En Chartreuse, comme dans beaucoup de sites en France, la forêt souffre face aux problèmes sanitaires (maladies, insectes ravageurs, stress hydrique…), accentués par le réchauffement climatique : chancre du châtaignier, chalarose du frêne, scolytes pour les épicéas…
En plus des travaux pour favoriser la régénération naturelle, depuis une dizaine d’années, une expérience est menée pour reboiser avec des essences mieux adaptées et qui ont moins de risque de dépérir.
« Des essences du sud, comme le pin Laricio (présent en Corse et en Sardaigne) ou le cèdre de l’Atlas peuvent supporter un climat avec un ou deux degrés de plus en moyenne » , explique Antoine Gérardin, technicien forestier de la Maison de l’agriculture et de la forêt pour l’Avant-pays, la Chartreuse et la Chautagne.
Reboiser autrement
« Mais il faut faire preuve de vigilance, il n’y a pas de certitudes. Ils sont résistants au climat des Alpes, mais il faut aussi s’adapter en fonction de la composition du sol, de l’altitude, de l’exposition ».
Le sapin de Nordmann, importé du Caucase et de Turquie pour les arbres de Noël (ses aiguilles résistent à la chaleur des habitations), a montré la voie, au point de s’être acclimaté en Savoie et d’avoir pris racine en Chartreuse aux côtés du sapin pectiné qui représente 40 % de la forêt locale. « Mais il peut avoir tendance à s’hybrider, alors que le pin Laricio et le cèdre de l’Atlas ne le font pas ».
Ce sont justement 400 pins Laricio et 400 cèdres de l’Atlas qu’un propriétaire a choisis, sur les conseils du technicien forestier, pour reboiser sa parcelle au printemps dernier, après une grosse attaque de scolytes en 2024 ayant nécessité une coupe sanitaire drastique.
« Vieux de plusieurs décennies, les épicéas étaient très serrés, la forêt très dense et l’insecte n’a eu aucun mal à se propager et tout ravager. Les gens ne comprennent pas toujours, mais il n’y avait pas d’autres solutions que de tout couper, sous peine de voir le scolyte continuer », souligne Georges Puissant, président de l’Union des forestiers privés de Chartreuse (430 adhérents en Savoie, un peu moins en Isère).

Miser sur la diversité
Au-delà de l’obligation de reboiser pour toute coupe supérieure à 0,5 hectare, il y a aussi l’urgence. « Sinon, les ronces colonisent tout ». « On se fournit en matériel foncier de reproduction », poursuit Antoine Gérardin. « Mais il faut aussi favoriser la régénération naturelle ».
À l’image du robinier (le faux acacia), importé des Appalaches au XVIIe siècle, qui est une alternative aux bois exotiques pour fabriquer du mobilier de jardin, des terrasses… « Mais lui est très prisé du gibier naturel ! » Pour faire face à toutes ces contraintes, la mixité est importante.
« Il est primordial de ne pas être monospécifique, mais de mixer plusieurs essences, plusieurs âges et de maîtriser les plantations », conclut le technicien forestier. « L’objectif, c’est le capital de production, la viabilité, la pérennité. Il y a des essences qui ne sont pas économiquement avantageuses, mais elles gardent une ambiance forestière ».
Article issu du Dauphiné Libéré