La dernière fois, on vous avait expliqué comment les poissons arrivaient dans les lacs de montagne. Aujourd’hui, on se demande comment ils y restent… même l’hiver.
Peut-être ne prenez-vous pas attention à ces belles étendues d’eau en hiver, mais bien souvent, elles sont complètement gelées. Les lacs de montagne se recouvrent souvent d’une épaisse couche de glace, parfois recouverte de neige.
Sous cette barrière, les échanges d’air avec l’extérieur se réduisent. L’eau se refroidit, la lumière disparaît presque complètement, et la photosynthèse est estompée. La conséquence est simple : l’oxygène se fait rare et les conditions deviennent extrêmes pour les poissons.
Ces écosystèmes sont déjà fragiles par nature. Beaucoup de lacs d’altitude sont pauvres en nutriments et en biodiversité, et l’hiver vient accentuer ces contraintes.
Alors que se passe-t-il pour eux ?

Une stratégie de survie : descendre au fond
Malgré ces conditions extrêmes, la plupart des poissons parviennent à traverser l’hiver. Leur secret ? Se réfugier dans les eaux profondes.
Là, la température reste étonnamment stable, autour de 4°C, même lorsque la surface est gelée. Dans ce refuge discret, leur activité ralentit fortement : les déplacements se font rares et les besoins en nourriture diminuent. C’est une stratégie pour économiser chaque goutte d’énergie.
Ce phénomène s’explique par une propriété particulière de l’eau : elle est la plus dense à 4°C. Quand les eaux de surface refroidissent en hiver, elles deviennent plus légères et flottent sur les couches plus chaudes du fond. Les poissons profitent donc de cette zone tempérée, un espace où la vie est encore possible quand tout le reste gèle au-dessus d’eux.
Le grand défi : trouver de l’oxygène
Mais même à l’abri du froid, la survie n’est pas garantie. Semaine après semaine, le manque d’oxygène se fait sentir. Comme l’eau est isolée de l’air et que la photosynthèse est presque stoppée, les ressources s’épuisent peu à peu.
Certaines espèces, moins exigeantes, s’en accommodent. Pour d’autres, chaque hiver est une épreuve. Dans les petits lacs d’altitude, où les réserves d’oxygène sont limitées, la situation peut devenir critique. Plus la glace persiste, plus le risque de mortalité augmente, notamment pour les poissons qui ont de gros besoins en oxygène.
En revanche, dans les grands lacs profonds, les couches inférieures conservent souvent assez de ressources pour permettre à la majorité des espèces de tenir jusqu’au printemps.

Des espèces inégales face au froid
Toutes les espèces de poissons ne réagissent pas de la même manière aux rigueurs de l’hiver en montagne. Parmi elles, les salmonidés se distinguent par leur capacité à survivre dans des eaux glaciales et pauvres en oxygène.
Leur présence dominante dans les lacs d’altitude n’est pas un hasard : ces poissons sont véritablement « taillés » pour affronter le froid.
- La truite fario : C’est l’espèce la plus répandue dans les lacs de montagne, présente dans presque tous les lacs de basse et moyenne altitude (jusqu’à 2 000-2 200 m).
- L’omble de fontaine : Présent dans les lacs très pauvres et froids, souvent à haute altitude, ce poisson est particulièrement résistant.
- La féra ou lavaret : Espèce indigène des lacs alpins comme le Léman ou le Bourget, elle est adaptée aux eaux froides et profondes. Bien que moins résistante que les salmonidés, elle a su s’adapter aux hivers rigoureux grâce à un métabolisme ralenti et une alimentation opportuniste.