Qui prépare les sentiers avant l’arrivée des randonneurs ? Immersion avec les ouvriers de l’ONF

Des pioches, une petite tronçonneuse, un bidon d’essence, une débroussailleuse, un pantalon renforcé, un casque et un émetteur radio bien utile dans les zones blanches. Aussi un casse-croûte pour le déjeuner et quelques pansements au cas où. Voici tout ce que Fabien Gaide et ses deux coéquipiers transportent dans leur sac à dos en ce matin de mai au beau milieu de la forêt domaniale de Saint-Ruph, sur les hauteurs de Faverges-Seythenex. À vue de nez, leur équipement pèse dans les 25 kilos et on imagine aisément la force et l’endurance qu’il faut pour le trimbaler sur des chemins de montagne escarpés.

Pourtant, ils le font. Chaque jour ou presque entre mars et novembre. Pourquoi ? Parce que les trois hommes sont ouvriers forestiers pour le compte de l’Office national des forêts (ONF) et qu’une partie de leur travail consiste à remettre en état les sentiers de randonnée avant la belle saison. Une mission essentielle dans un département qui compte plus de 5 200 kilomètres d’itinéraires balisés.

Photo Louise Raymond
Photo Louise Raymond

Un « travail de l’ombre absolument indispensable »

Sur le plan administratif, les trois professionnels forment l’équipe de Doussard, qui elle-même fait partie de l’unité territoriale d’Annecy (qui comprend une douzaine d’agents au total). Leur périmètre couvre essentiellement le bout du lac même s’il leur arrive parfois d’intervenir dans les Aravis. Lors de notre rencontre, c’est donc dans les bois dominant la Sambuy qu’ils s’activent.

« Aujourd’hui, notre feuille de route, c’est de reprendre les assises (le profil du sentier), d’ôter les feuilles mortes et de créer, autant que faire se peut, un petit dévers côté “roche” pour que les usagers ne penchent pas trop dans le vide quand le chemin devient étroit », détaille Fabien Gaide, qui est chef d’équipe. Bref, un « travail de l’ombre absolument indispensable » à la bonne tenue des sites. À deux pas, Anthony*, casque sur la tête et lunettes de protection sur le nez, manie ses outils avec dextérité et détermination. On sent l’expérience, le coup d’œil. On devine, aussi, l’intensité de la tâche. Il en faut pour remettre en état une section d’1,5 kilomètre en une dizaine d’heures à peine.

« Un boulot partagé entre plusieurs acteurs »

En plus de ces aménagements relativement classiques, il arrive aussi à ces spécialistes d’installer des petites marches dans des pentes trop raides, de débiter des arbres couchés, de faire des scellements chimiques ou encore de poser des barrières DFCI (défense de la forêt contre les incendies) et des garde-corps. Dans ces cas-là, un hélitreuillage du matériel est organisé car le sac à dos de mammouth ne suffit pas. « En fait, tout dépend de la topographie et de ce que les gardes forestiers ont repéré en amont et inscrit dans la fiche de mission », poursuit Fabien Gaide. L’occasion de rappeler que ce sont les collectivités, qu’elles soient propriétaires ou gestionnaires des chemins, qui commandent ces chantiers. Et l’ONF – ou tout autre agent privé ou associatif – qui les prépare et les réalise. « On n’est pas les seuls à prendre soin de la forêt et des sentiers, c’est un boulot partagé entre plusieurs acteurs », résume le technicien.

Une fois le volet “entretien” terminé, normalement d’ici deux mois, l’équipe de Doussard basculera sur d’autres actions. « Pendant l’été, on fera de la coupe autour des plantations, on arrachera les espèces invasives, on fera des ouvertures de parcelles et on déblaiera les cours d’eau », détaille Alexandre Champigny, conducteur de travaux à l’ONF. Puis, à l’automne, viendra le moment de planter de nouveaux arbres. « Pour ça aussi il faut des bonnes cuisses et un sacré sac », sourit Fabien Gaide.

Et de conclure son témoignage par un avertissement aux usagers de la nature : « Quand vous voyez une grande bâche blanche sur laquelle il est écrit en gros “Ne pas franchir”, s’il vous plaît, ne la franchissez pas, même si vous connaissez le chemin par cœur ! Quand on bosse, on doit être hypervigilants sur ce qu’on fait et on ne peut pas garantir la sécurité de tous les promeneurs. »

(*) Prénom d’emprunt

Article issu du Dauphiné Libéré

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