« Trois mille nuitées sont déjà réservées » : les coulisses d’une préparation de saison en refuge

Son été dans le Queyras se prépare… au Pays des Ecrins. Les pieds chez lui à Fressinières mais la tête déjà sur le mont Viso à Abriès-Ristolas, Anselme Roux est en pleine réflexion. Dès le 18 juin, le gardien retrouvera le refuge du Viso, jusqu’au 15 septembre, pour un travail quotidien acharné.

En attendant, il s’attelle aux derniers préparatifs. Cette étape est bien rodée. Anselme Roux n’en est pas à son coup d’essai. Il s’apprête à entamer sa neuvième saison au Viso. Dans son salon, les derniers cartons entassés attendent d’être transportés au parking de La Roche Ecroulée dans la vallée du Haut-Guil. C’est là que tout se jouera avec l’héliportage des denrées.

« En juin et septembre, nous sommes trois à travailler au refuge, en juillet et août, nous sommes six, dont cinq par jour. » L’autre période d’ouverture se situe de début mars à mi-avril. Moins intense. « L’hiver, ça n’a rien de comparable, je suis isolé, les refuges italiens sont fermés. Si je reçois 25 clients en une soirée, c’est qu’il y a du monde. » L’été, le refuge peut accueillir jusqu’à 65 personnes par soir.

Anselme Roux, gardien du refuge du Viso, prépare l'ouverture de l'établissement. Chez lui, à Freissinières, quelques cartons attendent d'être déposés au parking de La roche écroulée, à Abriès-Ristolas, où aura lieu l'héliportage le 18 juin prochain. Photo Audrey Lungo
Anselme Roux, gardien du refuge du Viso, prépare l'ouverture de l'établissement. Chez lui, à Freissinières, quelques cartons attendent d'être déposés au parking de La roche écroulée, à Abriès-Ristolas, où aura lieu l'héliportage le 18 juin prochain. Photo Audrey Lungo

Une organisation réglée comme une horloge

Cet établissement est une propriété de la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCam). Il s’atteint depuis le parking en environ 2h30, pour 700 mètres de dénivelé. Il accueille 98 % de randonneurs, 2 % d’alpinistes. « C’est assez familial. Il y a une densité de refuges aux alentours, les familles peuvent venir assez facilement et évoluer en itinérance », décrit-il.

Si l’automne reste la période des tâches administratives, des relations avec le propriétaire du bâtiment, en janvier, c’est l’heure du recrutement des membres de l’équipe. Au printemps, on prépare la réouverture estivale. Pendant l’été, Anselme Roux a besoin de trois héliportages : mi-juin, mi-juillet et mi-août, pendant lesquels il redescend dans la vallée de Freissinières afin de les organiser et voir ses deux enfants de trois et quatre ans.

« À 90 %, cet héliportage de juin représente de la nourriture, 10 % de l’énergie (gaz). Et l’hiver, il y a un peu de bois », détaille-t-il. Les draps aussi, les boissons. « Ce refuge est performant au niveau énergétique. Des panneaux d’eau chaude thermique ont été installés. On est ainsi passés de 16 à huit bouteilles de gaz en une saison. »

Photo Audrey Lungo
Photo Audrey Lungo

Une logistique aérienne essentielle à la vie du refuge

Anselme Roux vérifie sur sa feuille les produits à commander. « Les fruits et légumes seront déposés le jour de l’héliportage. Mon brasseur est à Ristolas, il déposera les bières directement sur le parking de La Roche Ecroulée. Les pâtes, le riz… Je les ai ici. Le matin de l’héliportage, j’irai chercher le pain, la viande, à Briançon, le fromage dans le Queyras. La confiture, de La Bâtie-Neuve, et la farine, de Châteauroux-les-Alpes, je les ai déjà montées début mars. L’hiver, j’anticipe les produits secs afin d’être plus léger sur cet héliportage de juin. J’anticipe aussi les produits de l’épicerie maintenant pour alléger le travail en pleine saison, éviter ça pendant les héliportages de juillet et août. Je travaille aussi avec la plateforme Échanges paysans, qui a son propre réseau de producteurs. Je récupère le maximum de produits en local. » Le vin vient d’Embrun.

