Imaginez-vous en vacances à la Thuile, en Italie, vivre la dolce vita.
Vous vous baladez près du col du Petit Saint-Bernard à La Rosière et un amas de terre attire votre attention près du fort de la Redoute ruinée. « Au détour des tanières des marmottes et de dégustation de myrtilles, un rayon de soleil illumina le plateau de Plan Pigeux et on s’est dit que ce lieu artificiel, de par sa forme et sa position, pouvait renfermer un castra , un ancien camp militaire romain ».
Des spéléologues un peu chanceux
La tuile, ou plutôt la chance, pour Maria Antonietta Breda et Gianluca Padovan, des spéléologues italiens qui ont émis cette hypothèse l’été dernier. Même en vacances, leur vista est restée alerte. De retour à Milan, le couple passionné d’histoire a creusé cette hypothèse en consultant des cartes historiques et Google Maps… « Nous avons analysé attentivement les images satellites, vérifiant les dimensions et les formes géométriques dessinées au sol ».
Ils ont clairement reconnu une zone rectangulaire de 250 sur 130 mètres qui ferait penser à un système fortifié. Impossible pour l’heure de déterminer la date exacte de construction, même si le camp était « certainement vieux d’au moins un demi-millénaire et aurait été en activité jusqu’au Moyen-Âge ».
« Le temps a enseveli les œuvres, mais n’en a pas effacé les traces »
Cette hypothèse est corroborée par des travaux de leurs pairs évoquant la présence romaine au col du Petit Saint-Bernard. « Nous savons que les versants des montagnes étaient habités, que les cols étaient défendus et disputés, et que des légions romaines ont installé des garnisons ici. Nous nous sommes demandé où les légionnaires auraient pu camper pour garder militairement le territoire ». À 1 958 mètres d’altitude, le Plan Pigeux offre en effet un point stratégique optimal pour scruter les agissements ennemis.
« Le temps a enseveli les œuvres, mais n’en a pas effacé les traces », a poétisé le couple de chercheurs. Maria Antonietta et Gianluca sont revenus sur place illico presto pour approfondir leurs premières observations. « Avec un mètre ruban, un télémètre laser et une boussole, on a analysé le sol, ses formes, ses couleurs, sous différentes lumières ».
Sur place, les spéléologues ont trouvé des ruines d’une tour, et surtout d’importants travaux de terrassement probablement réalisés dans l’Antiquité. Des lignes défensives auraient également pu servir aux conflits des XVIIe et XVIIIe siècles entre le Royaume de France et le Duché de Savoie.
En plus du Plan Pigeux, cinq camps romains entre Morgex et La Rosière ont été identifiés par les deux Italiens. Ils craignent qu’un futur projet hôtelier sur « ce jardin archéologique », éteigne tout espoir de retracer l’histoire de ce camp romain.
Article issu du Dauphiné Libéré.