En ce vendredi soir, Melinda Gualdino est dans le bus. Avec ses élèves du collège Lamartine de Crémieu, elle rentre du col du Grand Colombier dans l’Ain. L’ambiance est calme, le groupe s’est envoyé une randonnée avec 1 300 mètres de dénivelé. Un dernier entraînement avant la véritable aventure, qui débute cette semaine en Espagne.
En effet, 20 élèves de quatrième option LCE (langue et culture européenne) espagnol partent le mardi 2 juin en Espagne pour relever un défi hors du commun : ils doivent gravir ensemble le plus haut sommet du pays : le volcan Teide, sur l’île de Tenerife, qui culmine à 3 718 mètres.
Une rencontre qui a fait naître un projet ambitieux
Cette idée est née de la rencontre entre Melinda Gualdino, enseignante d’espagnol au collège Lamartine, et Armand Thoinet, aventurier local atteint de sclérose en plaques, qui multiplie depuis 10 ans les défis sportifs les plus audacieux pour faire avancer la recherche contre la maladie et prouver qu’on peut se dépasser malgré les difficultés.
« Armand intervient régulièrement pour des conférences auprès des élèves dans notre collège, explique Melinda. Un jour j’ai assisté à la projection du film sur son aventure au Groënland. Ça m’a beaucoup touchée et je lui ai demandé s’il emmenait des gens parfois. Il m’a répondu que ça pouvait s’envisager, mais que lui cherchait surtout des aventures humaines qui ont du sens et que de ce fait, il ne partait pas avec n’importe qui. Cette phrase m’a trotté un moment dans la tête. Et j’ai eu envie de construire quelque chose avec mes élèves. Il se trouve que je fais de la montagne moi-même, et j’ai gravi ce sommet espagnol. Je me suis dit qu’on pouvait peut-être le faire tous ensemble. »
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Un défi inédit pour des adolescents
Melinda a proposé son idée à Armand Thoinet. Qui a très vite accepté. « Ce genre de défi n’a rien à voir avec mes aventures précédentes, reconnaît-il. D’habitude, je n’ai que moi à gérer et ceux qui m’accompagnent parfois sont aussi des aventuriers. Là, il s’agit d’adolescents de 13 à 14 ans, dont certains n’ont pas du tout l’habitude de marcher. Mais amener des gens éloignés de ce monde vers l’aventure, c’est ce que je trouve intéressant justement. »
Alors, depuis le début de l’année scolaire, la classe s’entraîne. Avec des sorties en pleine nature, et des séances hebdomadaires aussi dans une salle de sport pour les plus motivés. « En quelques mois, c’est fou de voir comme ils évoluent, constate Armand. Le groupe se solidifie, la cohésion se crée au fil des entraînements. » « C’est vraiment très chouette ce qui se passe, confirme Melinda. L’entraide qu’il y a entre eux est devenue forte. Sur notre sortie au Grand Colombier, les plus aguerris ont joué les sherpas, en portant les sacs de ceux qui souffraient le plus pour les aider. Et puis, on voit aussi des élèves qui peuvent être en difficulté scolaire et qui, sur ce projet, ont de grosses capacités physiques et deviennent à leur tour moteurs du groupe. »
Quand l’esprit d’équipe devient une force
L’entraide, la cohésion, c’est ce que cherche Armand Thoinet. « Les élèves sont focalisés sur l’arrivée au sommet, sourit-il. Bien sûr qu’on va essayer d’y arriver et que ce sera magnifique si on le fait. Mais ce n’est pas le plus important. Le vrai but du voyage, c’est d’avancer ensemble, affronter les difficultés, se soutenir, apprendre les uns des autres, dépasser ses peurs. C’est là le cœur de l’aventure. Et ils le ressentiront très fort quand on sera sur cette montagne. On en a fait un slogan, ils vont “gravir pour grandir”. »
Les élèves vont passer plusieurs jours en Espagne avec leurs correspondants. Ce n’est que sur la fin du séjour qu’ils tenteront de monter au sommet du volcan. Ils partiront d’un centre installé sur le parcours et auront 1 318 mètres de dénivelé positif à grimper. « Nous partirons à minuit, le but est d’arriver en haut au lever de soleil, afin de pouvoir admirer la plus grande ombre du monde projetée sur l’océan », annonce Armand.
Article issu du Dauphiné Libéré