« On sera l’un des derniers domaines ouverts » : Malgré le réchauffement, cette station reste enneigée

Située à moins d’une heure de route de Chambéry, la station des Aillons-Margériaz fait figure d’exception parmi les stations de moyenne altitude : « Grâce à un micro climat nous bénéficions toujours d’un incroyable enneigement sans aucun enneigeur », assure Annabelle Kemeny, responsable communication de la station. Qu’en est-il vraiment ? Le Dauphiné Libéré a profité du réchauffement spectaculaire de ces derniers jours pour aller vérifier sur place.

Julien Porcheron, pisteur secouriste et observateur Nivo pour Météo France, vient de faire un relevé en bas des pistes : il y a 1,35 mètre de neige non damée. « Nous sommes le premier obstacle aussi haut pour toutes les perturbations venant de l’ouest. Les masses d’airs arrivent, refroidissent vite et se déchargent en neige. C’est le phénomène de soulèvement orographique dont on bénéficie. » Il existe donc bel et bien un micro climat.

Autres atouts naturels du Margériaz : son exposition au nord et sa topographie faite de pentes douces. « Ces deux paramètres limitent le réchauffement. La fonte s’engage beaucoup plus tard dans la journée. Quand les anciens ont choisi d’installer la station ici, ce n’était pas un hasard », assure Gaspard Roustan, pisteur secouriste également correspondant pour Météo France.

Ces pisteurs secouristes font des relevés quotidiens pour Météo France. Photo Louise Raymond
Ces pisteurs secouristes font des relevés quotidiens pour Météo France. Photo Louise Raymond

Micro climat et neige préservée

Reste un dernier mystère à percer, d’ordre géologique : le rôle du sol calcaire. Contrairement à l’idée reçue, il n’y a aucun effet de glacière lié à la nature de cette roche qui favoriserait la conservation de la neige. L’hypothèse est liée aux phénomènes karstiques. « C’est un vaste gruyère sous le Margériaz, plus de 300 trous sont répertoriés », résume Julien. « Il est possible que cela ait un effet drainant qui permette à l’eau de s’évacuer plus facilement et d’éviter que des flaques d’eau se forment et accélèrent la fonte de la neige. » Mais cela n’a pas encore été prouvé scientifiquement, « ça mériterait une étude poussée », admet le pisteur.

Un autre paramètre indispensable à la conservation de la neige ne fait lui aucun mystère, c’est le travail des dameuses. « En fonction de la météo, elles travaillent soit le soir jusqu’à 2 heures du matin, soit au petit matin. C’est un choix crucial. L’objectif est de stocker et tasser la neige et de maximiser la surface pour qu’elle refroidisse, d’où ces petits sillons tracés. C’est la frigolise. » Grâce à tous ces atouts et ce travail, la station restera ouverte jusqu’au 29 mars. Et après, avec le dérèglement climatique ? « On fera tout pour rester ouverts le plus longtemps. À cette altitude-là, avec nos bonnes conditions, c’est sûr qu’on sera l’un des derniers domaines ouverts… » assure Julien, à la fois conscient et confiant en l’avenir.

Article issu du Dauphiné Libéré

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