Epoq’ski veut conter l’histoire du ski : bientôt un musée en Savoie ?

Dans le premier département du ski en France (40,1 % des journées-skieurs de 2018 à 2023 selon Domaines skiables de France), où un musée du ski digne de ce nom fait toujours défaut, la quête de l’association beaufortaine Epoq’ski en réjouira plus d’un.

Ces passionnés ont commencé leur travail de fourmi, il y a plus de onze ans, avant de se constituer en association en août 2021 avec le projet d’un espace muséal, patrimonial et culturel. À l’occasion de visites dans les Alpes, dans les Vosges, le Jura… ils ont collecté ou se sont vus confier des skis, des chaussures, des vêtements et des documents, et même des témoignages oraux.

« Rien ne met en valeur l’histoire du ski et des pratiques de la glisse »

« Nous avons rencontré beaucoup de collectionneurs, mais rien ne met en valeur l’histoire du ski et des pratiques de la glisse », reconnaît Jean-Jacques Bouchage, président d’une association qui veut se poser en metteur en scène. « Pas question de les mettre au placard, mais plutôt dans un centre d’interprétation du territoire », assure-t-il devant un véritable trésor, patiemment amassé.

Au cœur du projet porté par la commune de Beaufort, sur la ferme de la Cayère, avec les acteurs du patrimoine et de l’hydroélectricité. Un condensé de l’histoire du Beaufortain, où la glisse sous toutes ses formes tient toute sa place. « On est en train d’oublier les bases de l’histoire, on n’aura plus tous les repères de tout ce que les anciens ont fait. Il est temps d’expliquer pourquoi et comment ils sont allés faire du ski ».

Photo Le DL/Tom Pham Van Suu
Photo Le DL/Tom Pham Van Suu

« Au début du XXe siècle, le bob et la luge étaient plus connus »

Si le ski a un poids économique, ludique et sportif aujourd’hui, ses débuts, face au poids de l’agropastoralisme, ont été timides en Beaufortain. Même si, dès 1903, les ouvriers rentraient de la Girotte en « ski de descente », encore loin d’être baptisé ski alpin.

« Au début du XXe siècle, le bob et la luge étaient plus connus, même pour l’amusement. La venue d’officiers norvégiens pour former des militaires sur des douves de tonneaux, en 1905, a dynamisé la pratique du ski et lancé une découverte plus sérieuse par les locaux. Puis ce sont les curés, les entrepreneurs et les instituteurs qui ont contribué au développement », poursuit Jean-Jacques Bouchage.

Les premières compétitions ont vu le jour dans les écoles, à Arêches et Hauteluce, avant les clubs. « Le plus vieux club qu’on connaisse, c’est l’Intrépide des Alpes, en 1912 à Hauteluce ». Avant Beaufort (1925), Arêches (ski-club du Grand Mont 1933), Queige (SC du Mirantin), Villard-sur-Doron (SC du Chardonnet en 1958)…

Photo Le DL/Tom Pham Van Suu
Photo Le DL/Tom Pham Van Suu

« On a des photos à Arêches en 1929 »

En marge d’une glisse utilitaire (descente de foin par traîneau, ski pour monter travailler en montagne ou… aller à la contrebande de la martre !), les premiers concours sont apparus. « On a des photos à Arêches en 1929, de courses de demi-fond, de ski de descente et de bob, avec pas mal de public, et bien avant les remontées mécaniques. Dans les années 1930, le Grand Mont était souvent cité comme sommet ».

Le Beaufortain a pris le tournant du tourisme, autour de ce ski devenu alpin dans les années 1930, avec les premiers meublés, hôtels et les premiers moniteurs rattachés à des hôtels en 1938. Les premières remontées ont été installées en 1946 (aux Pémonts par Clément Guy) et 1947 (à Arêches, Gaspard Blanc). « Les champs de neige ont fleuri grâce à des initiatives privées », résume joliment le moniteur et dirigeant du ski-club d’Arêches-Beaufort. Et le matériel a suivi…

« On ne peut pas se contenter que du Beaufortain. Il y a eu des choses ingénieuses, les Trente glorieuses pour le ski aussi », poursuit Jean-Jacques Bouchage, exhibant merveille après merveille : une paire rare avec la carre cachée dans la semelle bois et fixée en sommet de spatule, un ski pliant finlandais, des skis de demi-fond de chez Amoudru des années 1920, un Siberian, le premier ski de fond français à la semelle plastique…

Photo Le DL/Tom Pham Van Suu
Photo Le DL/Tom Pham Van Suu

Epoq’ski sait qu’il y a encore du pain sur… les planches

Et, quand on soulève une planche d’alpin, de fond ou de rando, de marques parfois enfouies dans les mémoires (comme les Straver haut-savoyards), c’est aussi l’histoire des chaussures (à crochets, à lacets) et des fixations qui se raconte.

À l’image de ce patin à glace qui s’adapte sous une chaussure de fond pour aider à la conduite d’un bob ou des premières chaussures durcies à la colle Araldite… Candidate au budget citoyen du Département (le budget nécessaire est estimé à 80 000 €, avec la numérisation des documents et l’enregistrement des témoignages), Epoq’ski sait qu’il y a encore du pain sur… les planches.

Photo Le DL/Tom Pham Van Suu
Photo Le DL/Tom Pham Van Suu
Photo Le DL/Thierry Guillot
Photo Le DL/Thierry Guillot
La collection Routin n’a pas trouvé preneur

Jacky Routin a passé 60 années à amasser une collection unique, et 25 ans à essayer de convaincre les collectivités d’en faire un musée, de l’origine comme premier moyen de locomotion chez les hommes préhistoriques au sport-loisir d’aujourd’hui.

Jusqu’à son décès, le 7 septembre 2020, ce fut sa quête, son rêve, le fil rouge de sa vie : un outil de compréhension et de passation pour le grand public, une vitrine pour transmettre et pérenniser, en Savoie, « premier domaine skiable du monde. Les sports d’hiver ont révolutionné et remodelé le département sur le plan du paysage, de l’économie, des modes de vie… », insistait-il.

Alors qu’Oslo a son musée (le plus vieux du monde), Nice le Musée national du sport, Turin son Musée de la montagne et Grenoble une belle collection au musée dauphinois, l’ancien moniteur et entraîneur du TCAM (Touristes chambériens amoureux de la montagne) avait refusé de donner son fonds à Nice, et de le vendre à Turin. « Ça doit rester en Savoie », martelait-il, prêt à tout donner, « à condition de ne pas éparpiller ».

Dans quatre garages et quelques caves sont amassés plus de 300 paires de ski du XIXe  siècle à nos jours, des lunettes, des piolets, des luges, 150 paires de chaussures dont les plus anciennes datent de 1900… et même la coupe du Chambérien Jean Bourdaleix, premier vainqueur du Critérium de la première neige à Val d’Isère en 1955 ! Mais aussi 16 mètres linéaires de dossiers (dont les écrits de Laurent Chappis sur la construction de Courchevel), une photothèque unique, des témoignages d’anciens…

Une incroyable collection, couplée à ses connaissances personnelles qu’il transmettait dans ses conférences et ses livres. L’un n’allait pas sans l’autre. « Des skis au mur, sans histoire derrière, ça n’a pas de sens : ce ne serait que du rangement. » Son fils Loïk a repris le flambeau. La collection est toujours au même endroit, malgré des contacts auprès d’associations. « Les choses bougent mais on n’est toujours pas au niveau de la Suisse ou de l’Autriche », se désole-t-il.

Article issu du Dauphiné Libéré

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