Quand Chamrousse avait plus la cote que Courchevel

Derrière le canapé où il a pris place, on ne voit qu’elle, l’arrivée de la piste femmes des JO de 68. L’appartement plonge sur ce front de neige olympique du Recoin. Jean-Jacques Goulot, le co-fondateur de l’enseigne made in Chamrousse spécialisée dans le matériel de location, Skilead, a 10 ans quand la station accueille les épreuves de ski alpin.

Ces jeux d’hiver de 68, ce « vrai Chamroussien né à Paris » les regardent avec les yeux d’un titi émerveillé qui s’amuse plus à skier au club avec les potes, qu’à remporter des titres. C’est le temps de l’insouciance. Schuss, le personnage à la tête d’œuf, inspiré de la célèbre position de ski, est la mascotte de tous les Isérois.

Chamrousse et Courchevel ont pris deux chemins différents

La station s’est parée des couleurs des anneaux. La flamme brille et les kiosques ambulants embaument les rues de cette odeur de crêpes au Grand Marnier. « Ma madeleine ! » lance Jean-Jacques qui connaît chaque recoin de ce village. Il l’a vu grandir, s’émanciper, même s’encanailler. Et puis vivre sur ses lauriers olympiques et louper le coche d’une expansion à la savoyarde. « Chamrousse a le même âge que Courchevel. À l’époque c’est nous qui étions devant ».

La station tarine s’est bien rattrapée. Elle a tout raflé, la notoriété, les hôtels de luxe, les restaurants étoilés et une clientèle qui dépense sans compter. À Chamrousse, « on est resté sur la lancée des JO. Son potentiel, il était à 2 500 m, au sommet des Vans. Dans les années 70-80, les anciens n’y ont pas cru ».

Un manque d’ambition que ne regrettent pas les défenseurs de la nature. Reste que ces 200 mètres comptent aujourd’hui. « On est restés bloqués à 2 300. On aurait pu ouvrir un super domaine d’altitude » déplore l’ex-champion de ski, à présent président de la régie des remontées mécaniques.

A l’époque c’est Chamrousse qui accueillait le tout-Paris

C’est que durant ces années 80, l’ex-entraîneur de l’équipe féminine de ski alpin arpente avec ses championnes les plus beaux domaines des Alpes. Il voit l’ascension des stations de Savoie-Mont Blanc contre lesquelles, plus jeune il se taillait la bourre entre les piquets. Il regrette son Chamrousse. Comme son grand-père Armand Goulot, il est tombé sous son charme. Il revient pour y acheter un magasin, et se poser enfin. L’histoire se répète chez les Goulot.

« Mon aïeul a ouvert en 53 le premier hôtel 3 étoiles, L’Ourson. À l’époque, il possédait sept magasins de bonneterie à Paris. Il venait souvent à Grenoble pour ses affaires. En déjeunant à la brasserie des Voyageurs, chez Goy, une institution iséroise, il apprend qu’une station va voir le jour sur les hauteurs d’Uriage. Il se rend sur place et y achète un terrain. Armand demande alors à mon père, Jacques, de vendre tous les magasins pour pouvoir bâtir son hôtel ». Il l’exploitera jusqu’en 1969…

L’Ourson n’est plus. Il a été rasé mais les anciens se souviennent encore qu’ici le tout-Paris venait en vacances. « Mon grand-père avait pignon sur rue dans la capitale. Tous les ans il louait les terrasses Martini aux Champs Elysées ». L’homme d’affaires y invite Bourvil, et même le ministre Edgar Pisani. Ils le suivront dans son fief à la montagne. À l’Ourson, les clients avaient accès à un magasin de location de ski, un salon de coiffure, un night-club, deux salons de thé et un bar-lounge. Toute une époque (lire par ailleurs).

Grenoble capitale des Alpes

Quelle ne fut pas sa déception, quand il apprit que l’Isère avait été évincé des JO de 2030. La même que celle de Killy, quand il a su que Val d’Isère n’était pas retenu. Jean-Jacques ne se faisait guère d’illusion pour Chamrousse, mais croyait dur comme fer en l’Alpe d’Huez et Les Deux Alpes. Ne viennent-elles pas d’organiser des coupes du monde de bosses et de snowboard ? « On a des domaines exceptionnels où on investit. On a un Vercors qui est l’un des plus beaux domaines nordiques du monde. Et pas une discipline de n’y sera organisée ! Grenoble reste la capitale des Alpes. Ce n’est pas Chambéry, ni Annecy. Encore moins Nice. »

Photo archives le DL
Photo archives le DL
Quand Killy venait arroser ses médailles au Santiago, bar de l’Ourson

Lors des JO de Grenoble en 1968, Jean-Claude Killy (sur notre photo dossard 14, ici au côté de Guy Périllat) décroche trois médailles d’or, sur la descente, le slalom et le slalom géant. Un triplé historique qui l’a fait entrer dans la légende à tout jamais. Ce 9 février 68, ses performances extraordinaires lui assurent une place dans l’histoire du ski alpin, qu’il s’empresse d’aller joyeusement fêter. Dans la station tout le monde est en liesse. Le jeune Jean-Jacques se souvient de ce jour-là où Killy avec son pote Michel Arpin débarquent à l’hôtel familial L’Ourson, et où dans le lounge bar, le Santiago, tenu à l’époque par sa maman Christiane, ils vont copieusement arroser ses médailles.

« Je le revois se verser des bouteilles de champagne sur la gueule ! » en rigole encore Jean-Jacques. C’est là aussi que naît chez le gamin Goulot cette envie « d’être un champion comme Killy et de skier pour gagner ». Jean-Jacques, qui a intégré les rangs de l’équipe de France, se défend plutôt bien et truste quelques podiums mais voit sa jeune carrière brisée par une chute en 1979 à Courchevel. On est 8 jours avant le critérium de la première neige. Il remonte la pente mais pas au niveau souhaité. On lui propose de devenir l’entraîneur des skieuses de l’équipe de France. L’aventure durera 10 ans. Finalement, ce rêve de môme d’être un jour cet autre Killy, il l’a réalisé en faisant grimper sur des podiums des Carole Merle ou Perrine Pelen.

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