Jeudi 24 juillet, à 22h35, le Tour de France publiait un communiqué laconique : la 19e étape du Tour, entre Albertville et La Plagne, ne passera finalement pas par le col des Saisies.
Le lendemain matin, au micro de RTL, Christian Prudhomme, directeur du Tour de France, s’expliquait sur les raisons de ce changement : « C’est une maladie extrêmement contagieuse, transmise par les mouches, les taons […]. Elle aurait très bien pu rentrer dans des voitures d’organisations, de journalistes, se balader et ressortir 20 ou 50 kilomètres plus loin. ».
La maladie dont parle Christian Prudhomme, c’est la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC). Inoffensive pour l’homme, elle fait pourtant des ravages dans les élevages, car elle impose des mesures sanitaires radicales : les troupeaux touchés sont abattus, les exploitations isolées, les pâtures interdites.

Une épidémie en pleine montagne
Encore absente d’Europe occidentale il y a cinq ans, la dermatose nodulaire a fait son apparition en Sardaigne en juin 2025. Depuis, elle s’est diffusée rapidement dans les Alpes françaises. Le 30 juillet, la barre des 50 foyers a été franchie, avec 51 élevages contaminés dont 24 en Savoie (Entrelacs et Hauteluce) et 27 en Haute-Savoie (Rumilly, Massingy, Marigny-Saint-Marcel, Faverges-Seythenex, Saint-Ferréol, Les Combes-Seythenex, Boussy, Val-de-Chaise)
Comment un virus, transmis uniquement par certains insectes piqueurs (taons, stomoxes), a-t-il pu parcourir de telles distances ? Les vétérinaires apportent une réponse sans équivoque : ce sont les déplacements, notamment routiers, qui permettent à ces insectes de couvrir des dizaines de kilomètres. Un taon piqué à proximité d’un troupeau infecté peut se glisser dans un véhicule, puis ressortir bien plus loin, dans une autre vallée.
C’est ainsi que plusieurs foyers secondaires comme Faverges (Haute-Savoie), sont apparus à plus de 30 km du premier cluster d’Entrelacs (Savoie), sachant que stolmoxe et le taon, principaux vecteurs de la maladie, ne peuvent pas parcourir plus de 5 km. L’insecte ne vole pas loin, mais il sait très bien se faire transporter.

Le rôle involontaire que vous pouvez jouer
La dermatose nodulaire ne se transmet pas à l’homme. Elle ne présente aucun danger pour les randonneurs, ni par piqûre, ni par contact avec un animal malade. Mais les promeneurs peuvent, malgré eux, contribuer à déplacer les insectes vecteurs.
Le risque est faible, mais bien réel : en laissant les fenêtres de leur voiture ouvertes près d’un alpage ou en s’arrêtant pour pique-niquer à côté d’un troupeau, les visiteurs peuvent embarquer un taon infecté, qui ira piquer une vache plusieurs kilomètres plus loin. À l’échelle d’un été de transhumance, ce genre d’incidents répétés peut suffire à faire naître de nouveaux foyers.

Quatre gestes simples pour éviter le pire
C’est pourquoi plusieurs mairies de Haute-Savoie et de Savoie, en lien avec les éleveurs, communiquent depuis plusieurs jours sur les gestes à adopter :
- Ne pas approcher les animaux
- Ne pas pénétrer dans les pâtures ou les bâtiments agricoles, pour éviter d’y laisser involontairement des insectes.
- Garder les fenêtres de la voiture fermées, surtout en stationnement ou à proximité d’alpages.
- Avant de repartir, chasser les insectes volants présents dans l’habitacle, à l’aide d’un tissu ou de la ventilation.
Des consignes simples, peu contraignantes, mais cruciales pour limiter la propagation d’un virus qui a déjà conduit à l’abattage de centaines de vaches. Les services sanitaires craignent une diffusion vers d’autres massifs si les précautions ne sont pas strictement respectées dans les prochaines semaines.
Comme quoi, une bonne action peut passer par une vitre fermée.