Il y a des soirées qui marquent les esprits. Après 39 ans de bons et loyaux services au cœur de son refuge du Tourond, Stéphane Chevalier, surnommé Loulette depuis petit, a reçu le 26 mars dernier le prix coup de cœur de la chambre du commerce et de l’industrie des Hautes-Alpes (CCI 05) lors de la cérémonie des Trophées de l’entreprise.
« C’est un honneur d’avoir la reconnaissance du monde économique et du commerce », avouait-il quelques jours avant la soirée, lui qui, perché à 1 713 mètres d’altitude, ne souhaitait pourtant pas recevoir cette distinction. Une question de pudeur : « mon ego n’en avait pas besoin, mais c’est une belle récompense pour le refuge », explique son fondateur qui pense à la pérennité du site.
« Un coin d’enfance »
Et un homme a joué dans ce choix : David Terasconi, son ami d’enfance, mais aussi le nouveau repreneur du refuge depuis le 13 février. « Je connais ce chalet depuis tout petit, explique ce dernier, ancien sapeur-pompier et guide de montagne. J’y vais beaucoup avec mes clients, avec mon cousin aussi. C’est un coin d’enfance. »
« J’ai eu des propositions financièrement importantes, qui montaient à presque 600 000 euros, bien au-dessus de la valeur comptable du fonds de commerce. Mais, c’est un lieu qui me tient à cœur. Je voulais absolument qu’il garde son charme, garde son âme [rustique, à l’image d’un refuge de montagne isolé, NDLR] », ajoute Stéphane Chevalier. Pour lui, David incarnait le bon repreneur. Et après 4 ans de pourparlers, il a fallu un an de pratique pour permettre cette transmission.
Venu en saison l’an dernier, David a notamment découvert les coulisses et les nombreux petits détails qui maintiennent le refuge à flot. « C’est comme un bateau. On est le capitaine et on doit gérer beaucoup de choses que ce soit au niveau de la nourriture, de l’approvisionnement, des dortoirs, de la gestion de l’énergie, etc. On est un peu foufou parfois : on fait le linge quand il ne faut pas au vu du niveau des batteries. C’est ce que m’a montré Stéph’pendant un an. »

« Je le vois aussi comme un refuge pour moi et mes enfants »
Père de famille avec deux enfants de cinq et six ans, il amorce cette reconversion comme l’activité d’une vie. Un sacrifice pendant six mois de l’année pour pouvoir pleinement profiter avec sa famille le reste du temps. « Certes il faut s’occuper du chalet, mais je le vois aussi comme un refuge pour moi et mes enfants. Lors des périodes plus calmes on peut toujours s‘évader à un endroit, regarder les chamois, les bouquetins, etc. »
Sans s’étaler sur les chiffres, Stéphane Chevalier assure d’ailleurs lui léguer une activité rentable. « La première saison, quand je descendais, je disais que je ne devais rien à la buvette ! J’étais à l’équilibre. Les 10 premières années ont été difficiles en soi. Au bout de 20 ans, on sent un frémissement. À 30, l’activité roule, mais à 40 on a fait le tour », ironise-t-il. Avec ce trophée coup de cœur de la CCI 05, Stéphane espère aussi laisser du crédit à l’activité commerciale que reprend David. Un gage de confiance qu’il pourra faire valoir notamment auprès des financeurs afin d’assurer la pérennité du refuge et de son histoire.
Article issu du Dauphiné Libéré


