La famille Théolier, moniteurs de ski et compétiteurs à travers les générations

Dans la famille Théolier, on est entraineur sur deux générations. Entre le père, le fils, la fille et le gendre, le cirque blanc et ses athlètes n’ont plus de secret ! Quand ils ne sont pas sur les stades de slalom, ces passionnés enfilent leur pull rouge pour transmettre leur amour de la glisse aux élèves de l’ESF de Valfréjus. Kim, la benjamine de la famille, nous conte cette histoire familiale 100 % montagnarde et mauriennaise.

« Papa a grandi à Fourneau, à côté de Modane, où ses parents tenaient un magasin de sport, Théo Sport. Ils faisaient un peu de ski de temps en temps, mais rien de très sérieux. À l’époque, à la fin des années 60, début des années 70, deux télésièges partaient de Fourneau pour desservir le petit hameau du Charmaix, où se trouve l’actuel centre de Valfréjus. Là-haut, alors qu’il était seulement possible de skier sur le plateau d’Arrondaz, il n’y avait pas encore de station de ski, seulement des chalets d’alpage. Mes grands-parents possédaient l’un d’entre eux. Quand il a été question de construire Valfréjus, au début des années 80, ils ont été expropriés, puis relogés sur les hauteurs de la station que l’on connaît aujourd’hui. Cette maison est toujours notre maison familiale, on y habite encore tous ! Quand j’étais petite, à l’âge de cinq ans, je chaussais les skis depuis la maison pour aller au ski-club. Mes parents me rejoignaient ensuite sur les pistes. Si aujourd’hui cela peut paraître un peu osé de laisser une enfant partir seule sur les pistes, pour nous c’était notre quotidien, dans la normalité des choses. »

Coach en France, en Suède, en Suisse et en Italie

« Les pistes de Valfréjus ont toujours été notre jardin, à mon frère Steven et à moi. Notre père, lui, après avoir obtenu son diplôme de moniteur de ski, a enseigné à La Norma à partir de 1981. Très vite, il s’est intéressé au volet compétition de la pratique en devenant entraineur au club des sports. Il enseignait en parallèle à l’ESF dès qu’il en avait le temps. Et puis, histoire un peu banale, ou cliché (rires), pendant les vacances scolaires, il est tombé amoureux de l’une de ses clientes. Une Hollandaise, Karin, qui est devenue sa femme, puis notre maman. Ensemble, ils se sont très vite installés à Valfréjus et n’en sont jamais repartis. Toujours attiré par l’univers de la compétition, papa a continué dans cette voie. De nombreux moniteurs qui enseignent aujourd’hui à Valfréjus l’ont d’ailleurs eu comme coach avant qu’il ne parte pour d’autres horizons, notamment comme entraineur pour l’équipe de France, puis à l’international. Contrairement à nous, il a appris les codes et les spécificités du haut niveau au fil des ans, amenant ses athlètes à décrocher des podiums et des victoires en coupe du monde, des titres mondiaux et olympiques. Il a dirigé des skieurs de renom sur six olympiades, comme Christel Pascal, Laure Péquegnot, Jean-Baptiste Grange ou Julien Lizeroux, puis des équipes étrangères. Suisse, Suède, Italie : il a multiplié les expériences, avec succès. Et nous, nous suivions cela depuis la maison, ne ratant pas un départ de coupe du monde, quand c’était possible, en faisant des pronostics en fonction de ce qu’il nous racontait. Et ça continue : si nous ne sommes pas en train d’enseigner, nous sommes devant nos écrans à vibrer ensemble devant les coupes du monde ! Maman se prend parfois au jeu, même si le ski en mode performance, ce n’est pas franchement son truc. »

Photo C. Pallot/Agence Zoom
Photo C. Pallot/Agence Zoom

Leur grand-père a remporté le Tour de France en 1968 !

« Avec Steven, nous avons toujours suivi la carrière de notre père et été baignés dans l’univers de la compétition. Nous avions l’habitude que papa ne soit pas là le soir, qu’il soit en déplacement à l’autre bout de la France ou du monde. Pour nous, c’était normal. Dans un sens, pour maman aussi puisque son père, Jan Janssen, était un champion cycliste de haut niveau : il a gagné le Tour de France en 1968 ! Rien d’étonnant donc à ce que nous ayons un fort esprit de compétition. Quand papa rentrait, nous allions skier ensemble. Il a toujours eu ce souci du détail, le regard technique. Même aujourd’hui, alors que nous avons arrêté la compétition, on ne skie jamais en mode balade, il a toujours un truc à nous faire travailler, un conseil à nous donner ! Cela ne nous a jamais pesé car le ski et l’entrainement sont notre passion et font partie de notre quotidien. Nous avons d’ailleurs tous les deux fait de la compétition, Steven jusqu’en équipe de France, puis des Pays-Bas, et moi jusqu’au niveau FIS. Même si papa ne nous a jamais poussés, il a toujours insisté sur le fait que nous n’y arriverions pas sans travailler. Aujourd’hui, nous sommes tous entraineurs : Steven est coach au comité de Savoie, et moi responsable des entraineurs du SHMV (Sports hiver Modane Valfréjus, ndlr), le ski-club de Valfréjus. Mon conjoint, Yoann Cananzi, qui a lui aussi grandi en Maurienne, est également coach avec mon frère au comité de Savoie. Et bien sûr, nous sommes tous moniteurs à l’ESF ! L’ESF nous a toujours soutenus, il est important pour nous aujourd’hui d’être là quand il y a besoin de moniteurs. Même papa est revenu enseigner, et c’est peut-être lui qui passe le plus de temps à l’école désormais ! Il me demande parfois des conseils, notamment au niveau de la gestion des timings. Les rôles se sont un peu inversés ! Je suis étonnée de voir le plaisir qu’il prend à enseigner, même aux Piou Piou ! »

