Ils ouvrent Kairos, une spectaculaire voie mixte de 700 m au mont Blanc, sur le Tacul

« Dans ce massif déjà si parcouru, ouvrir une ligne d’ampleur qui en vaut vraiment la peine, c’est une chance. » Au début du mois d’avril, l’Annécien Christophe Dumarest et le Grenoblois Symon Welfringer ont signé une ouverture d’envergure sur la face est du mont Blanc du Tacul. Baptisée Kairos, cette nouvelle voie mixte d’environ 700 mètres rejoint une antécime culminant à plus de 4 000 mètres d’altitude, dans une ambiance de grande face nord mêlant granite compact, fissures raides et longues sections techniques jusqu’au M8.

L’histoire débute presque par hasard. En passant régulièrement à ski sous cette partie du Tacul via la vallée Blanche , Christophe Dumarest s’interroge sur « ce vide » entre plusieurs itinéraires devenus des classiques du massif, comme la Gabarrou-Albinoni ou la Modica-Noury. Sur les topos, seule une ancienne ligne ouverte au début des années 1970 par Claude Jager apparaît sur l’éperon voisin. Le reste semble vierge.

Quelques jours plus tard, Symon Welfringer répond présent pour tenter l’aventure. Le 3 avril, les deux guides de haute montagne s’engagent une première fois dans la voie. Dès les premières longueurs, l’ascension se révèle exigeante. Fissures raides, protections techniques et passages soutenus occupent la cordée jusqu’à une longueur un peu plus soutenue encore. « Les lames tenaient parfaitement et le rocher était excellent », raconte Christophe Dumarest. Au fil de l’ascension, les deux hommes progressent à vue, malgré quelques frayeurs : une chute de Symon Welfringer dans une section technique, puis un bloc décroché plus haut dans la face.

Entre fissures raides et granite compact, Kairos propose une escalade moderne et technique dans l’une face fréquentée en raison de sa relative proximité avec l’aiguille du Midi. Photo Christophe Dumarest
Entre fissures raides et granite compact, Kairos propose une escalade moderne et technique dans l’une face fréquentée en raison de sa relative proximité avec l’aiguille du Midi. Photo Christophe Dumarest

Une ascension aérienne et engagée

Après une retraite provisoire sous la neige, les deux alpinistes reviennent le 13 avril pour achever l’itinéraire. La seconde partie de la voie déroule alors plusieurs longueurs aériennes dans un terrain plus ouvert, jusqu’à une spectaculaire tour de granite jaune dominant les goulottes du Tacul. « C’est une grimpe pleins gaz, très esthétique, mais avec des protections excellentes », souligne Symon Welfringer.

Au sommet de cette chevauchée de 700 mètres, les ouvreurs débouchent sur une antécime dominant le Hidden Couloir. Là-haut, quelques vieux pitons rouillés rappellent le passage des pionniers des années 1970. Mais Kairos revendique une approche résolument moderne : une escalade technique, soutenue et relativement accessible en termes d’engagement grâce à la proximité des relais équipés des goulottes voisines.

Dans un massif du Mont-Blanc où les ouvertures d’envergure deviennent rares, cette nouvelle ligne pourrait rapidement attirer les amateurs de mixte moderne. « Nous avons eu la chance d’être au bon endroit, au bon moment », résume Symon Welfringer. Tout le sens du mot grec Kairos.

Article issu du Dauphiné Libéré

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