La saison touche à sa fin. 95 % des stations ont fermé, Chamonix, Tignes, Val Thorens ou La Grave font durer le plaisir jusqu’au 3 mai et aux 2 Alpes on skiera jusqu’à l’été. C’est l’heure du bilan et tous les acteurs affichent des indicateurs dans le vert. 2025/26, comme les précédents exercices post Covid est en croissance pour les massifs, excepté Vosges ou Jura, voire Massif Central.
La neige était là, l’appétit pour la montagne aussi. Deux clés du succès, unanimement partagé les mercredi 22 avril sur le salon Mountain Planet, écrin du traditionnel Ski débrief organisé par l’Union Sport et cycle qui fédère magasins et marques de sports. Jérôme Camps, monsieur montagne de l’USC, annonce +6 % de recettes pour les enseignes en stations. « L’enneigement a permis à tous les massifs, toutes altitudes, de travailler et de faire vivre l’économie de la montagne ».
L’observatoire de l’association nationale des maires de stations affiche une hausse de 2,5 % de fréquentation des hébergements, pour 73 % d’occupation. « On progresse depuis plusieurs saisons, la montagne reste très attractive » rappelle Patrick Provost à la tête de l’observatoire. Noel a affiché encore complet et les intervacances ont fait la différence. Janvier n’est plus une période creuse et la vraie surprise fut ce mois de mars, dopé par un manteau excédentaire qui a tenu jusqu’à début avril et le week-end de Pâques. Voire une campagne de promo ad hoc de France Montagnes. Signe du bel enneigement, les derniers domaines nordiques ont fermé le 13 avril. Avec + 2 % de recettes, la présidente de Nordic France concède une déception sur février, plombé par le calendrier scolaire et le trop-plein de neige. « Un problème de riches » dixit Marine Michel.
Chez les moniteurs, Eric Brèche patron de pulls rouges ne voit que du positif avec 4,7 millions d’heures de cours dispensées, +2,6 %. « Dès qu’il y a de la neige les gens sont là, c’est un aimant. Et avec 53 % de réservations en ligne on anticipe les pics d’activité ».
-que-stations-de-moyenne-altitude-ont-vecu-un-bel-hiver-meme-si-a-moins-de-1500-m-la-saison-n-a-vraiment-demarre-qu-en-janvier-photo-louise-raymond.jpg)
Une dynamique solide, mais des incertitudes persistantes
Sur les domaines, les ventes de forfait ont augmenté de 1 %. Pyrénées, Alpes du Sud et Haute-Savoie ont été moteurs de cette croissance. Grands domaines comme stations villages ont été servis, même si la situation n’est pas homogène. « Une saison dont on sort avec le sourire, la fréquentation a été soutenue, mais la situation n’incite pas à l’euphorie totale », observe Anne Marty, présidente de Domaines skiables de France. Car au-delà du satisfecit, les acteurs ne sont pas aveugles aux signaux faibles d’inquiétude. Pour les magasins de sport, une rentabilité qui ne suit pas la hausse des recettes, avec des charges qui augmentent, notamment le logement saisonnier.
Pour les exploitants de domaines, la préservation des petites stations qui font la diversité et la force de l’offre française. « Mais on est dans un marché mondial dynamique », relève Geoffrey Mercier, directeur d’Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme où la saison a gâté aussi bien les stations de charme (68,5 % d’occupation) que les grands domaines (75 %). Mais entre instabilité géopolitique et crises à répétition, la question du pouvoir d’achat demeure en bruit de fond. Le succès de janvier moins cher questionne. Pour Denis Maurer, patron du cabinet d’expertise touristique G2A, celui des résidences de tourisme, plus flexibles sur le prix est révélateur. « Des familles d’Anglais sont venues massivement sur mars ». Courts séjours et dernière minute augmentent selon Patrick Provost.
Du côté du Club Med, où la clientèle est à 60 % étrangère, Xavier le Guilhermic, patron de la branche montagne assure que la marque au trident est moins sensible au sujet du pouvoir d’achat mais ressent un impact sur les Français. Et la guerre au Moyen Orient, qui ne fait que commencer, n’offre guère de visibilité pour la suite. A la tête de l’agence touristique des Hautes-Alpes Yvan Chaix traduit bien ce sentiment tempéré : « Dans le département on bat des records de fréquentations année après année avec des clientèles de plus en plus jeunes. Mais ce bilan force l’humilité, car à la fin c’est toujours la météo et le calendrier qui commande. »
Article issu du Dauphiné Libéré