Parapente en haute montagne : « le vol permet de retrouver des voies impossibles à skis »

L’herbe verte est encore gelée par le froid d’un automne à Chamonix, la balise est dégonflée, pas de sous-couche venteuse en vallée. Bonne nouvelle pour les parapentistes qui atterrissent les uns après les autres, dans le sens classique de l’atterrissage du Bois du Bouchet, “PTU classique”, pas besoin d’anticiper pour se poser contre le vent.

En voilà un, voile verte et rose, il lève les bras pour prendre de la vitesse puis freine en les tirant vers le bas pour se redresser. Les pieds foulent le terrain et le “pouf” de la voile frappe le sol. Celui qui enlève son casque après un furtif cri de joie a recommencé le parapente en début d’été. « J’avais fait un stage d’initiation il y a huit ans, mais j’ai repris ma voile en juillet, après avoir vu plusieurs copains redescendre de montagne en volant », raconte Esteban Ballet.

Allier sortie alpine et vol en parapente s’appelle le “hike and fly”, ou “vol randonnée” en français. Au terrain d’atterrissage, Cyrilde Pic garde toujours un œil sur ses élèves, éparpillés dans un ciel éclatant de soleil.

On les identifie aux couleurs vives de leurs voiles, formant une danse presque parfaite. « Parmi les huit apprentis que l’on accueille durant un stage, il y en a toujours au minimum un d’entre eux qui se forme pour faire du hike and fly », juge la monitrice de parapente et de speed-flying.

« On s’envole et on évite les risques »

Pour la championne de France de parapente, « la discipline se démocratise depuis plusieurs années, notamment en raison de la multiplication des compétitions, comme la Red Bull X-Alps, et du développement de matériel ultraléger ». L’évolution du matériel permet aux alpinistes de monter des voiles d’à peine deux kilos dans le dos, une petite révolution dans le domaine qui cache une transformation profonde de l’alpinisme.

En phase d’entamer sa formation pour être guide de haute montagne, le jeune vingtenaire trouve de nombreux avantages à la combinaison de ces deux disciplines. Car si certains itinéraires disparaissent, le vol permet d’en garder l’accès, « on peut décoller de presque n’importe où. C’est un vrai plus en montagne, explique le jeune passionné. Et surtout, on retrouve des voies qui n’étaient plus praticables à skis, comme le Pas-de-Chèvre » : un des itinéraires classiques du massif du Mont-Blanc, aujourd’hui accessible jusqu’à mi-chemin en raison de la fonte du glacier de la Mer de Glace et des moindres chutes de neige en bas de vallée.

Liv Sansoz, guide de haute montagne, alpiniste et parapentiste tire la même conclusion. « Le lien entre réchauffement climatique et parapente n’est pas évident à première vue. Pourtant, voler permet de réinventer les choses et de redessiner des lignes devenant impossibles à terminer à ski ». Le parapente trouve toute sa place en montagne : « on déplie la voile et on s’envole, en évitant tous les risques d’une descente exposée », ajoute la double championne du monde d’escalade. Depuis “l’attero” coincé entre la forêt et le spa de Chamonix, on le remarque bien : la pratique de la haute montagne évolue aussi rapidement que le changement climatique, et le parapente s’avère offrir de nouvelles possibilités d’ouvertures pour atteindre les sommets.

« Redescendre du K2 en 60 minutes »

« Et puis, c’est un gain de temps aussi, reprend Esteban, plus besoin de s’économiser à la montée, ce qui nous permet de rester très attentifs durant toute la sortie. On survole les crevasses au lieu de s’épuiser à les contourner, alors que la fonte des glaciers et le dégel du permafrost rendent la haute montagne très instable », s’emballe l’apprenti en pliant sa voile sur l’herbe dégelée. Certainement trop enthousiaste à l’idée d’explorer de nouvelles contrées, « le vol montagne multiplie les facteurs à gérer. Si on n’est pas un bon pilote, c’est risqué », prévient Cyrilde.

Mais une fois en l’air, les risques sont réduits et les possibilités infinies : c’est le plaisir qui prend le relais. «  En décollant du K2 avec Zebulon Roche , on est redescendu au camp de base en 60 minutes, on l’aurait fait en deux jours à pied », s’épanche Liv, ayant décollé du K2 en parapente avec son époux un an plus tôt. Une économie de temps que professionnels et athlètes de montagne ont appris à exploiter.

Bref, dans une montagne qui se transforme, le parapente pourrait bien devenir l’un des gestes clés de l’alpinisme de demain.

Article issu du Dauphiné Libéré

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