« Le risque zéro, je ne le maîtrise pas » : l’alcool sur les pistes inquiète en station

Sa colonie de vacances début mars aux 2 Alpes, Coline Bouché s’en souviendra… et pas pour de bonnes raisons. Venue encadrer une trentaine d’adolescents franciliens, l’animatrice en est revenue « révoltée » par « le nombre de personnes ivres sur les pistes en fin de journée. Plusieurs de nos jeunes ont été bousculés, l’une est même tombée, heureusement sans mal ». L’animatrice indique n’avoir « pas observé de tels comportements » lors de précédents séjours en station.

Elle s’étonne aussi de n’avoir vu « aucun contrôle » d’alcoolémie, qu’elle considère comme « le minimum pour prévenir ces situations ». De quoi la conduire à cette conclusion, radicale : « Je ne repartirai pas aux 2 Alpes avec des jeunes. Et seule, je ne pense pas, car j’étais aussi inquiète pour ma propre sécurité ».

Mise en cause, même si le phénomène ne lui est pas propre , la station bi-alpine répond, par l’intermédiaire de Fabrice Boutet. Le directeur général de Sata group, opérateur des remontées mécaniques, se veut rassurant : « On n’est pas dépassés par la situation, même si on doit y être très attentifs ».

Lui juge même le milieu des sports d’hiver « un peu protégé de ces comportements », comparé à d’autres lieux de vacances, « comme les plages ». Si le patron de la Sata convient que « quelques gens ne sont pas raisonnables », leur nombre est impossible à quantifier : contrairement à la sécurité routière, aucune loi ne fixe de seuil d’alcoolémie pour la pratique de la glisse, rendant impossible des contrôles préventifs.

La bière sur une terrasse ensoleillée en bord de pistes, c’est un rituel pour de nombreux skieurs, comme ici aux 2-Alpes. Qui peut devenir problématique si les verres s’enchaînent . Photo Bertrand Riotord
La bière sur une terrasse ensoleillée en bord de pistes, c’est un rituel pour de nombreux skieurs, comme ici aux 2-Alpes. Qui peut devenir problématique si les verres s’enchaînent . Photo Bertrand Riotord

Prévention et chiffres à l’appui

Des dépistages peuvent en revanche avoir lieu après des collisions. Et sur ce point, Fabrice Boutet dispose de statistiques : « Tous les accidents sont répertoriés, aucun n’a été lié à l’alcool cette saison. Nous n’avons eu qu’une suspicion de coma éthylique, à l’Alpe d’Huez, sur un million de personnes qui ont visité nos domaines » (NDLR : Sata group exploite également les domaines de l’Alpe d’Huez, de l’Alpe du Grand Serre et le téléphérique de La Grave).

Autres chiffres mis en avant, « une baisse de 8,5 % de nos secours sur pistes à l’Alpe d’Huez, par rapport à l’an dernier, et un nombre équivalent aux 2-Alpes, alors que la moyenne nationale est à +20 % ».

Des résultats qu’il attribue « au renforcement de nos patrouilles ski safe », qui sillonnent les pistes pour sensibiliser aux bons comportements. Autre mesure, « un accord depuis trois ans avec les restaurateurs d’altitude de l’Alpe d’Huez et des 2-Alpes pour qu’ils ne vendent aucun alcool fort ». Ou encore « des réunions hebdomadaires avec pompiers et gendarmes », pour anticiper les périodes à risques.

Reste un point difficile à contrôler : « L’alcoolisation sauvage. C’est un vrai souci, des gens viennent avec des shooters dans leurs sacs et boivent au bord des pistes, déplore Fabrice Boutet. Si nos pisteurs les voient, ils arrêtent le cirque, sinon… ».

Les professionnels face à un équilibre fragile

Une tendance qu’Arthur Dode a vu arriver il y a « 2-3 ans ». Propriétaire du Panobar , à 2 600 m d’altitude aux 2-Alpes, il parle même de « fléau » : « Maintenant, sur les tables, c’est une bière, une fiole ». De quoi l’agacer, lui qui « met des choses en place » pour réduire les risques. La suppression des alcools forts, donc, le raccompagnement des clients ivres jusqu’aux télécabines ou encore le déploiement d’agents de sécurité, selon la clientèle attendue. Et quand la fréquentation dépasse les prévisions ? « Ça m’est déjà arrivé de couper la musique à 15 h car on était débordé et on ne voulait pas que la fête aille plus loin. C’est un manque à gagner mais je préfère ça que risquer le pire », justifie le gérant.

Arthur Dode le reconnaît, « le sujet est sensible, car notre business model est fragile : il repose sur la fête, donc l’alcool ». Il a identifié des axes d’amélioration pour ses équipes, comme la détection des comportements dangereux ou une meilleure maîtrise de l’anglais. « Mais le risque zéro, je ne le maîtrise pas, conclut-il. Tous les soirs en fermant, mon stress premier n’est pas mon chiffre du jour mais que quelqu’un soit passé à travers les mailles du filet et qu’il percute un gamin. Mes enfants aussi skient ici, je n’ai pas envie que ça arrive ».

Le rôle discret mais présent des forces de l’ordre

« Nous patrouillons régulièrement à ski sur les domaines de l’Alpe d’Huez et des 2-Alpes pour assurer le bon ordre public, faire de la prévention, lutter contre les incivilités, l’usage de stupéfiants… », explique le chef d’escadron Étienne Estachy, commandant la compagnie de gendarmerie de La Mure, compétente en Oisans. 

La gendarmerie peut également intervenir, sur demande de la Sata, pour gérer des groupes aux comportements problématiques lors des redescentes depuis les bars d’après-ski. Dans ce cas, les gendarmes les raccompagnent et peuvent relever l’infraction d’ivresse publique et manifeste, qui réprime l’état d’ébriété (mais pas un niveau d’alcool) sur la voie publique… dont les pistes de ski font partie. Les contrevenants s’exposent à une amende maximale de 150 euros.

Une situation sous surveillance, sans drame majeur

« Des contrôles ponctuels et aléatoires sont par ailleurs réalisés au pied des remontées mécaniques, lors desquels les gendarmes peuvent faire ouvrir les sacs et se faire remettre l’alcool que certains pourraient vouloir emporter sur le haut des pistes », ajoute le chef d’escadron Estachy. Qui précise que les restaurants d’altitude qui servent de l’alcool font l’objet d’une vigilance particulière. « Certains clients abusent et redescendent ivres mais cela reste anecdotique et on n’a pas déploré d’accident grave ou de collision à cause de l’alcool ni de stupéfiants, cette saison », confirme-t-il.

À noter enfin que les maires des communes-stations concernées peuvent prendre des arrêtés interdisant la consommation d’alcool sur les pistes.

Article issu du Dauphiné Libéré

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