Savoie : un whisky unique vieilli à 3 200 m, « On ressent plus les notes d’abricot »

En mai 2024, alors que les pisteurs des Trois Vallées descendaient la signalétique hivernale, un drôle de chargement prenait la direction inverse. À bord des deux télécabines reliant la station d’Orelle et la Cime Caron, un tonneau, contenant 225 litres de whisky, le fruit du travail de Karine et Cédric Técheney.

C’était là l’intégralité de leur troisième cuvée, qui avait déjà passé cinq ans à vieillir dans des fûts de Cognac. Le tonneau a alors passé les sept mois suivants à 3 200 mètres d’altitude, bien au chaud à l’intérieur du nouveau bâtiment de la Cime Caron , avant de redescendre en novembre dernier, à la veille de l’ouverture de la saison, alors que la neige tombait à gros flocons là-haut.

Une expérience scientifique en haute altitude

L’objectif ? « Tester l’impact de l’altitude sur le vieillissement », résume Cédric Técheney. Le test avait déjà été réalisé sur du vin il y a une quinzaine d’années, plusieurs bouteilles ayant été conservées à Saint-Martin-de-Belleville, à 1 300 mètres d’altitude, puis à Val Thorens, 1 000 mètres plus haut. « Les œnologues avaient estimé à l’époque que l’altitude était bénéfique pour le vin, on a donc voulu tester la même chose sur le whisky », continue l’artisan, seul producteur savoyard de ce spiritueux venu d’Écosse.

Ici l’expérience était poussée encore plus loin, ou plutôt plus haut, de 900 mètres environ. Autre différence, ici c’est le fût complet qui a été mis à vieillir, pas simplement des bouteilles. Et pas n’importe quel fût, une barrique qui contenait autrefois du Chignin-Bergeron, l’un des fleurons des vins blancs savoyards. Il s’agit là de la dernière étape du vieillissement du whisky, de quelques mois à peine, qu’on appelle le “finish”, donnant ses caractéristiques finales au nectar malté.

Des effets subtils mais bien réels

Et dans ce cas, est-ce que cela change vraiment quelque chose ? « Honnêtement, la différence est subtile », avoue Cédric Técheney, mais elle existe. « On ressent légèrement plus les notes d’abricot typique du Chignin-Bergeron ». L’explication serait à chercher du côté de la pression atmosphérique, plus basse évidemment en altitude : « Ça rend les échanges avec le bois plus lents, mais plus intenses », explique le producteur, ayant sorti environ 500 bouteilles de cette cuvée, baptisée justement “3 200”. L’intérêt était aussi évidemment marketing, créant une histoire autour du produit, et permettant de mettre en avant le territoire, Orelle, et la liaison avec le domaine skiable des Trois Vallées.

À quelques jours de la fin de la saison, Karine et Cédric Técheney ne prévoient pas de réitérer l’expérience : « Ça restera une opération ponctuelle, pour un produit unique, mais pourquoi pas recommencer dans quelques années », annonce Cédric. Le couple à d’autres idées pour leurs prochaines cuvées, testant cette année un finish en fut de vin rouge, du pinot noir plus exactement, promettant de nouvelles saveurs.

Article issu du Dauphiné Libéré

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