« Ils conduisent deux heures et demie pour faire une photo et repartir. » Pour Sébastien Fine, le maire de Villar-Saint-Pancrace , le constat est sans appel. Porté par la série télévisée Alex Hugo et les boucles de vidéos sur les réseaux sociaux, le lac de l’Orceyrette subit du surtourisme. Depuis trois ans, la commune a décidé de réagir en prenant des mesures pour limiter l’engouement.
Derrière cette régulation, le maire empile les motifs d’alerte : sécurité sur une route inadaptée, quiétude des riverains du hameau des Ayes, mais aussi protection de l’environnement. Le site borde en effet la réserve biologique du Grand Bois des Ayes. À cette fragilité écologique s’ajoute un enjeu de taille : le maintien d’une activité pastorale historique dans le vallon.
« Il y a des troupeaux stationnés et on connaît des problèmes de cohabitation entre les usagers touristiques et les bêtes, notamment des risques de rencontre avec les chiens de protection ou des vaches qui s‘échappent, effrayées », s’inquiète Sébastien Fine.
Pour protéger le vallon, une réglementation estivale interdit déjà le transit automobile à certaines heures. Face au dérèglement climatique et à un enneigement de plus en plus tardif, la municipalité va étendre cette interdiction aux vacances de la Toussaint, période où l’affluence est désormais massive.
Freiner la pression touristique sans fermer le site
Sur le terrain de la communication, la contre-attaque est menée par l’office de tourisme. Pour sa directrice, Élodie Lefebvre, la donne est complexe : « À partir du moment où le lac est facilement accessible en voiture, c’est compliqué. Sur ce que nous, on gère, on s’est adapté. » La stratégie ? Ne plus faire aucune promotion du site durant la haute saison, de juin à septembre, et la question se pose désormais de faire de même à l’automne. « Au niveau des photos officielles, on ne partage plus d’images de bivouac pour éviter les bords de lac. On n’indique nulle part qu’on peut y monter en voiture », détaille-t-elle.
Plutôt que de faire la promotion du lac, l’office de tourisme cherche à ventiler les flux de visiteurs vers le reste du territoire. « Nous avons édité une carte de randonnée où l’on a placé trente itinéraires par secteurs, afin de mettre en valeur d’autres sentiers », ajoute la directrice.
Miser sur l’effort plutôt que sur l’accessibilité
L’objectif à long terme est clair : limiter l’afflux vers le lac. « On a modifié les itinéraires de randonnée pour faire partir les marcheurs depuis le Centre Montagne, ce qui rallonge la marche », explique Élodie Lefebvre. La municipalité refuse d’ailleurs de céder à la solution apparente des transports collectifs. « On ne veut pas mettre en place des navettes, parce que pour nous, la navette amène le flux et industrialise le lieu », tranche Sébastien Fine. L’objectif est inverse : inciter les visiteurs à changer de comportement en misant sur l’effort et les mobilités actives.
« L’idée, c’est plutôt de valoriser la voie verte qui a été créée en 2017 pour inciter les gens à monter à vélo électrique ou à pied », développe le maire de Villar-Saint-Pancrace. Pour transformer les simples consommateurs de paysages en véritables montagnards, l‘élu souhaite directement s’impliquer dans l’offre d’activités : « Ce que l’on veut proposer, ce sont plutôt des randonnées sur deux jours, de l’itinérance. » Une stratégie globale pour que le lac de l’Orceyrette ne soit plus un simple décor, mais un espace sauvage qui se mérite.
Article issu du Dauphiné Libéré