Dans la station huppée de Courchevel 1850, le luxe s’affiche à tous les coins de rue ou presque. Entre hôtels de standing, restaurants étoilés, chalets XXL et boutiques de luxe, les plus fortunés de ce monde n’ont que l’embarras du choix. En particulier dans les très chics quartiers du jardin alpin et de Bellecôte qui concentrent, à eux deux, quatre des cinq palaces de la station.
Parmi eux, L’Apogée et ses 14 000 m2 offrent toute la panoplie de l’hôtellerie de très haut de gamme : service sur mesure et personnalisé, voituriers, ski-room, kids club, accès direct aux pistes… Sans oublier le spa avec piscine intérieure chauffée, grotte de sel (idéal pour la peau et la circulation sanguine, paraît-il), sauna/jacuzzi, salon de coiffure ou encore salle de fitness. Ouvert de mi-décembre à fin mars, l’hôtel propose 40 chambres et 15 suites, 100 % confort, avec une vue imprenable sur les pistes, ainsi qu’un penthouse de 300m2 au dernier étage avec bain à remous installé sur la terrasse. Un fleuriste propose même ses services pour les clients les plus romantiques. « Pour la Journée de la femme, le 8 mars, l’un d’eux a offert 500 tulipes à sa compagne. Le plus compliqué a été de trouver la vasque qui a servi de seau », s’amuse Géraud Tournier, directeur général de l’établissement depuis 2022.
Juste à côté, deux chalets privés, reliés à l’hôtel, offrent des services d’exception sur 550m2 et plusieurs niveaux : salle à manger et salon avec cheminée, salle de cinéma, sauna, ski-room, majordome dédié et chef cuisinier à disposition. Pour le matin, pas d’inquiétude : peu avant l’ouverture des pistes, les skis des hôtes sont alignés à deux pas du ski-room, chaussures préalablement chauffées, avec un “ski majordome” au garde à vous en cas de besoin.

Propriété de Xavier Niel et de la famille Pariente
Pour profiter d’un tel standing, il faut avoir un compte en banque solide. L’excellence se paye cher : la nuit s’élève à plusieurs milliers d’euros. Pas donné à tout le monde, avouons-le. Dans l’univers ultra-concurrentiel des palaces, l’Apogée fait quelque peu figure d’exception. Ici pas de bling bing, ni de luxe ostentatoire. L’hôtel, propriété de Xavier Niel et de la famille Pariente (et géré par le prestigieux groupe Oetker hôtels), joue plutôt la carte de la discrétion et de l’authenticité alpine. Les matériaux nobles, comme le bois et la pierre, sont omniprésents à tous les étages. La décoration et le mobilier, tout en sobriété et élégance, réalisés sur mesure, n’ont presque pas changé depuis l’ouverture de l’hôtel en 2013. On y trouve des tables design, de grands coffres en cuir, une literie XXL agrémentée de têtes de lit affichant l’emblème des lieux : un flocon. Le tout dans une ambiance à la fois feutrée et raffinée.
Les premiers travaux d’envergure ont été réalisés l’an dernier au niveau de l’espace restauration et d’une partie des cuisines, entièrement repensés par la célèbre designer américaine Kelly Wearstler. Coût : quatre millions d’euros. Un nouvel espace de vie qui préfigure d’autres grands travaux à venir, dès cet été et durant les prochaines années, au niveau de la réception et dans les chambres de l’hôtel.
L’Apogée, élevé au rang de palace en 2019 et qui vient de renouveler sa distinction, accueille une clientèle fortunée en grande majorité étrangère : Américains, Brésiliens, Russes, résidants des pays du Moyen-Orient… Ici les grands patrons d’industrie côtoient les têtes couronnées des monarchies du Golfe, les magnats du pétrole ou les sportifs de renom. Des clients chouchoutés par les 190 employés de l’hôtel et du restaurant.
Pour la plupart, des saisonniers qui alternent entre l’hiver en Savoie et la saison d’été dans le sud de la France dans les autres palaces du groupe Oetker. « Courchevel est l’une des plus prestigieuses stations de ski, une destination connue dans le monde entier, au même titre que Saint-Moritz en Suisse ou Aspen aux États-Unis. On se doit d’offrir des prestations uniques à nos visiteurs et répondre, avec bienveillance, à leurs attentes et leurs habitudes. Nous attirons des clients, riches et fidèles, qui viennent de Sao Paolo, de Séoul, de Boston ou encore du Kazakhstan pour passer une semaine à Courchevel et profiter de l’art de vivre à la française. Comme les autres palaces, on participe à l’économie locale et à l’attractivité de la France sur la scène mondiale. Il faut aussi savoir en être fiers », conclut Géraud Tournier.


