Une cabane de berger refusée par le Parc des Écrins : « C’est trop important pour notre territoire »

L’alpage de Valestrèche est réputé produire de bons agneaux tardons. Mais le permis de construire déposé par Champoléon pour une cabane de berger a été refusé par la préfecture des Hautes-Alpes, sur avis du parc national des Écrins (PNE). Une décision que la commune a contestée devant le tribunal administratif en février 2026.

Le précédent éleveur qui exploitait cet alpage est parti à la retraite en 2018. Le dernier été, face à l’absence de logement et, par conséquent, la difficulté d’embaucher des bergers, les brebis sont restées sans surveillance, à la merci des loups. L’alpage a été laissé deux ans à l’abandon, jusqu’à ce qu’un jeune éleveur le reprenne, à la condition que les bergers aient un minimum de confort.

Un petit abri héliportable du PNE a été utilisé pendant trois ans en attendant la construction d’une cabane “en dur”. La commune a lancé de son côté la construction d’un abri héliportable de 7,5 m2 , solution provisoire dont le Parc ne veut plus. Elle a été acheminée dans l’alpage pour l’estive 2021.

Un projet jugé indispensable par la commune

Pour appuyer son projet de construction d’un logement permanent de 18,5 m2, la municipalité se targue d’un diagnostic de l’alpage réalisé par le centre d’études du pastoralisme Cerpam en 2022. Des plans sont réalisés par un architecte et la mairie dépose un permis de construire le 3 juillet 2025. Manifestement, il faut agir : l’éleveur risque une forte amende car il loge son berger dans un habitat hors-norme (7,5 m2  au lieu de 14 m2  minimum), constate l’inspection du travail le 9 juillet.

Le 15 septembre 2025, le PNE rend un avis défavorable au permis, décision rare. Colère de Jean-Pierre Colle : « À partir de combien de bêtes cela devient-il une nécessité agricole ? » Le maire de Champoléon suspecte le Parc d’exercer des mesures de rétorsion, la commune n’ayant pas signé sa charte. « On s’aperçoit de plus en plus que le cœur du Parc est la spoliation de tous les droits communaux et qu’un simple agent administratif fait la pluie et le beau temps sur le territoire » accuse l’édile.

Dans l’alpage de Valestrèche, une cabane hélitreuillée de 7,5 m 2 avait été mise à disposition du berger jusqu’en 2025 en attendant la construction d’une cabane permanente. À la suite d’une inspection du travail, il n’aura plus le droit que de dormir sous la tente pour l’estive 2026. Photo commune de Champoléon
Dans l’alpage de Valestrèche, une cabane hélitreuillée de 7,5 m 2 avait été mise à disposition du berger jusqu’en 2025 en attendant la construction d’une cabane permanente. À la suite d’une inspection du travail, il n’aura plus le droit que de dormir sous la tente pour l’estive 2026. Photo commune de Champoléon

Le maire dénonce une vision déconnectée du terrain

« Depuis des années, je pousse le Parc à avoir une gestion exemplaire du territoire alors qu’aujourd’hui il ne gère que son image de marque. » Réélu en mars 2026, Jean-Pierre Colle souhaiterait un PNE leader dans la régulation de la faune sauvage avec « des tirs sanitaires ». Les bergers engagés dans les alpages méritent d’être traités avec considération, rappelle le maire. « Je ne lâcherai pas l’affaire, c’est trop important pour notre territoire, il nous faut trouver un débouché. »

L’hébergement des bergers ? « C’est important, c’est un sujet sur lequel on est très impliqués » cadre Isabelle Vidal, cheffe du service aménagement au parc national des Écrins. Qui sait que les communes bataillent avec « des coûts qui ne font qu’augmenter », des crédits de plus en plus rares, alors que la question se complique encore avec « l’accentuation des risques naturels » et la raréfaction de l’eau.

Pourquoi le Parc s’oppose au permis

Le Parc ne demande qu’à aider les communes techniquement et pour monter les dossiers de financement, souligne la cheffe de service. Sauf que Champoléon ne l’a pas associé à son projet, qu’il a découvert alors qu’il était ficelé. Trop avancé pour que les réunions permettent de corriger le tir et de respecter les règles du cœur de Parc, espace naturel protégé.

En résumé, on est plus près du chalet d’alpage que d’une cabane sobre, bien intégrée dans le paysage ; le logement est « un peu surdimensionné » ; les pelouses alpines fragiles du lieu choisi pâtiraient trop de la circulation des troupeaux, dont la présence nuirait aussi à la sérénité des chamois et bouquetins du cru. Enfin, rien ne garantit que l’eau suffise et le Parc ne veut pas d’éventuels travaux de captage.

Un conflit inédit qui finit devant la justice

« Pourquoi on ne travaille pas à une cabane héliportable en deux rotations, qui serait aux normes et pertinente pour la gestion pastorale, pour la ressource en eau ? Il y a même eu implication du secrétaire général de la préfecture pour essayer de trouver une porte de sortie. La préfecture a accepté de financer largement la cabane héliportable, nous étions d’accord pour accompagner le dossier techniquement…

Jusqu’à ce qu’on reçoive le recours devant le tribunal. Franchement, c’est très regrettable qu’on en arrive là, déplore Isabelle Vidal, cheffe du service aménagement du PNE. Depuis 12 ans que je suis en place, je n’ai jamais vu une telle situation sur une cabane pastorale. » Cet été, le berger devra probablement dormir sous la tente.

Article issu du Dauphiné Libéré

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