« Le village qui ne voit pas le soleil de l’hiver » : la réputation de Moulin est-elle justifiée ?

Du soleil. Enfin. À l’entrée du village de Moulin, sur la commune de Peisey-Nancroix, Patrick Garcia en profite pour promener sa chienne. « Ça y est, depuis quelques jours, le soleil illumine à nouveau notre village », s’enthousiasme le propriétaire d’une maison sur les hauteurs. Est-ce un événement ? Pas vraiment. Mais « Moulin est injustement appelé le village qui ne voit pas le soleil de l’hiver, or c’est faux », insiste Patrick Garcia.

Le résident nous invite à prendre un café chez lui. Sur le chemin, Patrick Garcia raconte une autre histoire de son village d’adoption. « Moulin a son importance car c’est considéré comme le plus vieux village de la vallée de Peisey-Nancroix, avec aussi la plus vieille chapelle », relate celui qui est originaire de Normandie.

Lui et sa femme, Nathalie, se sont installés à Moulin il y a quelques années. « Mais on vient sur la station de Peisey-Vallandry depuis au moins trente ans », affirme Nathalie Garcia. Alors quand le poste de directrice générale de l’office de tourisme de la station s’est libéré en 2019, la Normande a candidaté. « Et c’est comme ça qu’on a trouvé cette pépite, notre maison, ici à Moulin », sourit-elle.

« Pourquoi partir ? »

Direction le cœur du village, situé en contrebas de la route départementale qui mène à la station de Peisey-Vallandry, très passante un samedi de chassé-croisé. Un détour par la chapelle Sainte-Agathe permet d’admirer une étonnante crèche provençale. Dans la rue qui descend vers la place des Quatre Zoé, de beaux chalets en bois rénovés côtoient des granges restées dans leur jus. Ainsi s’affiche le charme du village de Robert Poccard, rencontré devant sa maison.

Lui, qui a toujours vécu à Moulin, comment vit-il cette (fausse) réputation de village qui ne voit pas le soleil ? « Quand j’étais moniteur de ski à Peisey-Vallandry, on voyait la différence au début de l’hiver. La station est sur un versant ensoleillé et quand je redescendais… Hop, plus de soleil. Maintenant, je ne m’en rends plus compte », témoigne l’octogénaire qui a exercé jusqu’à ses 77 ans.

Son fils James se joint à la conversation. Lui est resté au village. « Pourquoi partir ? », demande interloqué le menuisier. Il faut dire que le paisible village a de quoi plaire : idéalement situé entre le village et les commerces de Peisey, la station de Vallandry et son célèbre site nordique. Tout autour, le décor sauvage de la vallée de Peisey-Nancroix, presque entièrement dénudée de remontées mécaniques. Au-dessus, coule en cascade le Nant Bénin. Enfin, au bout de la vallée trônent l’Aliet, aussi appelé le « Toblerone de Peisey » en raison de sa forme triangulaire, et le mont Pourri.

« Toutes ces familles qui arrivent redynamisent et donnent de la vie à Moulin »

Seul bémol : encore ce fichu soleil ? « Nous le perdons de fin novembre à fin janvier, deux mois en tout et pour tout. En février, le village a du soleil jusqu’à 12h30 », contre James Poccard-Chapuis. Ce dernier va même plus loin : « Sur l’ensemble de l’année, Moulin a plus de soleil que Peisey ».

Rayons ou pas, le village connaît un regain d’intérêt ces dernières années. Depuis le Covid-19, de plus en plus de locations touristiques apparaissent. Croisée au hasard des ruelles, une famille de vacanciers néerlandais s’apprête à partir sur les routes pour rentrer aux Pays-Bas. « Je suis triste de partir car ce village est adorable. On a déjà envie de revenir l’an prochain », confie la maman. Les résidences secondaires connaissent aussi un essor dans le village pour ceux en quête d’une vieille bâtisse à retaper. « Ce village a une âme », justifie Geneviève Martin, l’heureuse propriétaire d’un chalet. Les locaux voient ces installations d’un bon œil. « Toutes ces familles qui arrivent redynamisent et donnent de la vie à Moulin », observe Robert Poccard.

Notre dédale à travers Moulin s’achève tout en bas. Là où un pont traverse le Ponturin. C’est ici que l’on comprend d’où vient le nom de ce village. Deux anciens moulins se font face, de part et d’autre de la rivière. En toile de fond, c’est un village lumineux qui se dévoile aux yeux du promeneur. Moulin rayonne, autant de son histoire que de ses habitants.

Article issu du Dauphiné Libéré

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