Une piste verte, des pentes entre 7 et 9 %, a priori la piste de l’Escargot n’a rien d’exceptionnel. Pourtant sa longueur, 10 kilomètres, lui offre un record, celui de la piste verte la plus longue d’Europe. L’hiver les skieurs la descendent sans faire chauffer les cuisses, au contraire des cyclistes en été. C’est que cette piste emprunte la route du Mont Cenis, un col mythique qui accueillait la dernière ascension du Critérium du Dauphiné en juin dernier.
Pour rejoindre la piste, l’itinéraire le plus court passe par le télésiège de la Rammasse. Il faudra ensuite prendre le téléski du Mont Cenis et ses pentes à 50 % puis emprunter une courte piste rouge pour arriver sur le plateau du Mont Cenis. Le plus difficile est (déjà) passé.
Col du Mont Cenis, 2 083 mètres
Au départ, entre le panneau indiquant « Col du Mont Cenis 2 083 mètres » et celui signalant un arrêt de bus, le skieur à de quoi être déboussolé. Seule la hauteur de ces pancartes, dépassant d’un mètre a peine de la couche de neige, rappelle l’hiver, et les chutes abondantes de ce mois de février.
La descente commence. Doucement. Très doucement. C’est que la pente est quasi nulle et seul un pas de patineur vigoureux permet d’avancer… Et de lutter contre le vent. De nord, donc de face en ce samedi. « Ça arrive cinq jours dans l’hiver, d’ordinaire c’est la Lombarde qui souffle, depuis l’Italie, et on a alors le vent dans le dos », s’étonne Yves Dimier, champion de ski alpin et directeur de la station de Val Cenis. Le plateau accueillera les championnats de France de Snow Kite fin mars et, le reste de la saison, cette zone est propice aux balades a pied, en raquette, ou encore en traîneau à chiens. Rapidement, mais après quelques coups de bâtons pour avancer quand même, les paysages de haute montagne laissent place à la forêt, un changement bienvenu qui protège du vent.
Au détour d’une des rampes, un tunnel se découvre sur le bord de la piste. Il a servi, il y a 150 ans, à hisser des trains jusqu’au col du Mont Cenis. Les tunnels permettaient d’élargir le rayon des épingles et d’adoucir encore la pente. Cette ligne originale ne fut en service que durant trois ans, entre 1868 et 1871, l’ouverture avancée du premier tunnel du Fréjus rendant cet axe obsolète. Aujourd’hui ces tunnels ne sont plus accessibles, certaines sections sont éboulées, d’autres se retrouvent sous la chaussée de la départementale. Un projet est dans les cartons pour en remettre une partie en route et y faire passer les cyclistes.
Une route construite par Napoléon
Tout au long de la descente, l’Escargot est traversé de nombreuses autres pistes, comme les bleus Familiale et Chamois, ou les rouges Arcelin et Napoléon (en hommage à l’empereur des Français, qui fit construire la route du Mont Cenis au début du XIXe), si bien que les variantes de descente sont innombrables. Les petits skieurs s’y sentent comme à la maison.
« C’est une piste dont on est fiers, elle est parfaitement adaptée à nos clients, plutôt contemplatifs, qui viennent ici en famille », estime Yves Dimier. Elle a même remplacé dans la communication de la station, la piste Jacot, nom donné en hommage a Michèle Jacot, seule skieuse française de l’histoire à avoir remporté le classement général de la coupe du monde de ski alpin, c’était en 1970.
Cette piste n’existe plus aujourd’hui, découpée en plusieurs tronçons de difficulté rouges et noirs. Un changement dans la communication qui témoigne du changement des attentes d’une partie de la clientèle, qui a troqué la recherche de difficulté pour le besoin de contemplation.
« On s’est fait battre par un fondeur »
Et côté contemplatif, il y a de quoi faire, au milieu des paysages de Haute Maurienne, la Dent Parrachée et ses 3 695 de l’autre côté de la vallée toujours visible.
Des statues de bois décorent tout le parcours, impossible de les rater en passant trop vite. La prise de vitesse est limitée sur ces pentes douces, les inconscients skiant trop vite sans la technique adaptée ne peuvent, fort heureusement, pas s’exprimer ici. Preuve de cet éloge à la lenteur, le record de descente de la piste, aux alentours de 12 minutes, plus de deux fois plus long que pour le super slalom de la Plagne, les cuisses qui brûlent en moins. Et ce record n’est pas détenu par un skieur alpin, mais par un fondeur local ; Hervé Flandin, médaillé olympique de relais a Lillehammer en 1994, au grand dam du slalomeur Yves Dimier : « Je l’avais fait avec un ami à l’époque. On était équipés avec des combinaisons de ski alpin et de très bons skis, fartés, mais on s’est fait battre par un fondeur. À la relance à la sortie des épingles, il prenait de l’avance sur nous avec ces grands bâtons ! »
Article issu du Dauphiné Libéré





