Pourtant, que la montagne est belle, comment peut-on imaginer… le pire. D’en bas, tout paraît parfait mais là-haut, le danger guette plus que jamais. Période transitoire pernicieuse que la saison du printemps, où les sentiers s’ouvrent aux randonneurs en quête de grand air mais où la neige est encore bien présente en altitude. « Les conditions au départ peuvent sembler favorables depuis les parkings. On pense que c’est l’été, que les sentiers sont nickels, mais non. Dès qu’on monte un peu, la neige est bien là, entre 1 700 et 2 000 mètres d’altitude. Et en quantité selon les secteurs, ce n’est pas à prendre à la légère », insiste le commandant Guy Le Névé, patron du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) d’Annecy.
L’idée n’est pas de gâcher la fête, ni de couper l’envie mais bien de prévenir des risques que la neige fait encore peser sur nos massifs à moyenne altitude. Et de la nécessaire prise de conscience qu’elle impose. « Randonneurs aguerris ou non, en matière de pratique de la montagne, les piqûres de rappel sauvent des vies. Il est bien souvent difficile de cibler la prévention, donc le mieux, c’est de faire passer un message clair de prudence et de rappeler les fondamentaux : préparation, lucidité et équipement adapté », énumère Guy Le Névé.
« D’un massif à l’autre, d’un versant à l’autre, d’une exposition à l’autre, il y a de grandes variations. Il est encore trop tôt pour envisager des sommets au-dessus de 2 000 mètres, le moindre faux pas peut être mortel », prévient d’emblée le commandant du PGHM rappelant que « l’on peut encore chausser les skis au-dessus de 2 000 mètres en face sud et de 1 600 mètres en face nord. »

Glissades fatales et pièges invisibles
En randonnée, le plus grand danger, c’est la glissade. « Quand on perd l’équilibre sur la neige, on ne commande plus rien et cela peut se terminer sur des blocs de pierre ou au pied d’une barre rocheuse. » Le patron du PGHM d’Annecy garde en mémoire le dramatique week-end de la mi-mai l’an dernier, où deux trailers chevronnés de 23 et 28 ans ont perdu la vie sur la Tournette après avoir dévalé, à 24 heures d’intervalle, le même névé se terminant sur un à-pic. La veille, deux traileuses avaient réchappé de peu à la mort, au même endroit, parvenant à stopper leur glissade au bord du vide.
« Gare aux couloirs, des névés persistants et des langues de neige compacte sont encore nombreux. Quand un sentier les traverse, il est préférable de les contourner et si ce n’est pas jouable, de rebrousser chemin. » Attention aussi aux écroulements de pans de neige: « On ne sait pas toujours au-dessus de quoi on marche. Sous les pieds, cela peut être un ruisseau ou un lapiaz dissimulé. »
Changer de pratique : de la randonnée à l’alpinisme
« Quand on marche dans la neige, ce n’est plus de la randonnée, on se rapproche davantage de l’alpinisme. C’est donc piolet et crampons mais encore faut-il bien savoir s’en servir. Quand on évolue entre 1 800 et 2 000 mètres, on change d’activité », martèle le commandant qui alerte sur les équipements intermédiaires. « Les “cramponnettes” (semelles à pointes qui s’adaptent sur les baskets), cela ne suffit pas, leur emploi est limité, ce n’est pas la solution idéale. »
Les quantités de neige varient mais la neige, en elle-même, évolue. « Le regel nocturne fait qu’elle travaille chaque jour, trop dure le matin et trop molle en fin d’après-midi. » Mieux vaut privilégier le milieu de journée et la moyenne montagne. « Ne pas viser trop haut, ni se fixer d’objectif d’altitude. Le jeu n’en vaut pas la chandelle. S’équiper de façon adéquate et adapter son itinéraire aux conditions. Il faut surtout savoir faire demi-tour. Le renoncement est vital. Il faut encore attendre un peu pour monter jusqu’en haut mais le département regorge d’endroits accessibles à mi-altitude », conclut le commandant Guy Le Névé.
Encore un peu de patience pour les hauts sommets, la montagne offrira des conditions de randonnée parfaite d’ici quelques semaines.

Au club alpin français (CAF) d’Annecy, les activités ne s’arrêtent jamais, en toute saison. Alpinisme, escalade, marche nordique, parapente, ski, canyon, via ferrata, trail ou encore randonnée, il faut dire que le spectre est large. Mais en cette période printanière, à la faveur d’une météo clémente, les randonnées pédestres ont repris de plus belle pour les adhérents du CAF d’Annecy, le plus gros de France avec plus de 3 000 adhérents.
Les référents bénévoles du club qui encadrent et animent les randonnées ont bien conscience des risques liés à la présence de la neige en altitude. Préparation, déroulement, équipements : rien n’est laissé au hasard. « Nous sommes très vigilants aux conditions particulières liées à la neige dont la présence varie d’un massif à l’autre, d’une vallée à l’autre, d‘un versant à l’autre. La sécurité de nos adhérents est une priorité pour nous », insiste Romain Desbret, l’ancien président du CAF d’Annecy qui a passé la main il y a quelques semaines.
« Il revient à chaque encadrant de décider de son itinéraire, en fonction de la météo bien sûr mais également de la composition de son groupe. Nos référents sont spécifiquement formés et compétents pour appréhender les paramètres nivologiques et météorologiques. Nous ne prenons aucun risque », rassure-t-il.
On pense davantage à le consulter au cœur de l’hiver, quand le risque est très marqué après de fortes chutes de neige, mais garder un œil sur le bulletin d’estimation du risque d’avalanche (BERA) doit rester un réflexe au printemps. Par exemple, que ce soit pour les massifs des Aravis, du Chablais ou du Mont-Blanc, le BERA pour la journée de ce mardi 28 avril indique un temps nuageux avec des averses localement orageuses. Une météo qui, combinée à un mauvais regel nocturne, laisse planer un risque “limité” (2/5) d’avalanches en neige humide possible dès le début de matinée, surtout sous les averses.
Article issu du Dauphiné Libéré



