Remède de grand-mère : la gnôle peut-elle être considérée comme un médicament ?

Quand on demande au docteur Simon Filippi si la gnôle est un médicament, il commence par rigoler, avant de se faire plus sérieux. Pour le président dans les Hautes-Alpes du syndicat de généralistes MG France, « tout dépend de ce qu’on appelle un médicament d’une part, et de la dose d’autre part. Si vous prenez un comprimé contre le mal de tête, il n’y a pas de problème. Si vous en prenez trois boîtes d’un coup, c’est dangereux. »

Si on lui pose cette question, c’est que certains de nos aînés, notamment en zone rurale, avaient tendance à se soigner par des remèdes de grand-mère, sans forcément aller chez le médecin. Et que la gnôle faisait parfois partie des solutions proposées en fonction des problèmes rencontrés.

Photo Le DL/Vincent Ollivier
Photo Le DL/Vincent Ollivier

La gnôle utilisée comme un remontant

« Si on remonte dans l’histoire, à l’époque des guerres médiévales, ou même plus proche de nous, des guerres napoléoniennes, les médicaments tels qu’on les conçoit aujourd’hui n’existaient pas. Et la gnôle, ou l’alcool en général, pouvait faire office d’anesthésique pour amenuiser la douleur. Dans certaines régions du monde, certains se soignent par les plantes et l’alcool est utilisé comme une solution permettant la dissolution de ces dernières. » Sans aller au bout du monde, les Chartreux mêlent alcool et plantes depuis plusieurs centaines d’années pour leur fameuse liqueur.

« La gnôle, ou tout autre alcool fort, servait aussi dans les départements ruraux comme un remontant. Si on prend l’image d’Épinal du Saint-Bernard qui avait toujours un tonnelet d’alcool autour du cou, c’était pour réconforter les personnes secourues en montagne. »

Au-delà des effets, réels ou supposés, de la gnôle, le docteur Filippi insiste aussi sur le caractère culturel qu’elle pouvait avoir dans les zones rurales.

« En ville, même les seniors ont perdu cette référence à la gnôle »

« Le petit verre de gnôle, c’est ce que les gens servaient au facteur quand il s’arrêtait, ou à un visiteur. Et comme toute chose, comme pour les médicaments, tout est question de dosage. Si c’est occasionnel et en petite quantité, pourquoi pas. En revanche, si c’est tous les jours et en grande quantité, les gens se mettent en danger. On pourrait comparer cela au café. À petite dose, il peut avoir des vertus, mais il peut se révéler nocif à haute dose. L’alcool est un psychoactif, un désinhibant qui peut permettre de diminuer les anxiétés. Il m’arrive de rencontrer des patients qui me disent prendre parfois un petit verre plutôt qu’un comprimé d’anxiolytique ».

« Mais attention, il peut y avoir des problèmes d’interaction entre les médicaments et l’alcool qui, soit vont augmenter les effets du médicament, soit totalement les annuler. De toute façon, globalement, c’est quelque chose qui se perd et qui n’existe quasiment plus que dans les zones rurales. En ville, même les seniors ont perdu cette référence à la gnôle. »

Article issu du Dauphiné Libéré

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