En Isère, le majestueux aigle du Grand Serre est très célèbre. Pas étonnant quand on peut l’admirer de loin, de très loin même. Cette forêt ayant la forme du rapace est visible depuis le Vercors, l’agglomération de Grenoble et même Voiron.
Un aigle impérial lié au passage de Napoléon Bonaparte dans le département en 1815 ? Si, dans un premier temps, la réponse semble évidente, elle n’est en réalité pas si simple que ça. Entre légendes et réalité, le mystère autour de cet aigle demeure encore aujourd’hui. On vous explique pourquoi.

L’aigle du Grand Serre et la prairie de la Rencontre
L’aigle est situé sur la commune de Cholonge (dont il porte parfois le nom) et sur les pentes du Grand Serre. Il s’agit d’un sommet du massif du Taillefer culminant à 2141 mètres d’altitude. Sur son versant oriental se trouve la station de ski de l’Alpe du Grand Serre. Cette montagne surplombe les lacs de Laffrey et la célèbre prairie de la Rencontre.
Cette prairie est un site naturel classé car c’est un lieu chargé d’histoire. En 1815, de retour d’exil à l’île d’Elbe, Napoléon Bonaparte revient en France. Il traverse les Alpes. Des soldats sont envoyés par le roi Louis XVIII pour stopper l’empereur déchu dans sa reconquête du pouvoir. La rencontre a lieu le 7 mars 1815 à Laffrey. Deux armées face à face mais aucun affrontement n’a eu lieu, les royalistes rejoignant rapidement le camp de Napoléon. 13 jours plus tard, il redevient Empereur. Jusqu’au 22 juin 1815, et sa nouvelle chute, c’est la période des Cent-Jours.
De l’Italie à Paris, ce retour au pouvoir de Napoléon Bonaparte est baptisé le vol de l’aigle. L’animal est un des emblèmes les plus importants du Premier Empire. Pas étonnant alors de retrouver des bois en forme d’aigle impérial au-dessus de cette prairie. Un oiseau immense : ailes déployées, il est large de 1600 mètres et haut de 500 mètres. Sa tête tournée vers le nord indique la direction prise par Napoléon et ses troupes.
Que disent les historiens ?
Des légendes racontent que ce sont des bonapartistes qui ont taillé cette forêt pour rendre hommage à l’empereur sur le retour. Mythe ou réalité ? Ce sujet est évoqué par Claude Muller dans son livre Les Mystères du Dauphiné (2001). Il raconte notamment le travail de René Raymond, un historien spécialiste du plateau matheysin où se trouve l’aigle impérial.
Quand cet aigle est-il apparu ? Qui a mené les travaux ? Qui a travaillé sur place ? Voici probablement quelques unes des questions que l’historien se posait au moment de ses recherches. Et il n’a trouvé aucune réponse et est arrivé à la conclusion que cet aigle était l’œuvre de la Nature et que sa présence près d’un site « napoléonien » n’est que le fruit du hasard.
L’absence de traces historiques est-elle suffisante pour mettre fin aux légendes autour de Napoléon ? Probablement pas. L’aigle du Grand Serre n’a peut-être pas encore dévoilé tous ses secrets.

Une première intervention humaine en… 2012
Il y a bien eu une intervention humaine dans ce célèbre bois de Cholonge mais elle est très récente. Avec le temps, la forme de l’aigle, notamment sa tête, a commencé à s’estomper. À l’approche du bicentenaire de la Rencontre en 2015, des travaux ont été menés en 2012 par l’entreprise AME (Aménagement, Montagne, Environnement). Les contours du bec ont été redessinés.
Le mythique aigle a pu retrouver de sa splendeur et continuer a faire vivre la légende de Napoléon dans les Alpes. Que les deux soient liés ou pas, cela n’a presque plus d’importance.


