« Ce serait triste » : le projet de village médiéval à Gresse-en-Vercors bascule

« Ce serait triste que le territoire passe à côté de ça ». Au téléphone, Stéphane Brunner le martèle : son projet « a du sens, du point de vue de l’environnement, de l’emploi, de l’activité économique 4 saisons ».

Depuis novembre 2023, il travaille, avec deux associés, sur « une belle aventure » inspirée de Guédelon, dans l’Yonne, « où artisans et bénévoles construisent depuis 1997 un château selon les techniques du Moyen-Âge ». Une réussite scientifique, patrimoniale et aussi touristique : ce chantier à ciel ouvert a attiré 300 000 visiteurs en 2024 !

« La commune la mieux équipée pour recevoir du tourisme »

Partant du principe qu’il n’existait rien de tel dans les Alpes, Stéphane Brunner envisageait ainsi d’y faire bâtir une quarantaine d’habitations, chacune étant vitrine de ce qu’on pouvait trouver au XVIIIe siècle dans les différents massifs. Avec les éléments incontournables de la vie en collectivité d’alors (grange, chapelle, moulin…) ; le tout en utilisant matériaux et savoir-faire de l’époque.

Son projet, qu’il a présenté un peu partout, était bien parti pour voir le jour à Gresse-en-Vercors. « Il s’est avéré que c’était la commune la mieux équipée pour recevoir du tourisme, en raison de l’expérience avec la station, et j’y ai senti un véritable enthousiasme », rejoue-t-il aujourd’hui. La commune, l’intercommunalité et une myriade d’autres acteurs locaux étaient en effet partants pour embarquer dans l’aventure.

« Je n’irai pas tout seul »

Seulement, après la démission du maire Jean-Marc Bellot et d’une partie de la majorité, en décembre dernier, une nouvelle équipe municipale a pris sa suite au printemps, menée par Rémi Goube. Et lors du conseil municipal du 23 juin, une délibération demandant aux élus de donner suite (ou non) au projet n’a pas été approuvée, 3 élus votant pour, 3 votant contre et autant s’abstenant.

De quoi décourager Stéphane Brunner… Pour un temps seulement. « Je suis prêt à redonner sa chance au projet, y compris s’il faut attendre jusqu’aux municipales, expose-t-il après avoir digéré sa déception initiale. Mais pour cela, il faut une mobilisation locale, par un vote de la population par exemple. Car je n’irai pas tout seul ».

Le village est en effet encore loin d’être bâti, plusieurs points restant à éclaircir, notamment l’épineuse question du foncier. Mais le promoteur reste optimiste : « Le Trièves est un creuset de compétences et d’individualités riches, si on peut vivre un second Guédelon, ça vaut le coup de s’accrocher ».

Pour le maire, le projet « est entre les mains des futurs candidats »

Avant de commenter le vote du conseil municipal, le maire Rémi Goube tient à poser le contexte auquel est confronté son équipe : « Nous ne sommes que 10 élus au lieu de 11 ; pour 6 d’entre nous, c’est une découverte de l’engagement politique et nous n’avons pas de directeur général des services [poste crucial de direction et de coordination des équipes dans une mairie, NDLR]. Ce ne sont pas des excuses, mais il faut que chacun l’ait en tête », insiste l’édile.

Qui poursuit en énumérant les gros dossiers de la municipalité, « la réfection de l’église, un gros chantier sur les réseaux d’eau et d’assainissement, une problématique de ressources humaines » avec le poste de DGS manquant. « Sans oublier le gros enjeu que nous nous sommes fixé, la pacification du village », après des mois agités sur fond de gestion de la station.

Dans ce cadre, « je dirais que ce vote n’est pas une porte fermée au projet, au contraire, il n’y a que 3 “non” sur 9 votes. C’est une mise entre parenthèses, car d’ici les élections, nous n’aurons pas les moyens humains de nous engager dessus », explicite Rémi Goube, glissant au passage « avoir voté pour ».

Sur le fond, il loue « un projet audacieux, plein d’atouts » et rejoint Stéphane Brunner sur la nécessité d’un soutien populaire plus vaste : « C’est dans les mains des futurs candidats, qui s’en saisiront, ou pas. En ce sens, on s’en remet aux électeurs, et c’est sain qu’il en soit ainsi ».

Stéphane Brunner porte le projet de construire un village alpin du XVIIIe siècle à Gresse-en-Vercors en utilisant les techniques de l'époque. Photo Fournie Par Stéphane Brunner
Stéphane Brunner porte le projet de construire un village alpin du XVIIIe siècle à Gresse-en-Vercors en utilisant les techniques de l'époque. Photo Fournie Par Stéphane Brunner

Article issu du Dauphiné Libéré.

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