Une poignée de minutes pour ajuster le cadrage, et un clic. Voilà, la photo est dans la boîte, prête à nourrir les algorithmes de TikTok ou d’Instagram. Au lac de l’Orceyrette, à Villar-Saint-Pancrace, ce ballet de silhouettes est devenu le quotidien d’un site victime de sa propre beauté. En ce week-end de Pentecôte, ce miroir d’eau bordé de mélèzes et d‘épicéas subit de plein fouet l’effet des réseaux sociaux et de la série télévisée Alex Hugo.
Sur le plan Peyron, l’espace aménagé pour le pique-nique en bas du site, les nappes font foule. D’un côté, il y a les nouveaux venus : « On a vu le spot sur TikTok » avouent Mathilde et Chloé, de l’autre, se croisent des habitués de longue date. « Pour venir ici depuis un moment, je vois bien qu’il y a beaucoup plus de monde que l’année dernière », confirme Mari-line.
« Nous montons ici pour nous couper du monde de temps en temps, confie Jean-Philippe, un habitant venu avec sa famille. C’est un des rares endroits où il y a de l’eau et c’est accessible en voiture. » Quelques mètres plus loin, Valérie et Frank, arrivés de Grenoble avec leurs chiens Jumbo et Billy, observent le lac.
« C’est vrai qu’il y a beaucoup de monde, ce ne sont pas des marcheurs. Les gens viennent en voiture jusqu’au bout. » Ironiquement, le couple a lui aussi découvert le spot grâce à la série Alex Hugo. Soudain, une moto passe en pétaradant près d’eux : « Je ne sais pas si c’est utile que les motos puissent venir jusqu’ici », lâche Frank.

Un site sous pression face à une popularité grandissante
Face à l’afflux qui grimpe de 10 % tous les six à sept ans et qui atteint les 400 véhicules par jour lors des pics d’affluence, selon les données municipales, la commune a dû trancher.
Un mal pour un bien, selon André, qui fréquente le site depuis des années : « C’est quand même mieux géré au niveau de la fréquentation. Il y a quatre ans, la route était dans un état critique, les voitures touchaient la terre. Là, c’est devenu agréable, même si en pleine saison, le fait qu’ils aient fermé la première barrière oblige à marcher un peu, ce qui limite les excès. » Jean-Philippe ajoute : « Avant, les gens faisaient leur petit feu et c’était un peu le désordre, c’est mieux organisé maintenant. »
Pour tous, le constat est le même : le lac de l’Orceyrette reste un endroit magique, mais son accessibilité immédiate en voiture en fait une cible facile pour le tourisme de masse. Un défi majeur pour les gestionnaires du site, qui tentent désormais de freiner cet engouement.

Article issu du Dauphiné Libéré