Parmi les nombreux services proposés par L’Apogée, la conciergerie occupe une place centrale. « Nous sommes un peu les personnes à tout faire dans l’hôtel », explique Emma, 22 ans, dans un large sourire. La jeune saisonnière, fraîchement diplômée d’une école de conciergerie, fait partie des cinq concierges de l’établissement. C’est sa deuxième saison à Courchevel. Et elle n’échangerait son poste pour aucun autre : « Avec ce métier, une journée ne ressemble jamais à une autre. On ne s’ennuie pas. Nous sommes là pour rendre service et faire plaisir à nos clients. Pour cela, nous devons répondre, à tous moments, à leurs demandes, des plus simples aux plus extravagantes ».
« Et toujours garder le sourire »
Outre les habituelles réservations d’hélicoptères, de jets privés ou de restaurants, la jeune femme a dû parfois faire face à des commandes plus insolites : trouver en urgence des donuts à la fraise pour une cliente polonaise, réserver un van pour transporter un chien chez un vétérinaire à Genève ou encore prendre un rendez-vous avec le consulat des Etats-Unis à Marseille pour un autre touriste. « Nos clients sont exigeants, chaque demande est un défi à relever », souligne Emma. Dernièrement, un touriste du Koweït, juste avant son départ, a voulu des chocolats d’une maison renommée de Genève. « Il souhaitait précisément 12 boîtes avec 123 chocolats à l’intérieur. En quelques heures, nous y sommes arrivés. Les chocolats ont été livrés à l’aéroport de Chambéry juste avant le vol retour du client », ajoute Géraud Tournier.
Les qualités essentielles d’un bon concierge ? « La polyvalence, la réactivité et être avenant, répond Emma. Il faut savoir s’adapter, trouver des solutions très rapidement, apprendre à gérer son stress au quotidien… Et toujours garder le sourire. C’est important également d’avoir un bon carnet d’adresses et d’entretenir de bonnes relations avec les restaurateurs, les moniteurs de ski, les chauffeurs… ».
Actuellement assistante concierge, Emma espère poursuivre sa carrière dans le groupe Oetker. « J’ai toujours voulu travailler dans l’hôtellerie de luxe et notamment les palaces. C’est un univers qui m’a toujours passionnée », signale la jeune femme.

Il est 17 heures et c’est l’effervescence dans la grande cuisine de L’Apogée. Sous la houlette du nouveau chef exécutif, Romain Antoine, une équipe de 38 personnes (cuisiniers, pâtissiers, boulangers, plongeurs…) s’active pour préparer les petits-déjeuners et repas de la journée. Des jeunes talents dont la créativité et la réactivité sont mises à l’épreuve pour répondre aux désirs des clients, de jour comme de nuit. « Nos hôtes aiment profiter de Courchevel la nuit. Nous avons donc un cuisinier et un serveur du room service qui sont présents 24 heures sur 24 sur place, ainsi qu’un voiturier, un concierge et un réceptionniste », signale Géraud Tournier.
Des demandes improbables à satisfaire Parmi les demandes les plus improbables, le directeur se souvient notamment d’une journée d’hiver durant laquelle une famille du Moyen-Orient a commandé un méchoui, pour le soir même, à livrer sur la terrasse d’un des chalets : « Il a fallu descendre à Chambéry en urgence pour louer une broche rotative, se rendre à Moûtiers pour acheter deux agneaux dans une boucherie halal et réquisitionner notre cuisinier pour réaliser une cuisson dans les règles de l’art ».
Le restaurant de L’Apogée, qui accueille depuis cet hiver le nouveau concept Beefbar, joue la carte de la cuisine haut de gamme. Mais sans avoir l’ambition de décrocher une étoile au Guide Michelin. « Nous avons fait le choix d’une restauration gourmande, joyeuse et festive plutôt qu’une gastronomie plus traditionnelle », ajoute le directeur, qui insiste sur la démarche RSE (responsabilité sociétale des entreprises) mise en place par l’hôtel au niveau du tri des déchets, du compost…
En France, 30 établissements, dont cinq à Courchevel, font partie du cercle très fermé des hôtels distingués “palaces”. Créée en 2010, cette distinction est désormais délivrée tous les trois ans (contre cinq ans auparavant) par Atout France, l’agence de développement touristique française. Pour devenir un palace, un hôtel doit remplir plusieurs critères d’excellence : être classé cinq étoiles, bénéficier d’une situation géographique exceptionnelle et d’une architecture remarquable, disposer de chambres d’une surface minimale de 26 m2 , proposer des prestations de très haut de gamme (room service 24 heures sur 24, espace de remise en forme, spa…), offrir une restauration de renommée mondiale, mettre en œuvre une démarche responsable… « C’est l’expérience client au sens large qui est contrôlée », précise Géraud Tournier
Pour vérifier les critères, une commission, composée de personnes d’horizons différents, visite les établissements régulièrement. Un peu comme le font les inspecteurs du Guide Michelin : « Nous allons ensuite soutenir notre renouvellement à Paris lors d’un oral suivi des questions ». Pour L’Apogée, le prochain renouvellement est fixé en 2028.
Article issu du Dauphiné Libéré