Déclencheurs d’avalanches dans les Alpes : « On provoque la neige pour éviter le pire »

Ces opérations délicates débutent avant même le lever soleil, lorsque la station est encore endormie. Vers 6 heures du matin, les équipes se réunissent pour un dernier point météo et organisationnel, avant de grimper à bord de scooters des neiges, téléskis ou dameuses pour se placer « au départ de leur ligne de tir ».

Stéphane Henry est le chef des pistes de la station des Orres. C’est lui qui supervise les plans d’intervention de déclenchement des avalanches (Pida), dispositifs utilisés dans la plupart des stations françaises. Le principe : provoquer volontairement des coulées de neige, pour éviter qu’elles ne se produisent plus tard. Au mauvais moment. « Pour être sûr que tout se passe bien et en sécurité, c’est un gros boulot de préparation et de coordination », souligne le directeur de la sécurité des pistes. Une mission essentielle pour sécuriser le domaine avant l’arrivée des premiers skieurs.

Un relief aussi spectaculaire que risqué

La topographie des Orres rend toutefois la tâche ardue. « Notre station est réputée assez avalancheuse, nous avons de la pente partout » explique Stéphane Henry. Une caractéristique qui fait le bonheur des amateurs de ski technique. « Notre atout, c’est d’avoir de la pente. Mais en matière d’avalanches, c’est aussi notre faiblesse » sourit-il. À cela s’ajoute l’exposition de la station au vent. « Tous les ingrédients sont réunis pour avoir de belles coulées ».

Le déclenchement d’un Pida ne s’improvise pas. La décision est généralement prise la veille, après analyse de nombreux paramètres : les chutes de neige récentes et celles attendues, le vent, la pluie ou encore l’évolution du manteau neigeux… Car la neige fraîche n’est pas la seule responsable : « Quand le vent déplace la neige, cela crée ce qu’on appelle des plaques à vent. » Des accumulations instables particulièrement dangereuses.

Dans cette cabane hissée en haut du domaine, un « canon avalancheur » permettant de déclencher une coulée à distance. Photo Nathan Limasset
Dans cette cabane hissée en haut du domaine, un « canon avalancheur » permettant de déclencher une coulée à distance. Photo Nathan Limasset

Un arsenal impressionnant pour contrôler la neige

Pour sécuriser le domaine skiable, la station dispose d’une centaine de « points de tir » répartis sur l’ensemble du site. « C’est assez énorme pour une station de notre taille », note Stéphane Henry. La moitié d’entre eux est traitée manuellement par les pisteurs, qui montent à ski avec des charges explosives dans leurs sacs. D’autres dispositifs permettent de déclencher les avalanches à distance. La station possède ainsi deux « Catex », des câbles transportant des explosifs au-dessus des pentes, « un peu comme de gros téléskis. »

Elle dispose également de huit « Gazex », de larges tubes déclenchant une explosion grâce à un mélange de gaz, ainsi que « deux canons avalancheurs » placés de chaque côté du domaine et capable de traiter une vingtaine de points de tir. Un hélicoptère peut aussi être mobilisé, lorsque la météo le permet, pour transporter une trentaine de charges explosives. Ces techniques à distance permettent de limiter les risques pour les pisteurs, qui évoluent à ski dans des pentes avalancheuses. Rares sont ceux à n’avoir jamais été « chahutés », reconnaît Stéphane Henry. « Si on pouvait se vanter en fin de carrière de n’avoir jamais été bousculé par une avalanche, on le ferait bien volontiers. »

Une saison déjà très active

Depuis le début de la saison, 22 Pida ont déjà été réalisés aux Orres. « Ce qui est assez conséquent », souligne le directeur des pistes. « Notre record doit remonter à l’hiver 2017-2018, avec 25 déclenchements sur toute la saison. Nous n’en sommes pas loin. » Pour l’heure, aucune avalanche naturelle n’a touché le domaine skiable cet hiver. « Nous avons eu de la chance, même si nous avons provoqué cette chance », estime-t-il.

« On se donne les moyens de sécuriser le domaine, mais le risque zéro n’existe pas. » De « très grosses avalanches » ont en revanche été observées en dehors du domaine skiable. « Quand des faces de 1 000 mètres de long et 500 mètres de large se mettent à descendre d’un coup, il ne faut pas être au pied. » La hausse actuelle des températures pourrait toutefois amener de nouveaux risques. « Nous savons qu’il faudra rester très vigilants à certains endroits, où d’importances épaisseurs de neige ne sont pas encore parties. » La saison est encore loin d’être terminée.

Les Orres (Hautes-Alpes) le 4 mars 2026. Loîc Bernard, nivo méteo des Orres lors de l'immersion avec les pisteurs de la station lors de leur présentation PIDA ainsi que leurs gestions de la neige au cours de la saison. Photo Nathan Limasset
Les Orres (Hautes-Alpes) le 4 mars 2026. Loîc Bernard, nivo méteo des Orres lors de l'immersion avec les pisteurs de la station lors de leur présentation PIDA ainsi que leurs gestions de la neige au cours de la saison. Photo Nathan Limasset
Ces pisteurs au cœur des prévisions météo

Aux Orres, plusieurs pisteurs spécialisés participent chaque jour à la collecte des données météorologiques et nivologiques pour Météo-France. Ils sont six ou sept à posséder le statut d’observateur « nivo-météo », dont Loïc Bernard. « Nous transmettons toutes nos données aux prévisionnistes, qui établissent ensuite un bulletin précis pour chaque domaine. » Ici, celui du massif du Parpaillon.

Deux fois par jour, ces pisteurs se rendent sur un site dédié aux relevés. Plusieurs paramètres y sont mesurés : hauteur de neige, température extérieure et à intérieur du manteau neigeux, type de flocons… Les données météorologiques sont également observées : nébulosité, précipitations, force du vent, etc.

Toutes ces informations sont saisies dans une application directement reliée à Météo-France.

Ces données sont ensuite analysées par les prévisionnistes basés à Briançon, puis croisées avec celles d’autres stations et communes. Objectif : établir des bulletins météo précis pour chaque massif. « En montagne, l’intérêt est d’avoir des informations très localisées », souligne Loïc Bernard. Ces relevés servent notamment à élaborer le Bulletin d’estimation du risque d’avalanche (BERA).

Pour la station, ces données restent surtout destinées aux prévisionnistes et interviennent peu dans la décision de déclencher un Pida (plan d’intervention de déclenchement des avalanches). « Ça sert à 90 % à Météo-France et 10 % à nous », résume Stéphane Henry, le chef des pistes.

Article issu du Dauphiné Libéré

PARTAGER
Découvrez nos lectures liées
Restez informé, suivez le meilleur de la montagne sur vos réseaux sociaux
Réserver vos séjours :
hébergements, cours de ski, forfaits, matériel...

Dernières actus