Le développement de la pratique du bivouac est pointé du doigt depuis plusieurs années. Pression accrue sur les lacs d’altitude, dérangement de la faune, augmentation du piétinement, de l’abandon de déchets, des feux illégaux et des rejets d’eaux usées représentent les principales conséquences néfastes. Depuis 2014, un arrêté réglemente cette pratique dans le parc national des Écrins (PNE). Le 1er avril, le PNE a lancé une consultation sur la création d’un nouvel arrêté, restreignant un peu plus fortement le bivouac. La participation à cette consultation est possible jusqu’au 22 avril.
« Le bivouac est autorisé selon certaines modalités d’horaires, de taille de tente, de distance par rapport à la limite du cœur de parc », explique le directeur par intérim du Parc, Samuel Sempé. L’arrêté de 2014 comprend deux articles, celui de 2026 dix. « D’autres parcs nationaux, comme la Vanoise, autorisent le bivouac seulement à proximité des refuges. Ici, les possibilités sont plus importantes », assure-t-il.
Une fréquentation en forte hausse
Deux études ont été menées, l’une en 2021, l’autre en 2025, par Océane Perruisset (Université Grenoble Alpes et Parc national des Écrins, dans le cadre du réseau Refuges Sentinelles). Dans le cadre de ces stages, on compte 33 nuits d’observation sur cinq sites (Lauvitel, Muzelle, Lauzon, Alpe de Villar-d’Arêne, Vallonpierre), 951 tentes et 1582 personnes. Le rapport révèle que lors des six nuits de terrains effectuées au Lauvitel (Isère) en 2021, 61 tentes avaient été comptées au total, contre 183 en 2025. À la Muzelle (Isère), lors des sept nuits d’observations, on comptabilisait 119 tentes, contre 448 au cours de l’été 2025. Enfin, à l’Alpe de Villar d’Arène, 38 tentes avaient été observées sur six nuits contre 75 en 2025. Mais plusieurs critères permettent de nuancer cette différence, explique-t-elle : la météo et les périodes et jours de la semaine sélectionnés pour le comptage, qui peuvent différer entre 2021 et 2025.
« La stagiaire s’est rendue sur les sites avec plusieurs jours de présence. La variation entre les deux années est assez importante, le bivouac est à la mode et pose un certain nombre de problématiques d’application ou de clarté », indique le directeur par intérim. « Les gens bivouaquent sur des sites autorisés, mais ces mêmes gens peuvent faire une grasse matinée alors qu’il y a des horaires à respecter, cela devient alors une infraction. Les déchets abandonnés sont marginaux. Globalement, les pratiquants sont respectueux. Mais, sur certaines zones, au-delà d’une centaine de tentes, il y a un impact sur le milieu, le sol se tasse, la végétation est écrasée… On a donc souhaité prévoir des dispositions » Comme limiter le nombre de tentes ; mettre en place un système de réservations sur les sites fragiles comme la Muzelle, les zones humides ; introduire une limitation à une nuit…

Vers des quotas et des réservations
L’article 5, par exemple, prévoit un quota maximum de tentes qui peuvent faire l’objet de permis nominatifs. Des permis qui pourront être payants. L’article 6 clarifie la présence de délimitation de zones de bivouac. « On le fera de manière physique au Lauvitel dès cet été », précise Samuel Sempé.
Les sites les plus concernés par le bivouac se situent en Isère : la Muzelle et le Lauvitel. Dans les Hautes-Alpes, on compte, dans une moindre mesure, le lac de Vallonpierre, le lac du Lauzon à La Chapelle-en-Valgaudemar, l’Alpe de Villar-d’Arêne. « Cette pratique impacte l’environnement, mais pas seulement. Il y a également des conséquences sur le partage de l’espace. Certains bivouaquent à côté de cabanes pastorales, d’autres dans les parcs de nuit des brebis ou sur des drop zones », rapporte le directeur par intérim. Des données qui ont été rajoutées dans le nouvel arrêté.
Sensibilisation et encadrement des pratiques
Sans parler des nuisances sonores, comme à La Danchère, un hameau des Deux Alpes. « L’arrêté, c’est une chose. Mais, on travaille aussi avec les offices de tourisme, pour publier la réglementation sur leur site. Lorsque des influenceurs donnent des informations non fiables, on prend contact avec eux. On envisage d’ailleurs une charte d’accueil pour les influenceurs. Et on va également améliorer la signalétique et la matérialisation des zones de bivouac. »
Selon Samuel Sempé, « la problématique de cette pratique représente un sujet structurant, qui mérite d’être porté à la connaissance de tous. » À la fin de la semaine dernière, plus de 200 avis avaient été laissés dans le cadre de la consultation. « À l’issue, on verra quelles suggestions seront prises en compte, quelles modifications on peut faire, tout cela fera l’objet d’un rapport ». Le nouvel arrêté devrait être signé en juin 2026.
► Selon l’article 3 de l’arrêté, comme dans celui de 2014, “le bivouac est autorisé sous réserve des conditions cumulatives suivantes : installation du bivouac après 19 heures et désinstallations avant 9 heures sauf intempéries compromettant la sécurité des randonneurs. Si utilisation d’une tente, celle-ci doit être de petite taille et ne permettant pas la station debout. Implantation : soit sur des emplacements situés à une distance correspondant à au moins une heure de marche d’un point d’accès routier ou des limites du cœur ; soit sur des emplacements situés à moins d’une heure de marche de la limite du cœur mais à proximité de refuges particulièrement fréquentés des itinéraires de grande randonnée : pré de la Chaumette (commune de Champoléon), à proximité du refuge de l’Olan (commune de La Chapelle-en-Valgaudémar), aux alentours du lac de la Muzelle (Venosc) et au pré des Selles aux abords du lac Lauvitel (Bourg-d’Oisans)”.
► Selon l’article 5, “afin de préserver les milieux naturels et de garantir la quiétude de la faune sauvage, des quotas maximaux de tentes peuvent être instaurés pour les sites de forte fréquentation. Ces sites et les quotas maximaux par site seront déterminés par décision du directeur du Parc en fonction de l’évolution de la fréquentation et de l’état de conservation des milieux. Ces quotas se traduiront par des permis nominatifs qui pourront être payants suivant les modalités déterminées par la décision du directeur.”
► Selon l’article 6, sur les rives des lacs du Lauvitel et de la Muzelle, le bivouac est interdit à moins de 500 mètres du bord du lac à l’exception des zones dédiées au bivouac délimitées par une signalétique implantée sur ces sites. Le rejet des eaux usées de vaisselle et de toilette doit se faire à plus de 50 mètres des lacs, cours d’eau et zones humides.
Article issu du Dauphiné Libéré