À Courchevel, la montagne devient un musée à ciel ouvert

Quand on arrive au sommet de la Vizelle, à 2 660 mètres d’altitude, sur le domaine skiable de Courchevel, on ne s’attend pas à voir de l’art, encore moins des statues. Pourtant, c’est ici que se dresse un arbre de vie en bronze, teinté d’une patine bleue. En descendant du téléphérique des Suisses, la sculpture attise la curiosité de bon nombre de skieurs. Certains, impressionnés, se prennent en photo devant, tandis que d’autres, interloqués, contemplent ses moindres recoins, face aux montagnes enneigées.

Associer art et montagne en créant un musée à ciel ouvert, tel est l’objectif de “L’Art au sommet”. Depuis 17 ans, en collaboration avec la galerie Bartoux, cette exposition étonnante prend ses quartiers dans la station de Courchevel 1850. Cet hiver, skieurs et promeneurs peuvent admirer sept œuvres de l’artiste italien Andrea Roggi. Cinq sont exposées au cœur de la station quand deux sont positionnées en haut des pistes, à plus de 2 200 mètres d’altitude.

« Les visiteurs sont invités à toucher les statues »

Pour créer ses emblématiques “arbres de vie”, l’artiste s’est inspiré directement des cyprès et oliviers qui entourent son atelier afin de transmettre un message : « L’amour et la créativité font tourner le monde. »

« La particularité de cette exposition réside dans le fait qu’elle se situe à ciel ouvert. Les visiteurs sont invités à toucher les statues, à tâter les branches. Elles sont assez résistantes et faites pour ça », assure Andréa Cerezal-Orellana, guide conférencière de la Facim.

Si les œuvres d’Andrea Roggi ont été choisies, c’est parce qu’elles s’intègrent parfaitement avec l’environnement. Comme lorsque la neige se pose sur la sculpture pour lui redonner vie. « Si l’on se met d’un côté ou de l’autre de l’œuvre Il potere dell’amore (front de neige), on aperçoit cette transparence avec les montagnes au travers, indique la guide conférencière. C’est une volonté de la galerie Bartoux de choisir des œuvres qui peuvent jouer avec le paysage. » Tout en prenant en compte les températures souvent négatives qui vont avec. « Quand ils exposent à Courchevel, les artistes le savent, ils doivent choisir des œuvres dont les matériaux sont capables de résister au froid et de tenir le choc entre le gel et le dégel. »

Outre le côté artistique, exposer de telles œuvres en altitude n’est pas chose facile. Rien qu’Il potere del amore, la plus monumentale des sept œuvres, pèse déjà 1,8 tonne. Un détail comparé au socle en travertin où elle repose, qui grimpe jusqu’à 7,2 tonnes. « Pour la première fois, les statues trônent sur un socle de cette taille et de ce poids. Les années précédentes, il était en plastique et donc plus facile à installer », raconte Andréa Cerezal-Orellana. En contrepartie, de gros moyens techniques ont dû être déployés. Une chose à laquelle Courchevel est habitué. « Cette année, les œuvres n’ont jamais été aussi lourdes. Il a donc fallu utiliser un camion grue avec un gabarit inédit, révèle la guide conférencière. Pour celle qui trône au sommet de la Vizelle [418 kilos pour la sculpture et 2 500 kilos pour le socle, NDLR], un hélicoptère a même été utilisé. »

« Les œuvres exposées laissent rarement indifférents »

Il y a 17 ans, mettre en place chaque année une exposition à ciel ouvert s’apparentait à un « pari fou » pour la station de Courchevel. Pour la première édition, la galerie Bartoux avait vu grand en acheminant les œuvres espagnoles de Salvador Dalí en montagne. « L’artiste n’aimait pas la montagne, il n’aurait jamais accepté de son vivant, relate Andréa Cerezal-Orellana. Ses équipes, venues sur place, étaient alors persuadées qu’il aurait adoré le résultat. »

Richard Orlinski, Michel Bassompierre ou Bruno Catalano sont autant de peintres et sculpteurs dont les créations monumentales ont déjà été exposées dans les rues et sur les pistes de la station. « Quand la galerie Bartoux fait venir des artistes pour “L’Art au Sommet”, ils ne sont pas habitués à exposer en altitude. C’est une première pour eux à chaque fois », indique la guide conférencière.

Si la station innove à chaque édition, un constat traverse les années. « De par leur localisation, leurs dimensions et ce qu’elles représentent, les œuvres exposées dans le cadre de “L’Art au Sommet” laissent rarement indifférents. »

Jusqu’au 20 avril 2026, sept œuvres de l’artiste italien Andrea Roggi sont visibles dans Courchevel 1850 : place Cœur-de-Courchevel, place du Tremplin, front de neige et place du Rocher mais aussi sur les pistes au sommet de la Vizelle (2 660 mètres d’altitude) et du Biollay (2 230 mètres d’altitude). Pour connaître leur histoire, des visites guidées sont organisées tous les jeudis par la Facim. Cinq œuvres de l’artiste français Bruno Catalano sont également exposées dans les villages de La Tania, Courchevel Le Praz, Courchevel Village, Courchevel Moriond et Courchevel.

Article issu du Dauphiné Libéré

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