Jeudi 26 février, une avalanche s’est déclenchée sur la face sud de la Pointe des Sagnes Longues, à Saint-Véran. Partie à environ 2 900 mètres d’altitude, cette coulée d’une soixantaine de mètres avait dévalé près de 200 mètres de dénivelé.
Ce jour-là, Pierre, accompagnateur, encadre un groupe de six personnes en skis de randonnée. « Nous arrivions dans une zone potentiellement à risque. Je demande à tout le monde de se regrouper dans une zone sécurisée et d’attendre que je traverse, seul, la portion délicate », déroule le professionnel. L’idée : éviter toute surcharge du manteau neigeux. Pierre se lance en éclaireur, avant de sentir rapidement « que quelque chose n’allait pas » dit-il. « M’arrêter aurait ajouté de la pression sur la neige, alors j’ai préféré continuer. »
Emporté par la coulée
Aux deux tiers de la traversée, la rupture se produit. « Ça s’est cassé à environ un mètre sur ma gauche. Je me suis retrouvé assis, emporté par la coulée. »
Garder son sang-froid est plus que jamais de rigueur. « À un moment, j’ai senti que je pivotais. » Il déchausse son seul ski restant pour rester au maximum dans l’axe. Lorsque l’avalanche s’arrête, il n’est enseveli que partiellement. « Je n’avais que les jambes prises. J’ai pu sortir par mes propres moyens. »

Un groupe formé à réagir
En amont de la sortie, le groupe avait été préparé à cette éventualité. « En début de semaine, nous avions révisé les procédures » indique-t-il. Recherche DVA, répartition des rôles en cas d’accident : ceux qui alertent, ceux qui cherchent, ceux qui dégagent la victime… Le « jour J », tout se met en place. Deux personnes contactent les secours, une autre lance immédiatement la recherche, pendant que le reste du groupe sort pelle et sonde. Quand l’un des skieurs arrive au niveau du signal, Pierre est déjà sorti de la coulée et debout.
En contrebas en revanche, plus de réseau. Impossible de recontacter le Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM). Deux membres reviennent vers le refuge pour tenter de joindre les secouristes, mais l’hélicoptère de la gendarmerie survole la zone peu de temps après, à la recherche d’éventuelles victimes. « C’est ce que je regrette. Mon cas ne nécessitait pas de secours. Si on avait pu les prévenir, ils auraient pu être mobilisés ailleurs », pointe l’accompagnateur.
Une grosse frayeur, peu de blessures
Le bilan est léger : quelques éraflures, une coupure au visage. Même si le risque zéro n’existe pas en montagne, Pierre insiste : « On tape toujours sur les gens qui prennent des risques. Mais quand on est bien préparé, on limite les dégâts et maîtrise beaucoup de choses. »
L’accompagnateur tient à remercier les secouristes pour leur « travail formidable ». Le professionnel envisage désormais d’investir dans une radio pour améliorer la communication lors de ses prochaines sorties.
Article issu du Dauphiné libéré