Le jeudi 23 avril, Ilian Moundib, ingénieur en résilience climatique, a participé à une conférence au Base Camp Lodge d’Albertville.
Membre du conseil scientifique de l’institut Rousseau, il évoqua plus particulièrement la fragilité des territoires de montagne.
Le changement climatique est-il plus marqué dans les territoires de montagne ?
« Si l’on imagine la France comme une grande salle de bains cassée, les territoires de montagne se trouvent à côté du radiateur que l’on n’arrive pas à éteindre. Selon les données du ministère de la Transition écologique, on est sur une trajectoire de +4 °C, qui peut atteindre + 7 °C dans les Alpes. Ils sont marqués par une contrainte marquante : le tourisme d’hiver, le ski et la neige. On est dans une situation où une partie des investissements enferment ces territoires dans une dépendance à la neige. Ça ne veut pas dire que c’est la catastrophe. Il est encore possible de bifurquer et d’emprunter un autre chemin. »
Quels sont les blocages actuels qui empêchent ce changement ?
« Quand vous avez une industrie qui génère énormément d’argent, c’est elle qui a les mains sur l’organisation du territoire. Il y a moins de neige, mais on paye des canons à neige pour en fabriquer… En agissant ainsi, on se retrouve dans le syndrome de la reine rouge (tiré de la suite d’ Alice au pays des Merveilles ) : on court toujours plus vite, mais pour rester sur place, car le tapis roulant se déroule sous nos pieds. Avec les JO 2030, on est complètement là-dedans. On mobilise du capital dans des infrastructures qui vont progressivement devenir obsolètes, alors que l’on pourrait investir dans d’autres sphères (tourisme d’été, duplication des accès…). Il ne faut pas attendre d’être au pied du mur pour agir. On répare son toit quand il fait beau, pas en pleine tempête. Malheureusement, on a tendance à attendre la catastrophe pour réfléchir… »
Il est encore possible de bifurquer et d’emprunter un autre chemin

Outre le tourisme, l’agriculture sera également impactée ?
« Les éleveurs sont dans la tempête du changement climatique. Plus les élevages sont concentrés, plus les maladies vont se diffuser. À l’image de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et l’abattage de troupeaux, on réagit toujours dans la catastrophe. Mais si on n’abat pas, on ne pourra plus exporter la viande. C’est un modèle de dépendance qui est mauvais et qui fragilise notre agriculture. Il est essentiel pour les éleveurs d’être sur des enjeux de consommation au niveau local. »
En ce qui concerne le changement climatique, quelles sont les différences entre les termes d’atténuation et d’adaptation ?
« L’adaptation, c’est traiter les conséquences concrètes du changement climatique. L’atténuation, c’est réduire les émissions de gaz à effet de serre, donc notre consommation de pétrole et de charbon. Or, la montagne et le ski sont extrêmement carbonés, notamment à cause des transports. Il existe des initiatives en pays de Savoie pour voir comment on peut faire bifurquer les territoires de montagne et comment on peut constituer une forme de sécurité de l’alimentation. Il faut avoir la capacité collective de se mettre ensemble pour initier les premiers chantiers. »
Comment planifier cette bifurcation ?
« Il faut avoir les yeux en face des trous par rapport aux enjeux que l’on essaie de traiter. Chaque crise est une opportunité de bifurcation à saisir, mais il faut arrêter de gâcher les catastrophes. Il est donc essentiel de s’y préparer en amont. »
Pendant plusieurs mois, l’agglomération Arlysère, Univpop (l’Université populaire d’Albertville) et les offices de tourisme du territoire (Arêches-Beaufort, Les Saisies, Val d’Arly et la Maison du Tourisme du Pays d’Albertville) se sont associés pour proposer un cycle de quatre «conférences vitaminées».
La dernière a eu lieu le jeudi 23 avril à 19 heures à l’auditorium du Base Camp Lodge, à Albertville, sur un thème bien d’actualité : s’adapter au changement climatique. C’est Ilian Moundib, ingénieur en résilience climatique, conférencier, formateur indépendant sur les questions d’adaptation aux risques climatiques et également membre du conseil scientifique de l’Institut Rousseau, qui a intervenu. Il a notamment a publié son premier livre : S’adapter au changement climatique : fake or not ? aux éditions Tana.
Article issu du Dauphiné Libéré