En janvier dernier, entre les concours internationaux de sculpture sur glace et sur neige de Valloire dont il préside le jury, Christian Burger recevait une invitation inattendue. Il était convié à Nuuk la capitale du Groenland pour y réaliser une œuvre, là aussi en neige, à l’occasion d’un concours international. Souvenons-nous ; deux mois en arrière, bien loin de l’Iran, c’est cette île qui était au centre des relations internationales et des tensions géopolitique suite aux déclarations répétées de Donald Trump qui souhaitait alors s’approprier le territoire.
L’invitation sonnait donc pour Christian Burger comme l’occasion d’aller témoigner le soutien des artistes français sur l’île. Les billets d’avion et l’hébergement sur place n’étaient cependant pas inclus avec l’invitation et, les compagnies low-cost ne desservant pas l’aéroport de Nuuk, c’est environ 5 000 € que l’artiste a dû trouver en urgence pour faire partie de l’aventure. Partenaires privés et publics ont alors servi de mécènes pour financer le voyage, notamment la commune de Valloire, en Savoie. Dans ces bagages le sculpteur amenait, en plus de son matériel, ses deux filles Hyacinthe et Soizic, ainsi que Nicolas Deveaux, tous artistes et prêts à donner la main pour donner vie à la sculpture imaginée par Christian.

Tailler la neige par moins 15 degrés
« La première image qui m’est venue en tête c’était Trump, donc plutôt une image négative, il fallait que je la transforme en quelque chose de positif, ce qui m’a fait penser à la paix », se souvient l’artiste, au moment d’imaginer l’œuvre qu’il allait réaliser.
Il a donc opté pour une sculpture représentant d’un côté un visage aux traits inuits, de l’autre une face d’apparence plus caucasienne, les deux étant reliés par des fourrures dont les poils forment le mot « paix » écrit en plusieurs langues. « Je ne savais pas si ça allait être bien accueilli, mais les locaux ont bien compris la démarche, ont été très touchés par la sculpture, certains sont même venus faire des câlins à nos visages sculptés ! » se réjouissait l’artiste, une fois l’œuvre terminée.
Si les Alpes ont été copieusement arrosés d’or blanc ces dernières semaines, le Groenland connaît lui cet hiver un déficit de précipitation. Une fois arrivé sur place, les sculpteurs ont dû composer avec une matière première de mauvaise qualité.
« La neige est un peu marron parce qu’ils ont dû la racler sur des routes, on retrouve des blocs de glace à l’intérieur, ce n’est pas évident à travailler » regrette Christian Burger, loin de la matière pure et abondante qu’il avait imaginé creuser. « De ce que j’ai vu les années précédentes, la neige était très belle. Ce n’est pas le cas cette année, c’est dommage pour nous mais c’est aussi une conséquence du réchauffement climatique », continue l’artiste.
Les blocs étaient aussi plus petits que prévu, mesurant un peu moins de trois mètres de côté, soit un volume d’environ 20 mètres cubes. « C’était bien suffisant pour nos bras quand il fallait creuser et retirer de la matière à la main ! » s’amuse l’artiste, qui a dû par des températures avoisinant les -15 degrés, le vent renforçant l’impression de froid. « Mais pour eux il ne fait pas froid. Même quand le vent souffle fort, le public est nombreux à venir voir les sculptures » s’étonne Christian Burger.

Le drapeau français flotte au Groenland
Durant le concours, la délégation a reçu la visite de Jean-Noël Poirier, nommé consul général de France à Nuuk début février. « Il était content de nous trouver ici, avec ce thème et était heureux que, grâce à nous, le drapeau français flotte au Groenland » annonce l’artiste. La bannière tricolore rejoint ainsi les drapeaux des pays scandinaves et celui du Groenland sur le site du concours, installé juste devant le parlement Groenlandais, tout un symbole. Le concours a pris fin ce dimanche huit mars, après quatre jours de travail intense pour la dizaine d’équipes engagées.
En fin de journée heure française, les résultats sont tombés, la sculpture a reçu le grand prix du jury ainsi que le prix du public. « Nous sommes super heureux » se félicitait Christian Burger même si l’essentiel n’était pas d’aller chercher une victoire : « j’y suis allé avant tout pour le message de paix, pour faire savoir qu’on les soutient ici aussi, en France, et en Europe ». État d’esprit partagé par les autres délégations avec lesquelles il a pu échanger sur place.
