Partir en ski à La Plagne avec Luc Nicolino est l’assurance de s’arrêter toutes les deux balises. Soit pour discuter avec un moniteur de ski ou un collègue pisteur car ici, « tout le monde connaît Luc ». Soit pour enlever des jalons endommagés. Soit pour raconter des histoires insoupçonnées.
« Ici, j’avais été pris dans une avalanche et traîné sur plusieurs centaines de mètres », signale Luc Nicolino au moment de passer un virage sur la piste de La Combe, au pied du glacier de Bellecôte.
Le jour où tout a basculé
La scène s’est déroulée dans les années 1980. Mais le souvenir est intact. « J’étais parti en hors-piste depuis le glacier. Puis j’ai vu la plaque partir avec moi. Elle m’a entraîné. Ma chaussure de ski s’est éclatée au contact d’un rocher. J’ai sauté la barrière rocheuse que tu vois en face pour finir ma course en contrebas », se remémore l’actuel directeur du service des pistes de La Plagne. Heureusement, poursuit-il, « je n’étais pas enseveli bien profond sous la coulée donc j’ai pu en sortir facilement ». Un petit miracle. « Après avoir échappé à la mort, je ne me suis jamais senti aussi vivant », sourit le pisteur en chef.
À 63 ans, Luc Nicolino prend sa retraite après 47 ans à travailler à La Plagne. L’enfant du pays est entré en tant que renfort aux remontées mécaniques à l’hiver 1979 puis obtient son diplôme de pisteur en 1983 avant de prendre la direction du service des pistes en 2016. Jamais Luc Nicolino n’a quitté La Plagne. « Pour quoi faire ? », nous regarde, incrédule, le directeur du service des pistes. En presque cinq décennies, Luc Nicolino a vu la station se métamorphoser. Le métier de pisteur évoluer. Et les équipements se moderniser.
C’est en prenant place dans la nouvelle télécabine Roche de Mio, mise en service en décembre 2025 , que le directeur des pistes s’en rend compte. « Quand elle a été construite en 1982, cette télécabine était la plus longue de France. Ailleurs, ce n’était quasiment que des téléskis. C’était audacieux d’installer un tel appareil », explique le sexagénaire.
Par la vitre de la cabine, le directeur du service des pistes jette un coup d’œil plus haut. Là où se dessinent les glaciers de Bellecôte et de la Chiaupe. « Le premier avait été équipé en 1978. C’était le début des belles heures du ski d’été à La Plagne », se souvient Luc Nicolino. Au bout de cinq ans, les premiers signaux d’alerte sont apparus. « Ce qui m’a surpris, c’est la vitesse à laquelle ça avait fondu », s’émeut le pisteur en chef.

Interventions marquantes et nuits sous tension
Aujourd’hui, le glacier de Bellecôte a quasiment disparu. Celui de la Chiaupe n’est plus qu’une langue de glace. Arrivé à 3 000 mètres d’altitude, au pied de ces géants de glace désormais déséquipés de toute remontée, Luc Nicolino a le regard rivé en bas. Du côté de la mythique Face nord de Bellecôte. Le souvenir d’un secours lui vient en tête. Il raconte : « Une nuit, notre chef est venu nous chercher en boîte de nuit parce que le téléphone portable n’existait pas. Quelqu’un avait signalé une disparition sur la Face nord. Donc je suis parti en hors-piste dans le noir avec une frontale et une barquette. Puis on retrouve un homme qui s’est luxé la cheville. Pour le récupérer, c’était sport ».
D’autres secours laissent en revanche un goût amer. Comme ce jour où il est appelé pour un homme victime d’un arrêt cardiaque. « Sur place, je me suis exclamé : « Oh, c’est Tonton. On n’a pas pu le sauver », relate Luc Nicolino. Le plus dur selon lui n’est pas le secours en lui-même. Plutôt la gestion de tout ce qu’il y a autour. « La technique, on sait faire. Mais on n’apprend jamais à annoncer à une mère qu’elle a perdu son fils dans une avalanche », observe le pisteur.
Il est 16 heures. L’heure de boucler le secteur Live 3 000. Désormais seul sur les pistes, Luc Nicolino savoure. La neige de printemps est « sa préférée ». C’est sa dernière piste où il porte la mythique veste rouge et jaune des pisteurs de La Plagne. En bas, le presque retraité prend sa radio. L’allume. Et déclare : « Pour la dernière fois de ma vie, j’annonce que la piste de La Combe est fermée ». Un dernier tour de piste. Puis il s’en va.
▶ 1963 : naissance de Luc Nicolino
▶ 1979 : premier hiver à La Plagne en renfort aux remontées mécaniques
▶ 1983 : diplômé pisteur
▶ 2003 : premier poste de chef de secteur
▶ 2016 : directeur du service des pistes de La Plagne
▶ Mai 2026 : départ à la retraite
Article issu du Dauphiné Libéré