Surtourisme à Chamonix : « Les Calanques sont une source d’inspiration » pour le nouveau maire élu

Élu maire de Chamonix au printemps, François-Xavier Laffin découvre depuis deux mois l’intensité d’une fonction qu’il juge « hors norme ».

Logement, urbanisme, régulation touristique ou encore grands projets structurants : le nouveau maire détaille les premiers chantiers de son mandat.

Chef de file de l’opposition lors du mandat précédent, François Laffin a été élu maire en mars dernier marquant une rupture après 18 années de gouvernance d’Eric Fournier. Photo B.S.
Chef de file de l’opposition lors du mandat précédent, François Laffin a été élu maire en mars dernier marquant une rupture après 18 années de gouvernance d’Eric Fournier. Photo B.S.

Deux mois après votre élection, comment vivez-vous cette prise de fonction ?

« Je savais que nous étions attendus, mais je ne m’attendais pas à une telle intensité. J’ai l’impression de courir un ultra-trail chaque semaine. Ce qui m’a le plus marqué, c’est la diversité des attentes. Bien sûr, il y a celles des habitants, mais aussi celles des services et plus surprenant, il y a celles formulées par d’autres institutions, communes ou partenaires qui ont envie de renforcer leur lien avec Chamonix. On prend surtout conscience que nous ne sommes pas à la tête d’une commune ordinaire. Chamonix a une dimension locale, départementale, nationale et une notoriété internationale. C’est une responsabilité particulière mais aussi une formidable opportunité. »

Quels ont été les premiers dossiers dont vous vous êtes saisi ?

« Dès notre arrivée, nous avons planché sur la gestion des flux touristiques et le logement, les deux sujets sur lesquels nous sommes attendus au tournant. Concernant le logement, nous travaillons d’ores et déjà lancé à la création d’une foncière dédiée au logement locatif permanent. C’était un engagement fort de notre campagne et nous voulons avancer rapidement. Pour la régulation de nos flux touristiques, nous avons pris le temps d’aller à la rencontre des responsables du parc national des Calanques à Marseille. Ces dernières années, ils ont développé des outils de régulation qui fonctionnent et nous voulons nous inspirer de leur expérience pour mieux gérer notre afflux de visiteurs, par endroits trop important. Chamonix doit devenir un territoire pionnier dans la gestion des flux touristiques en montagne. »

Nous avons une responsabilité particulière parce que la voix de Chamonix porte encore très loin

Le lac Blanc pourrait justement devenir votre premier laboratoire de régulation touristique ?

« Oui. Aujourd’hui, c’est l’endroit où la pression est la plus forte. Instaurer une régulation avec un système de réservation en haute saison nous semble être une bonne piste. Nous ne pourrons probablement pas l’instaurer dès cet été, mais on le fera pour l’été prochain. L’objectif n’est pas d’interdire la montagne, mais d’améliorer l’expérience des visiteurs tout en préservant les milieux naturels. C’est d’ailleurs le principal enseignement que nous ont transmis les Calanques : lorsque la fréquentation est mieux maîtrisée, tout le monde y gagne, notamment les visiteurs. »

Joyau des Aiguilles Rouges offrant un panorama d'exception sur le massif du Mont-Blanc, le lac Blanc souffre l'été de son succès. Archives photo B.S.
Joyau des Aiguilles Rouges offrant un panorama d'exception sur le massif du Mont-Blanc, le lac Blanc souffre l'été de son succès. Archives photo B.S.

Vous aviez beaucoup critiqué le nouveau Plan local d’urbanisme (PLU) pendant la campagne. Maintenant qu’il est entré en vigueur, que comptez-vous faire avec ce document d’urbanisme ?

« C’est un dossier dont je me suis saisi immédiatement. J’ai rencontré la préfète très rapidement après mon élection et nous travaillons déjà avec les services de l’État. Nous avons identifié plusieurs sujets qui, selon nous, n’ont pas été suffisamment pris en compte : les zones humides, les risques glaciaires et périglaciaires, la mobilité, l’emploi ou encore l’application de certaines dispositions de la loi Le Meur. La question aujourd’hui est de savoir quelle méthode sera la plus efficace. Une nouvelle révision globale sera sans doute trop complexe à mettre en œuvre dans des délais acceptables. Nous n’aurons peut-être pas d’autre choix que de procéder à une succession de modifications ciblées. Dans tous les cas, nous voulons faire évoluer ce document. »

Qu’en est-il de votre projet de pôle d’accueil multimodal au Grépon  ?

« Nous nous sommes déjà assurés d’avoir la maîtrise foncière, ce qui est pratiquement le cas sur l’ensemble de la zone. Différents scénarios sont désormais sur la table. En ce moment, nous pensons que ce projet pourrait évoluer avec l’intégration d’un espace pédagogique autour des glaciers et du changement climatique, en lien avec les réflexions menées actuellement autour du glaciorium. L’idée reste la même : créer une porte d’entrée vers la vallée, où les visiteurs pourraient se renseigner, comprendre le territoire et être sensibilisés aux enjeux environnementaux avant même de prendre la direction des sites touristiques. »

Vous cumulez pour l’heure les fonctions de maire de Chamonix et de président de la communauté de communes. Comment abordez-vous ce rôle dans un contexte politique particulier ?

« La première question que j’ai posée aux autres maires a été simple : est-ce qu’on avance ou est-ce qu’on attend les possibles nouvelles élections municipales à Servoz ? La réponse a été claire : on avance. Les habitants attendent des réponses sur des sujets qui dépassent largement les frontières communales. Les transports, le logement, le tourisme ou encore certains équipements se pensent à l’échelle de la vallée. On ne peut pas se permettre de mettre l’intercommunalité sur pause. La vallée fonctionne déjà largement comme un seul bassin de vie. Il faut partir de cette réalité pour construire les solutions de demain. »

Vous avez récemment évoqué la « culture du renoncement » chez les jeunes en montagne. Pourquoi ce sujet vous préoccupe-t-il autant ?

« Parce que depuis ma prise de fonction, il y a neuf semaines, il y a six week-ends où l’on m’a informé d’un drame. Et dans plusieurs cas cela concernait des jeunes. Forcément, cela interroge. Vous me donnez l’occasion de saluer le travail remarquable réalisé par les acteurs de la prévention en montagne dans la vallée, mais nous devons continuer à porter ce message. La capacité à renoncer fait partie intégrante de la culture alpine. Savoir faire demi-tour n’est pas un échec. C’est parfois la meilleure décision que l’on puisse prendre. Je crois que nous avons encore un travail collectif à mener sur cette question, notamment auprès des plus jeunes générations. »

Après ces premières semaines, qu’elle est la chose qui vous marque le plus dans cette nouvelle fonction ?

« L’attachement des habitants à leur territoire. Les gens sont fiers de vivre ici et ils veulent préparer l’avenir pour leurs enfants. Nous avons une responsabilité particulière parce que la voix de Chamonix porte encore très loin. Que ce soit sur les questions de montagne, de climat ou de tourisme, nous devons rester pionniers et montrer la voie. »

Article issu du Dauphiné Libéré

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