« Lancés, on ne peut pas s’arrêter » : immersion dans le quotidien des déneigeurs

« Cet hiver, on a dû sortir la lame trois fois, sans compter beaucoup de salage préventif », résume Christophe Ciesielczyk, agent d’entretien Area-APRR, champion de France de chasse-neige 2024. Basé au centre d’entretien d’Aiton (deux équipes de 10 agents pour s’occuper de 36 kilomètres d’autoroute, de Francin au pont de Gilly), celui que ses collègues surnomment “Zac” dispose d’une solide expérience depuis son embauche… le 8 février 1992.

« Le jour des Jeux olympiques, et je partirai en 2030, après la saison hivernale des Jeux. » Comme beaucoup d’agents, il attend cette période du déneigement. « Malgré les contraintes d’être consigné le week-end : ça nous change des enfants ou belles-mères oubliés sur les aires d’autoroute, de la sécurisation pour éviter les suraccidents, de la plomberie dans les sanitaires ou des gars qui s’arrêtent sur la bande d’arrêt d’urgence pour aller jeter le “ravitaillement” à la prison d’Aiton. »

Déneiger l’autoroute est très spécifique. « On évolue en tandem à 50 km/h, en salant derrière, avec un premier camion sur la voie rapide, qui ramène la neige sur la voie lente. Ce premier véhicule doit passer le plus près possible de la glissière centrale, pour prendre le plus de neige possible et éviter les écoulements futurs qui pourraient geler. On peut sortir la lame acier, si la neige est dure, et là, ça fait des étincelles. Derrière, le second camion en fait de même sur la voie lente et amène la neige sur la bande d’arrêt d’urgence. Lancés, on ne peut pas s’arrêter : il m’est arrivé de remplir le coffre d’une voiture en train de chaîner sur la bande d’arrêt d’urgence ! »

Aux commandes de son camion de 19 tonnes armé d’une lame de 4,20 m, qu’il manie comme une Mini, “Zac” Ciesielczyk est d’une précision diabolique. Photo le DL/Louise RAYMOND
Aux commandes de son camion de 19 tonnes armé d’une lame de 4,20 m, qu’il manie comme une Mini, “Zac” Ciesielczyk est d’une précision diabolique. Photo le DL/Louise RAYMOND

En fin de précipitations, cette neige est évacuée (avec une fraise s’il y en a beaucoup) ou parfois à la main avec pelle et barre à mine. « Il faut évacuer les avaloirs et éviter le regel », ajoute son collègue, Nicolas Ract. « Sur l’A430, il y a un microclimat entre le pont de Grésy et Albertville. Dans les années 1990, il est arrivé qu’on prenne 80 centimètres en une nuit. Maintenant, on n’a plus ça. » Leur quotidien de ronde de viabilité hivernale nocturne est rythmé par le radar météo, la surveillance de trois stations météo sur le réseau (avec capteurs au sol) et les liaisons avec les autres centres d’entretien.

En Haute Tarentaise, Lionel Emprin est agent technique au Centre routier départemental depuis 1996. Avec 12 autres agents en hiver, ils veillent en permanence sur 26 km de routes de montagne qui supportent le trafic vers plus de 60 000 lits touristiques, de Sainte-Foy à Tignes-Val d’Isère.

En général, son déneigement débute en binôme à 4 heures du matin, sauf alerte météo, pour des journées qui peuvent aller jusqu’à 12 heures d’amplitude. « Il faut trois hivers à un chauffeur pour connaître sa route, les secteurs froids, la différence entre mars et décembre, la présence de murs en béton ou de barrières… et les mouvements de terrain, liés au réchauffement climatique. Les saisons font de plus en plus le yo-yo : on a beaucoup moins de cumuls globaux qu’avant. »

Avec le réchauffement, des neiges à travailler différemment

Mais ce n’est pas sans impacter le travail. « Il y a 30 ans, on faisait toute la saison en négatif. Aujourd’hui, on a du +5 ou +10 °C, un autre monde. Mais ces neiges plus chaudes, il faut les travailler différemment, être plus réactif avec plus de salage préventif pour qu’elles ne plaquent pas au sol avec la circulation. On peut avoir des coups de neige en deux heures, dès 0 °C, avec des cumuls qui rendent les talus et les couloirs instables. On se doit aussi d’être prudents », avoue Lionel qui se souvient de beaucoup de “coups durs” sur son secteur. Comme cette tempête qui avait déraciné des arbres, dans les années 1990. « Il y avait une voiture à l’arrêt, écrasée par un arbre, et un enfant à l’arrière. Et beaucoup de voitures alignées derrière. Je n’étais pas tranquille. Des faits comme ça, ça marque. »

Avec ces neiges humides et lourdes et des arbres fragilisés, Lionel Emprin appelle à la prudence. « Je me mets toujours dans la peau de la mère de famille qui monte en station : on doit faire le maximum pour que la route ne reste pas blanche, si possible. On a les moyens pour. Le matériel a beaucoup évolué : au début, on faisait plus d’heures, et il fallait un cachet d’aspirine avec les odeurs qui remontaient. » Savoyards et touristes doivent une fière chandelle à ces déneigeurs de l’ombre, acteurs du quotidien hivernal souvent ignorés.  

