles. On dévale d’abord les routes, comme celle des mines de la Plagne ou du Col de la Faucille dans l’Ain, tout près de la Suisse d’où vient le vent, avant de cadrer la pratique. Chamonix crée d’abord une piste sur le versant d’en face, sous le Brévent, aux Moussoux, longue de 1,8 km, accueillant en 1913 le premier championnat de France. Les adeptes arrivent en lisière du bourg. C’est la folie. Un arrêté municipal interdira les glissades dans les rues.

Mais quand il est décidé d’organiser cette première semaine internationale des sports d’hiver les autorités optent pour une véritable piste « en dur » sur le versant d’en face, technique, rapide. Voire… dangereuse. Le tracé est décidé en 1922, profitant de la création du funiculaire aérien de l’aiguille du Midi. Sur 1,5 km de long, ses huit virages relevés (11 à 20 m de rayon) s’appuient sur des murs de 4 m de haut. Avec réservoir d’eau à chaque courbe pour « englacer » la neige tassée à la pelle. À l’heure où les joutes d’hiver véhiculent des valeurs bourgeoises, comble d’ironie c’est un bob suisse, l’Acrobate, conduit par un quatuor de prolos, qui l’emporte à Chamonix, emmené par Édouard Scherrer, postier et fervent communiste vaudois qui avait gagné son engin dans une tombola.

Un double accident en janvier 1950 lors des championnats de France (5 morts, 2 blessés) et la fermeture de ce premier téléphérique signaient la fin de vie de cette piste, « mangée » par le chantier du tunnel. Aujourd’hui ne subsistent guère que les virages de l’Eau noire ou Jacques Balmat, figés dans le passé.

Henri-François Morand, président de la section saut à ski de Chamonix, présente le matériel d’époque, au pied du tremplin de 1924, aux Bossons.   Photo Le DL /Antoine Chandellier
Henri-François Morand, président de la section saut à ski de Chamonix, présente le matériel d’époque, au pied du tremplin de 1924, aux Bossons. Photo Le DL /Antoine Chandellier
Un tremplin passé en 100 ans de 50 à 100 m, avec ici sa rampe de lancement.   Photo Le DL /Gregory Yetchmeniza
Un tremplin passé en 100 ans de 50 à 100 m, avec ici sa rampe de lancement. Photo Le DL /Gregory Yetchmeniza
Depuis deux ans le tremplin n’est plus guère fréquenté. les sauteurs s’entraînent sur l’autre tremplin, à l’entrée de Chamonix, sur le site du Grépon.   Photo Le DL /Gregory Yetchmeniza
Depuis deux ans le tremplin n’est plus guère fréquenté. les sauteurs s’entraînent sur l’autre tremplin, à l’entrée de Chamonix, sur le site du Grépon. Photo Le DL /Gregory Yetchmeniza

Grand saut au pied mont Blanc

En ce temps béni du ski nordique, même les futurs champions d’alpin, tel Émile Allais, pratiquent le saut. La Norvège est la nation phare, et son roi donne l’exemple. Le tremplin du Mont sera édifié après un voyage là-bas pour prendre modèle. C’est l’un des rares équipements des années 20 dans le monde toujours homologué même si, depuis deux ans, on n’y saute plus guère. Outre le manque de neige, les moyens logistiques pour sa préparation font défaut.

La dernière Coupe du monde qui s’y est déroulée remonte à 1998. Il ne faudrait pas grand-chose pour faire revivre ces grandes heures. À l’aube des années 2000, le local Vincent Descombes Sevoie y réalisa un saut de 110 m. Record qui tient toujours. En 1924, la vallée comptait dix tremplins et Chamonix s’enorgueillissait d’être aussi la Mecque française de cette discipline, titre aujourd’hui solidement repris par Courchevel, temple des Jeux de 1992. Comme la Plagne est devenue le seul lieu en France de pratique du bob.

Le tremplin du Mont est aujourd’hui plus grand que ce qu’il était il y a 100 ans. Il a suivi l’évolution d’un sport qui, comme le bob, s’est féminisé. Pour Henri-François Morand, la dernière adaptation est d’ordre climatique. « Avec les revêtements synthétiques, il y a désormais presque autant de compétitions l’été que l’hiver. Beaucoup de tremplins, situés comme celui-ci à 1 000 m sont confrontés à ce changement ». Le saut à ski bientôt aux Jeux d’été ? Et le tremplin des Bossons, monument d’un autre temps, un jour de retour dans le cirque international ? Les Scandinaves le disent : avec ses glaciers en toile de fond, c’est le plus beau site au monde.

 

Article issu du Dauphiné Libéré

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