Une éclaircie entre deux épisodes neigeux. L’occasion est trop belle pour ne pas tenter la randonnée jusqu’au village du Monal. Sur la route qui mène aux stations de Tignes et Val d’Isère, rares sont ceux qui tournent à gauche dans le lieu-dit des Pigettes. Une centaine de mètres plus loin, un panneau informe que la route n’est plus déneigée. C’est ici qu’il faut s’équiper. Certains chaussent les raquettes, d’autres collent les peaux de phoques à leurs spatules.
Le long de la randonnée, des hameaux vidés de toute âme pavent le chemin jusqu’au Monal. Pourtant les chalets en bois fraîchement rénovés et les antennes satellites semblent témoigner de l’inverse. « Ce ne sont plus que des résidences secondaires. Certains viennent l’hiver mais la plupart préfèrent l’été », explique Louis Empereur croisé plus loin.
L’hiver est « la meilleure période pour monter au Monal »
Cet habitant de La Gurraz, un village situé sur l’autre versant, est venu faire sa randonnée habituelle. La même depuis plus de 30 ans. Et l’hiver est selon lui « la meilleure période pour monter au Monal ». L’été, ce village classé au titre des Monuments historiques, attire de nombreux vacanciers. Quitte à dénaturer le calme des lieux.
Une dernière grimpée. Et voilà le village perché à 1 874 mètres d’altitude se dessiner. Ses maisons en pierre pastorales typiquement savoyardes. Les toits, généreusement garnis de neige. Sa chapelle Saint-Clair, superbement rénovée. Ses bachals comme figés dans la glace. Et ses curieux habitants de passage : les skieurs. Car au Monal, peu de raquetteurs osent la montée tant la quantité abondante de neige demande un tel effort à chaque pas.
Alpin ou de randonnée, le ski est roi au Monal. Et la traversée du village a toujours son petit effet. « Charmant vraiment. C’est à croquer, ici », lâche Christine Roge. La skieuse venue d’Ardèche est guidée par son fils Éliott sur l’un des itinéraires hors piste les plus réputés de Sainte-Foy-Tarentaise. « On est partis du haut du télésiège l’Aiguille au sommet de la station, puis on descend vers le lac du Clou puis le vallon. Après un passage en forêt, nous voilà au Monal », détaille le jeune Savoyard.
À Monal, « la neige est si bonne »
Si cet itinéraire hors-piste est si connu, c’est aussi « car il s’agit d’un des rares en Haute Tarentaise à ne pas être sur des pentes trop engagées. On passe par des pistes forestières puis sur des plats. Ce n’est pas sans risque mais avec moins de risque », précise Éliott Roge. Le retour vers la station de Sainte-Foy est en revanche plus laborieux. Il faut s’armer de patience et de ses bâtons pour pousser.
Autre avantage de skier au Monal : « la neige est si bonne », s’enthousiasme en anglais Philip Flemink. Même s’« il y avait bien plus de neige dans le temps », reconnaît le Britannique qui vient depuis 40 ans à Sainte-Foy. Mais aussi moins de monde sur les stations environnantes. « C’est aussi pour ça qu’on vient skier au Monal. Ici, tout est paisible », sourit Philipe Flemink.
Surtout, selon Aude Lemordant, « le village est vraiment préservé ». La Grenobloise n’était pas venue skier au Monal depuis des années. Mais rien n’a changé. Le site classé a toujours ce charme intact issu de ses souvenirs d’enfant. Cette madeleine de Proust, la skieuse la partage désormais avec sa fille de huit ans. « Hier, elle a skié son premier Monal », s’enthousiasme Aude Lemordant.
Sa petite fille suit un stage performance à l’école du ski français (ESF) de Sainte-Foy-Tarentaise. Il n’est d’ailleurs pas rare de croiser des moniteurs emmener leurs clients dans le village. « Venir à Sainte-Foy sans faire du ski de randonnée ou du hors-piste, c’est vite limité », observe Aude Lemordant.
À ses mots, la skieuse repart en direction de la station. Sa silhouette disparaît dans le décor enneigé avec en toile de fond le mythique Mont Pourri. La légende dit que ce point de vue était si sublime que la marque suisse Milka s’en est inspirée pour filmer sa célèbre vache violette paître au Monal. Le village n’a pas fini de livrer ses secrets.
Article issu du Dauphiné Libéré