La commande téléphonique des produits tels que les fruits, les légumes, la crémerie, l’épicerie… a été effectuée la semaine du 1er juin. Cela représente environ 70 % des besoins du gardien. Tout cela sera livré sur le parking d’Abriès-Ristolas le 18 juin.

« Le poids de chacune de mes fournitures est répertorié sur un papier. Je sais ce que j’ai, je sais ce dont j’ai besoin. Après, je répartis mes charges pour l’hélicoptère. C’est 650 kilos maximum par charge. » Sept rotations sont prévues ce jour-là. Il s’agit du plus important héliportage de l’année, sachant que le refuge du Viso compte une quinzaine de charges de 650 kilos par an. Trois mille nuitées sont déjà réservées par les clients, au Viso, pour cet été.

Repère

Anselme Roux s’apprête à faire sa neuvième saison en tant que gardien du refuge du Viso. Auparavant, il était aide-gardien au refuge des Ecrins et au refuge Ricou. Il a également été moniteur de ski de fond à Névache et directeur de l’école de ski pendant huit ans.

Les acteurs de la montagne participaient à leur habituel rassemblement, vendredi dernier au refuge du Clot des Vaches. Photo Cedric Tempier
Les acteurs de la montagne participaient à leur habituel rassemblement, vendredi dernier au refuge du Clot des Vaches. Photo Cedric Tempier
Les gardiens de refuge, acteurs de la prévention en montagne

La montagne est-elle de plus en plus fréquentée par de personnes qui la connaissent de moins en moins ? Parmi les nombreuses casquettes que peut porter un gardien de refuge, il y a celle de garant de la sécurité et des bonnes attitudes à adopter à l’approche des sommets. Des règles, des codes, des tenues qui ne sont pas toujours bien connus. Ces dernières années, l’augmentation de la fréquentation estivale dans le département attire un public moins habitué à la montagne, mais aussi plus jeune, avec environ 45 % de la clientèle en montagne qui est âgée de moins de 35 ans.

Dans les Hautes-Alpes, la saison estivale représente désormais 47 % des nuitées touristiques, et les visiteurs sont de plus en plus enclins à pratiquer la randonnée pédestre et à passer une ou plusieurs nuits dans un des 45 refuges du département. Cependant, l’augmentation du tourisme estival peut également entraîner un changement dans la clientèle, dont les attentes et les comportements ont tendance à évoluer, et pas toujours dans le bon sens.

Les refuges deviennent aussi des lieux de sensibilisation 

Si certains réservent une nuit en refuge en pensant y trouver de la grande hôtellerie, d’autres ignorent parfois les codes indispensables de la montagne : « On voit des comportements qu’on ne voyait pas il y a quelques années, raconte Mélanie, gardienne du refuge de l’Alpe de Villar-d’Arêne. J’ai déjà vu des gens arriver en claquettes, sans eau, qui ne connaissaient pas les comportements à adopter en montagne. D’autres personnes viennent chercher de l’hôtellerie en montagne, ce n’est pas le but d’un refuge ».

Prévenir sur les risques et donner l’alerte en cas de problème fait désormais pleinement partie du rôle de ses gardiens de refuges, qui travaillent en collaboration avec les autorités pour garantir la sécurité en montagne. Lors du rassemblement annuel des acteurs de la montagne vendredi dernier, les représentants de la gendarmerie et des secours en montagne étaient également présents pour évoquer les dangers auxquels peuvent être confrontés les pratiquants et saluer le travail des professionnels.

Article issu du Dauphiné Libéré

PARTAGER
Découvrez nos lectures liées
Restez informé, suivez le meilleur de la montagne sur vos réseaux sociaux
Réserver vos séjours :
hébergements, cours de ski, forfaits, matériel...

Dernières actus