Trois filles à l’assaut du Cerro Torre, montagne inaccessible de Patagonie

Voilà une dizaine d’années que Lise Billon, élevée dans une famille de purs alpinistes, entre son père Rémy, pompier secouriste, et son frère Léo, grimpeur d’élite du Groupe militaire de haute montagne, s’est taillé une solide réputation dans le milieu. En 2016, la Drômoise de Romans, désormais fixée à Chamonix, devenait la deuxième femme à décrocher le piolet d’or, oscar de la discipline, pour une expédition en terre patagonne.

Un an plus tard elle faisait partie de la promotion de guides sortie de l’ENSA qui, grande première, avait diplômé six filles dans cette corporation très masculine. La Chamoniarde Fanny Schmutz étaient l’une d’elles et voilà que les deux camarades de promo se retrouvent encordées, en cet été austral, entre Argentine et Chili pour une aventure hors norme.

Une conquête controversée 

Une autre femme guide bien connue, basée dans le Queyras (Hautes-Alpes), Maud Vanpoulle, sociologue et spécialiste des facteurs d’accidentologie en montagne complète le trio d’envergure. C’est que les trois alpinistes de pointe se frottent à un sommet pour lequel l’adjectif « mythique » n’est, pour une fois, pas galvaudé. C’est peu dire que le Cerro Torre (3128 m) est chargé d’histoire.

Longtemps réputée comme la montagne la plus difficile à gravir, sa conquête prétendue entre 1959 et 1970 par l’Italien Cesare Maestri, au prix de 400 pitons plantés dans la roche, est restée controversée. La célèbre flèche de granit de 1000 m surmontée d’un champignon de neige a même inspiré au réalisateur allemand Werner Herzog un mémorable film : Cerro Torre, le cri de la roche.

Lise Billon, au pied de sa chimère.  Photo Le DL /Lise Billon
Lise Billon, au pied de sa chimère. Photo Le DL /Lise Billon

« Cette montagne majestueuse peut devenir un enfer »

À 35 ans, Lise Billon en parle comme d’une “chimère”, tant cette cime élancée la fascine. Par deux fois, celle qui entraîne aussi l’équipe nationale d’alpinisme féminine de la FFME (ENAF) s’y est cassé les dents. Pour cette grande nomade, spécialiste de l’alpinisme exploratoire, adepte du triple zéro (Zéro fois, zéro info, zéro topo), la Patagonie est son jardin.

Et le Cerro Torre un arbre qui monte au ciel. Parti le 15 janvier, le trio se donne une fenêtre de deux mois entre mi-janvier et mi-mars pour réaliser l’ascension de l’arête-sud et le célèbre itinéraire historique, anciennement nommé « voie du compresseur » avant son dépitonnage en 2012. Une dizaine d’expéditions à peine l’ont gravi, aucune femme. Au menu trois jours d’escalade mixte et rocheuse pour parcourir les 28 longueurs de ce colosse lisse dont la longueur décisive, sous le sommet, est cotée 7b. Voilà qui promet un final engagé, tant la possibilité de poser des protections est mince.

Surtout ces 1000 mètres de verticalité entre glace et rocher sont très exposés au vent et à une météo changeante. “La clé de notre réussite sera de trouver le bon créneau météo et de tenir le timing d’ascension. Les tempêtes en Patagonie sont extrêmement violentes et cette montagne majestueuse à gravir peut devenir un enfer”, confie Lise installée depuis El Chaltén, la capitale de l’alpinisme patagon, guettant attentivement les humeurs de la paroi.

Article issu du Dauphiné Libéré

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