Photo le DL/Louise RAYMOND
Photo le DL/Louise RAYMOND
Spécialistes de la sécurisation routière, les Savoyards de MND vont jouer à domicile

On connaissait l’expertise du groupe industriel savoyard MND sur les domaines skiables. Mais sa division MND Safety (qui participera au 17e  congrès mondial de la viabilité hivernale) conçoit et déploie dans le monde entier, depuis plus de 37 ans, des systèmes innovants de déclenchement préventif d’avalanches pour sécuriser les routes, voies ferrées, sites industriels, domaines skiables et villages exposés. Avec plus de 3 000 solutions déjà installées dans 22 pays, les technologies Gazex™, DaisyBell™ et O’BellX™ contribuent à maintenir ouverts des axes stratégiques, 24 heures sur 24 et par tous les temps, tout en limitant l’exposition des équipes de terrain aux zones à risque. En Pays de Savoie, c’est le cas du réseau d’Autoroutes et tunnel du Mont Blanc (ATMB) sur la route d’accès au tunnel du Mont-Blanc côté français, dans la vallée de Chamonix, des accès à Bonneval-sur-Arc et Bessans, et dans la vallée des Belleville. Dans les Alpes-Maritimes, plusieurs routes d’accès à la station d’Isola 2 000 sont équipées de solutions fixes de déclenchement MND, tout comme des routes de montagne gérées par la Direction interdépartementale des routes du Sud-Ouest (Dirso), notamment vers le Pas de la Case (Andorre).

En participant à cet événement, MND Safety entend partager ses retours d’expérience acquis sur des sites routiers critiques, qu’il s’agisse de routes d’accès à des mines, de vallées alpines très fréquentées ou d’axes structurants soumis à de fortes charges de trafic et à des conditions climatiques extrêmes. Les équipes accueilleront les décideurs, experts techniques, gestionnaires de réseaux routiers, services d’exploitation et bureaux d’études pour présenter l’ensemble de la gamme de solutions dédiées à la prévention du risque avalancheux sur les infrastructures de transport. Les visiteurs pourront ainsi découvrir les dernières évolutions du logiciel de contrôle Safety-cs, les systèmes fixes, ainsi que les solutions amovibles et mobiles, particulièrement adaptées aux sites protégés, aux réserves naturelles et aux zones à forte sensibilité environnementale. Ces systèmes fonctionnent par déclenchement à distance de mélanges gazeux, sans explosifs, ce qui renforce la sécurité opérationnelle et simplifie les procédures réglementaires. Conçues et fabriquées en Savoie, ces solutions s’inscrivent dans une démarche de performance, fiabilité et réduction de l’empreinte environnementale, en particulier grâce à des systèmes amovibles à faible impact visuel.

Photo le DL/Louise RAYMOND
Photo le DL/Louise RAYMOND
Le déneigement en Savoie en chiffres
  • En Savoie, le top départ de la viabilité hivernale a été donné le 14 novembre. Elle s’achèvera le 16 mars en plaine, le 30 mars en moyenne montagne puis le 27 avril en haute montagne.
  • 3 200 km de routes départementales (dont 900 km situés à plus de 1 000 m d’altitude). En hiver, 240 km de RD sont fermés, donc il reste 2 960 km à déneiger, via 320 circuits de déneigement. Près de 500 km de RD assurent la desserte des 48 stations de ski savoyardes.
  • Pour le Département, le coût moyen est de 15 millions d’euros par an (plus ou moins 40 % selon l’intensité de l’hiver). Le matériel et le carburant représentent à eux seuls 50 % des dépenses, suivis des frais de personnel (35 %).
  • 500 agents des routes (dont 150 saisonniers) sont mobilisés dans les 40 centres routiers du Département pour la surveillance, l’entretien et le déneigement.
  • Un parc de 330 véhicules est réparti sur les cinq territoires de Savoie. La plupart de ces engins sont polyvalents pour pouvoir être utilisés hors période hivernale.

Article issu du Dauphiné Libéré

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