Le rideau est définitivement tiré pour les farts fluorés.
Dès le 1er janvier 2026, la fabrication, l’importation et la commercialisation de certains produits contenant des substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS) seront interdites en France. Parmi les secteurs touchés : les cosmétiques, le textile, mais aussi, les farts de ski.
Cette mesure, portée par le député écologiste Nicolas Thierry et adoptée par 231 voix contre 51 à l’Assemblée nationale, répond à un enjeu environnemental majeur. Mais quelles seront les conséquences concrètes pour les skieurs et les fabricants de fart ?
Les PFAS sont souvent qualifiés de "polluants éternels". Ces composés chimiques regroupent plusieurs milliers de substances résistantes à l'eau, à la chaleur et à la corrosion à en croire l'Agence nationale de sécurité sanitaire.
Leur stabilité exceptionnelle, si utile pour l'imperméabilisation et les performances des farts fluorés, se transforme en problème majeur une fois rejetée dans l'environnement. Selon une étude de l'INSERM, ils s'accumulent dans les sols, les eaux et jusque dans les organismes vivants, avec des effets toxiques prouvés sur la santé.

Pourquoi cela touche-t-il le monde du ski ?
A l’origine, l’usage était d’enduire de produits naturels (comme du goudron de pin) les skis afin de leur donner de meilleures propriétés de glisse. Mais à partir des années 80, la communauté des skieurs découvre un produit plus efficace : le fart au fluor.
C’est ainsi que le ski de haut niveau a longtemps mis en avant les performances des farts fluorés, réputés pour leurs capacités à réduire la friction et d’améliorer la glisse, à tel point qu’ils ont représentés jusqu’à aujourd’hui la norme. Mais le fluor, diminutif de composants perfluorés, fait partie de ces PFAS visées par la nouvelle loi et supposés nocifs pour la santé.
Une étude suédoise, parue dans la revue anglophone «ACS publications », a par exemple montré en 2010 que les techniciens d’équipe exposés à ces substances présentent des concentrations élevées de PFAS dans le sang, augmentant les risques de maladies chroniques. D’autres études récentes ont également suggéré que les produits chimiques synthétiques persistants sont transférés dans la neige et le sol à partir des farts, ce qui expose un public encore plus large que les techniciens.
Si la réglementation s’aligne sur les préoccupations environnementales, son application pose question. Actuellement, il n’existe aucun moyen fiable de détecter la présence de fluor sur une semelle de ski. Des protocoles sont en cours d’expérimentation, mais leur efficacité reste incertaine.
"Ce qui me fait peur, c’est que les mesures de vérification n’existent pas. Si on n’a pas le moyen de contrôler, il va y avoir de la triche, c’est sûr", prévenait déjà un membre du staff de l’équipe de France en 2021 à Ski Chrono.
L’idée d’un "dopage technique" inquiète : une équipe pourrait continuer à utiliser des farts fluorés en toute impunité, sans risquer d’être sanctionnée. "Le moyen le plus simple de résoudre ce problème, ce serait que tous les athlètes soient fartés avec la même chose, au même endroit", suggérait à l’époque Baptiste Gros, ancien membre du Haute-Savoie Nordic Team.
Des alternatives déjà sur le marché
L’interdiction des farts fluorés n’est pas une surprise. Dès la saison 2021-2022, la Fédération internationale de ski (FIS) et la Fédération internationale de biathlon (IBU) ont banni le PFOA. Puis, en 2022-2023, elles sont allées plus loin en interdisant toutes les formes de fluor.
Face à cette transition, des fabricants ont dû innover. En France, Robin Mahillon a lancé Waxyn Skiwax, une marque haut-alpine de farts sans PFAS. « Après une cinquantaine de tests, nous avons développé huit variantes, dont certaines parfumées à la lavande », expliquait-il au Dauphiné Libéré début janvier.
D’autres fabricants travaillent sur des cires naturelles biodégradables, mais des interrogations subsistent : « On ne connaît pas les nouveaux farts, on ne sait donc pas ce qu’ils contiennent ni quelles précautions prendre », s’inquiétait un technicien, interrogé par Ski Chrono.

Photo Severine Mizera
Un changement pour tous les skieurs ?
Si l’interdiction ne concerne que la commercialisation, les skieurs amateurs pourront-ils toujours utiliser leurs anciens stocks de fart fluoré ? Officiellement, rien ne les en empêche.
Mais les stations et certains événements pourraient mettre en place des mesures pour limiter leur usage. En Suède, par exemple, plusieurs stations de ski interdisent déjà l’utilisation de farts fluorés sur leurs pistes, avec des contrôles à l’appui, rapporte la « Ski Association of Sweden ».
De plus, la sensibilisation du public aux effets nocifs des PFAS pourrait suffire à modifier les habitudes. Une enquête menée par Mountain Wilderness en 2023 révèle que 68 % des skieurs seraient prêts à adopter des alternatives écoresponsables si elles garantissent une performance comparable.
Une limitation qui fait débat
Dans une dynamique de prise de conscience écologique, certains ont déjà exprimé leur satisfaction sur cette limitation, à l’instar du média ouvertement engagé, Vakita :
« Cette adoption constitue une immense victoire, obtenue grâce à une mobilisation historique de la société civile, aux révélations de journalistes d’investigation, au travail législatif de députés comme Nicolas Thierry, ainsi qu’à l’engagement de personnalités comme Camille Etienne, qui ont rendu visible ce scandale sanitaire. »
À l’opposé, des voix plus critiques dénoncent une mesure excessive et mal ciblée. Géraldine Woessner, rédactrice en chef au Point a ainsi vivement réagit, dénonçant ainsi une décision parlementaire prise « au mépris de la science », mettant en doute son impact réel sur l’environnement.
Reste à voir comment les fabricants et les skieurs s’adapteront à cette nouvelle réalité.
Aujourd’hui, dans un élan de populisme, nos députés s’apprêtent à voter un texte d’interdiction indifférenciée des PFAS dans certains secteurs, au mépris de la science.
Impact sur l’environnement ? Nul.
Conséquences pour nos industries ? Catastrophiques.https://t.co/9JyJU8RfWv— Géraldine Woessner (@GeWoessner) February 20, 2025