Une expérience à partager

« Il n’y a pas une journée où on ne parle pas ski. Mon frère, qui a arrêté le haut niveau en 2017 après vingt-cinq départs en Coupe du monde et deux en championnats du monde, Yoann et moi-même nous appuyons beaucoup sur l’expérience de papa, qu’il adore partager. Que ce soit au niveau technique, du choix des lieux d’entrainement, du programme de l’hiver, des hébergements… il est toujours de bon conseil. Si nous sommes tous des entraineurs différents, nous avons été formés dans le même moule. À mon niveau local, j’aime bien essayer des choses, notamment sur le plan mental. Parfois, je fais part de mes trouvailles aux garçons, mais je ne crois pas qu’ils m’écoutent (rires). En dehors de nos semaines à l’ESF, notre petit moment à tous les quatre, c’est quand nous organisons le Grand Prix des jeunes de Maurienne. Si les garçons sont en déplacement, on change la date ! C’est d’autant plus facile que mon père est maintenant le président du ski-club de Valfréjushttps://www.mon-sejour-en-montagne.com/station/valfrejus/. Avec Yoann, nous avons eu une petite fille, Théa, qui devrait être rapidement sur les planches. Nous ne voulons pas la pousser à faire du ski à tout prix, mais si elle est prise du même virus de la compétition, nous serons bien évidemment ravis ! »

Kim et Yohann. Photo C. Pallot/Agence Zoom
Kim et Yohann. Photo C. Pallot/Agence Zoom
Kim, 29 ans, et Yoann, 30 ans, moniteurs diplômés depuis 2018

« Travailler sur les skis est une évidence pour moi. Depuis que nous sommes petits, on voit les moniteurs sur les pistes, toutes ces tenues rouges font rêver. J’adore l’entrainement pour la relation avec les jeunes au fil de la saison, puis des années. Il y a un lien fort, on les connaît par cœur… Je me sens comme une deuxième maman ! À l’ESF, c’est la même chose : j’adore les p’tits bouts du jardin d’enfants, c’est le début du ski, ils apprennent à se tenir debout, les parents sont fiers. Et bien sûr, j’aime les stages compétition. Si Yoann est moins à l’ESF, nous avons le même parcours : il a grandi en Maurienne et c’est la compétition qui nous a rapprochés et qui nous lie encore. Il n’y a pas un jour où on ne parle pas ski. Le milieu de l’entrainement est en perpétuelle évolution, avec le matériel, le changement climatique… c’est infini ! »  

Steven. Photo C. Pallot/Agence Zoom
Steven. Photo C. Pallot/Agence Zoom
Steven, 33 ans, moniteur diplômé depuis 2019

« Je ne vais pas trop mentir, j’enseigne peu à l’ESF. Mon truc, c’est le ski de compétition, que j’ai découvert avec un œil différent depuis que je suis passé de l’autre côté des piquets. À l’image des cours ESF, nous prenons en charge des enfants mineurs et cela demande quelques responsabilités que je ne soupçonnais pas quand j’étais encore coureur. Je dirais qu’à part cela et les cours compétition qui voient les mêmes enfants revenir au fil des ans, pour moi l’enseignement en ESF et le coaching sont deux mondes à part. Étant assez perfectionniste, j’adore le côté technique que je peux apporter aux jeunes avec lesquels je travaille, mais aussi le côté relationnel que nous avons. »  

Jacques. Photo C. Pallot/Agence Zoom
Jacques. Photo C. Pallot/Agence Zoom
Jacques, 63 ans, moniteur diplômé depuis 1985 

 

« J’ai fait ma première vraie saison à l’ESF en 2018, avant de repartir sur le circuit international trois ans avec l’équipe d’Italie. J’ai arrêté il y a deux ans, et je suis revenu enseigner l’an dernier – je fais environ 450 heures. Comme j’ai toujours pris ma carte syndicale, je suis le plus ancien de l’école. Ayant atteint l’âge de la retraite cette année, je vais devoir débrayer un peu. Je prends beaucoup de plaisir à enseigner, surtout avec les tout-petits. Cela peut paraître bizarre, mais j’adore le jardin d’enfants ! Pendant la remise des médailles, c’est génial de voir leurs regards et ceux des parents. Ils ont l’impression d’être des champions du monde et sont très reconnaissants. Je prends tous les cours, il n’y a pas de différence avec les autres moniteurs. Au début, je posais plein de questions à mes collègues, je me suis remis en question, j’ai appris, observé… Ce n’est quand même pas évident d’avoir dix enfants qui te suivent, c’est un peu stressant mais maintenant c’est bon, je me suis habitué ! » 

Article issu du magazine Traces, édité par le SNMSF

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