Aux Sept Laux, la mythique piste freeride des Vallons du Pra voit son avenir suspendu à une servitude d’utilité publique. Si la station continue d’afficher l’itinéraire sur son site, la descente n’a pas encore rouvert. En cause : un enneigement insuffisant et de mauvaises conditions. Et un portail qui barre désormais le bas de la piste. Un dossier administratif et juridique aussi technique que symbolique. Dans les stations des Alpes, ce cas est loin d’être isolé.
Dans le Haut-Bréda, tout commence officiellement à l’été 2025, lorsque la communauté de communes Le Grésivaudan saisit la préfecture de l’Isère pour lancer une enquête publique. Objectif : instaurer une servitude d’utilité publique sur une portion du domaine skiable traversant des terrains privés afin de garantir le passage des skieurs. Sur les neuf propriétaires concernés, historiquement liés au développement de la station, deux ont refusé de signer la nouvelle convention. Ils contestent « la suppression des rétributions indexées sur le prix du forfait ».

Verdict le 11 janvier ?
En clair, ils veulent des forfaits et pas de l’argent pour être indemnisés. Sauf que la loi impose désormais une indemnisation forfaitaire et non plus proportionnelle. Une modification technique, acceptée par la grande majorité des propriétaires, mais pas par tous. Ce qui conduit aujourd’hui à de lourdes conséquences sur le domaine skiable des Sept Laux sur son versant Le Pleynet.
En novembre, la préfecture a décidé finalement d’ouvrir une enquête publique pour une « régularisation et sécurisation du domaine skiable ». Vingt contributions ont été enregistrées avant sa clôture, le 10 décembre. La commissaire enquêtrice doit désormais remettre son rapport à la préfète d’ici le 11 janvier. De cette décision, dépendra la reconnaissance d’utilité publique et donc l’avenir juridique de la piste. Le Grésivaudan, de son côté, se dit « confiant », mais reconnaît aussi : « On n’est jamais à l’abri d’un recours. »
Un maintien partiel du tracé
En attendant, la station des Sept Laux continue de composer. Le principal propriétaire du haut du vallon, la SCI Pra Blanc, a signé la convention, permettant le maintien partiel du tracé. Les skieurs pourront donc descendre jusqu’au niveau du chalet du Pra, avant de remonter à pied skis sur le dos sur le sentier d’été (10 minutes environ indique la station) vers le télésiège de l’Oursière, comme avant, « à l’ancienne », ou comme en fin de saison, quand on ne peut pas descendre jusqu’au Pleynet faute de neige.
La station promet en tout cas une signalisation claire en haut du télésiège du Gypaète et une communication adaptée en bas dans la station. Dans les faits, les conditions météorologiques n’ont, de toute façon, pas permis jusqu’ici l’ouverture du secteur. « C’est du béton et de la glace », résument les pisteurs, contraints de limiter cette partie du domaine à la noire Pouta et à la rouge des Chamois. Les amateurs de poudre devront encore patienter.
Dans le Haut-Bréda, le sujet fait réagir. Certains y voient une querelle de principe entre propriétaires et exploitants, alors que la loi Montagne et le Code du tourisme encadrent désormais mieux les servitudes de passage. D’ailleurs, le rapport parlementaire Roseren-Fégné, publié récemment, préconise cette voie pour garantir la pratique des activités de pleine nature. Et, de leur côté, des habitants observent l’affaire avec agacement, voire un brin d’ironie – il suffit d’aller sur les réseaux -, car dans le Haut-Bréda, tout le monde sait que les « Biassus », surnom hérité des anciens mineurs, gardent ce caractère rugueux et bien trempé dans le fer…
Article issu du Dauphiné Libéré


