« La fin du traitement est le sommet » : comment la montagne aide des femmes à surmonter le cancer

Elles s’appellent Sandrine, Macha, Carine ou Fleur*. Elles ont des âges, des parcours et des histoires différentes, mais partagent une même épreuve : le cancer. Un diagnostic tombé parfois brutalement, bouleversant leur rapport au corps, aux autres et à elles-mêmes. Qu’elles soient encore en traitement ou en rémission, toutes ont un jour poussé la porte de l’association Des sommets pour rebondir.

Créée il y a plus de dix ans par Véronique Mady après son cancer du sein, l’association accompagne des femmes touchées par la maladie à travers des activités de montagne. Ski de fond, biathlon, raquette, escalade, canyoning, randonnée ou encore alpinisme : autant de défis qui permettent de reprendre confiance en soi, de retrouver le plaisir de bouger et, surtout, de ne plus avancer seule.

Retrouver l’envie d’avancer

Pour Macha, atteinte d’un cancer du pancréas, l’association est arrivée à un moment où tout semblait détruit. « La partie la plus difficile pour moi, c’était le côté social. On est perdu, on n’a plus de repères. Je partais de zéro et je n’avais plus confiance en moi », confie-t-elle. Au fil des sorties, quelque chose change pourtant. « On est dans un groupe qui se comprend et qui partage des choses. J’étais très mal et je ne pensais pas que j’avais encore le droit de rire et de me moquer de moi-même. » La montagne devient alors un prétexte à bien plus que l’activité physique. « L’effet de groupe est très important. Ça m’oblige à avancer et à me lancer. Il y a aussi de la fierté après l’activité. Lors du week-end escalade à la Pentecôte, j’étais très fière de moi », raconte-t-elle. Avant d’ajouter avec émotion : « L’association m’a fait rebondir. Il n’y a pas mieux comme phrase. Elle m’a donné envie de revivre. »

Cette solidarité est l’un des piliers de Des sommets pour rebondir. Sandrine en est convaincue. Membre depuis 2016 et trésorière depuis 2018, elle a vu défiler de nombreuses nouvelles adhérentes. « À chaque sortie, quand il y a des nouvelles, la connexion se fait tout de suite et très naturellement. » Un lien particulier se crée entre ces femmes qui partagent une expérience que l’entourage, malgré toute sa bienveillance, ne peut pas toujours comprendre.

L’association compte environ 35 adhérentes. Photo C. Seyvecou
L’association compte environ 35 adhérentes. Photo C. Seyvecou

Quand la montagne aide à se reconstruire

À la tête de l’association depuis 2020, Carine Seyvecou connaît elle aussi cette transformation. Atteinte d’un cancer du sein, elle rejoint le groupe en 2018 avec ses appréhensions. « J’avais plein d’a priori », se souvient-elle. Huit ans plus tard, elle mesure le chemin parcouru. « Aujourd’hui, tout va bien. Je suis en rémission depuis dix ans. J’ai osé plein de choses après la maladie. » Pour elle, la symbolique de la montagne fait écho au parcours de la maladie. « Des sommets pour rebondir est un véritable tremplin. Mais c’est aussi la symbolique de la redescente. La fin du traitement est le sommet. Pourtant, il faut aussi réapprendre à vivre après et faire face à une potentielle rechute. »

Une période complexe, marquée autant par les séquelles physiques que psychologiques. « Dans la maladie, on a l’impression d’une trahison de notre corps. Aller le titiller à nouveau, c’est à la fois une revanche et une victoire. »

Au sein de l’association, chacune avance à son rythme. Certaines ont déjà pratiqué la montagne, d’autres la découvrent totalement, mais toutes trouvent leur place. Pour financer ses activités, l’association bénéficie d’un partenariat avec le bureau des guides et accompagnateurs de Grenoble, qui prend en charge la moitié du coût des sorties. Diverses subventions permettent également de rendre ces activités accessibles au plus grand nombre.

Des liens plus forts que l’épreuve

Fleur*, qui participe notamment au projet alpinisme, souligne elle aussi la force du collectif. « Même si notre entourage est à l’écoute, il n’y aura jamais la même puissance dans l’émotion. » Au fil des ascensions, des confidences naissent, les expériences se partagent et les doutes s’allègent.

L’association connaît aussi des moments difficiles. Certaines adhérentes ont succombé à la maladie. « On a perdu deux copines », confie Carine Seyvecou. Mais ces épreuves renforcent encore les liens qui unissent le groupe. « On sait ce que l’association leur a apporté. Et il y en a aussi beaucoup qui s’en sortent. C’est ce qu’il faut retenir. »

*Nom d’emprunt.

Pour faire un don à l’association : dessommetspourrebondir.com

Dans la maladie, on a l’impression d’une trahison de notre corps. Aller le titiller à nouveau, c’est à la fois une revanche et une victoire

Carine Seyvecou, à la tête de l’association depuis 2020

Article issu du Dauphiné Libéré

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