Dans les coulisses du déneigement au Galibier : « La neige de printemps ne pardonne pas »

Le soleil commence à réchauffer les crêtes, les marmottes se font entendre au loin mais les engins sont déjà en action. Il est 8 heures sur la route qui serpente vers le col du Galibier au Monêtier-les-Bains (Hautes-Alpes), à 2 400 mètres d’altitude. Une poignée de travailleurs s’activent dans le froid depuis cinq heures du matin pour rouvrir les dix kilomètres de route encore ensevelis sous la neige.

La fraise mord dans le manteau blanc et les vapeurs givrées s’échappent des moteurs diesel. La saison d’été se prépare. L’ouverture du tunnel est prévue début juin, et la route tout en haut du col encore sept jours après. « Nous ne travaillons que le matin pour éviter le réchauffement du manteau neigeux et limiter les risques de coulée sur nos engins », rappelle Julien Hofman, responsable d’exploitation. À ces altitudes, la neige de printemps ne pardonne pas.

Sur la route du col du Galibier au Monêtier-les-Bains, la dameuse est toujours envoyée en éclaireuse. Photo Nathan Limasset
Sur la route du col du Galibier au Monêtier-les-Bains, la dameuse est toujours envoyée en éclaireuse. Photo Nathan Limasset

Une organisation bien huilée

Le dispositif est rodé. La dameuse passe en premier pour décaisser et aplanir. Vient ensuite le chargeur équipé d’une fraise à l’avant. Là où la neige a déjà bien fondu, le chasse-neige suffit à dégager les derniers résidus. Julien Hofman l’admet volontiers : « J’avais anticipé une accumulation de neige plus importante, mais la fonte en avril a été significative. »

Les températures élevées ont réduit le champ des opérations, et la neige tardive, humide, se dégage facilement, observent Jeremy Sionnet, chauffeur de fraise. Sur la chaussée, l’épaisseur de neige à dégager varie selon les zones, de quelques centimètres à plusieurs mètres.

« On revient à des hivers normaux, comme on en a connu par le passé », nuance Marcel Cannat, vice-président du Département en charge des routes. Selon lui, la saison a été particulièrement chargée en station, comparable à l’exercice 2017-2018. « Une caméra installée au tunnel a filmé des feux de signalisation qui dépassaient seulement de quinze centimètres du sol, disparaissant sous trois mètres de neige » glisse-t-il.

L’équipe de déneigement est à pied d’œuvre depuis le lundi 4 mai. Photo Nathan Limasset
L’équipe de déneigement est à pied d’œuvre depuis le lundi 4 mai. Photo Nathan Limasset

Entre vigilance et expérience

Sur la zone tout le monde est équipé d’un DVA, détecteur de victimes d’avalanches. Charles Margheriti, du Bureau des guides de La Grave, est chargé de contrôler les couloirs d’avalanche avant que les engins n’avancent. « On le fait tous les ans en se relayant, assure-t-il. On s’appuie sur notre expérience, c’est beaucoup au feeling. » Si sur le versant sud le déneigement est déjà bien avancé, la neige reste plus dense dans les zones exposées nord.

Cette part d’imprévisible, Bernard Vachet l’a apprivoisée au fil des décennies. Lui qui conduit la dameuse n’est pas du genre à s’en faire. « Je ne suis pas stressé, dit-il simplement. Le seul stress que j’ai, c’est de tomber en panne avec la machine. La saison est finie, si ça ne fonctionne pas, c’est chaud, personne ne viendra la réparer. »

Pourtant, le métier comporte des risques bien réels. Le conducteur raconte une mésaventure survenue il y a quatre ou cinq ans : à force de pousser la neige en bordure de route, le tas s’est effondré, sa machine a basculé pour finalement tomber 300 mètres plus bas. « Il a fallu tailler une route pour ressortir. »

Avait-il eu peur ? « Je n’ai même pas eu le temps. » À quelques mètres de là, au volant de la fraise, Jeremy Sionnet reconnaît que travailler en dévers demande tout de même de « serrer les fesses ». « Moi je suis serein mais si je ramène ma femme ici, elle ne sera pas confiante » admet Bernard Vachet, qui bouge sa machine d’un revers de mains désinvolte. Cette sérénité dépend d’un équilibre fragile que seule la météo arbitre. Les avalanches ne sont pas les seuls risques à considérer. « Si la neige part avec le soleil, ça se passe bien. Si ça part avec la pluie, c’est moins bien », ajoute Marcel Cannat.

Repères clés
  • 350 000 km  : Il s’agit de la distance totale parcourue par les engins de déneigement et les saleuses pour assurer la sécurité du réseau départemental.
  • 2  700 000 euros  : Ce montant représente le coût total des opérations de déneigement pour cette année, marquant une hausse significative par rapport au 1,7 million de l’an dernier.
  • 5  800 tonnes  : C’est la quantité de sel de déneigement utilisée cette saison pour traiter les routes, contre 5 000 tonnes en 2025.

Article issu du Dauphiné Libéré

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