C’est une station mouchoir de poche qui se découvre quand on arrive à bout des multiples lacets dont le Vercors a le secret. Le col de Rousset, petite station de ski drômoise au cœur des grands espaces du massif, se veut accessible à tous les porte-monnaie.
Ici, tout se compte : le nombre de commerces comme celui de vacanciers. Et même chaque flocon. « On est toujours un peu à la limite », reconnaît Claude Luttenbacher, responsable de la station et du stade de biathlon Raphaël-Poirée, non loin de là.
Chaque flocons compte
À 1 514 mètres d’altitude, sommet du télésiège, chaque chute de neige est une bénédiction. « Jusqu’à présent, on s’en sort. On arrive à garder la neige, à maintenir le jardin d’enfants et le téléski école. À l’abri du vent, on peut avoir jusqu’à 50 ou 60 centimètres. Sur les pistes, 15 à 20 centimètres suffisent pour travailler correctement. »
Dans un contexte climatique contraint, la station a fait le choix de ne pas installer de canons à neige et préfère miser sur des barrières spécifiques. « Elles captent la neige, que l’on déplace ensuite avec les dameuses. C’est un vrai travail de terrain », ajoute le responsable de la station.
La force et l’esprit village
Directeur depuis un peu plus de trois ans, Claude Luttenbacher connaît la montagne depuis l’enfance. « Mon père a créé une station dans les Vosges. J’ai grandi là-dedans. Ce que je retrouve ici, c’est la convivialité. Les gens disent bonjour, reviennent nous remercier. Une famille nous a même offert un pot de confiture. Ce sont des petits gestes qui n’ont pas de prix. »
Aujourd’hui, toutes les remontées mécaniques sont ouvertes. « C’est le résultat d’un travail d’équipe, notamment la nuit », se réjouit le directeur. Une équipe de 30 personnes en hiver, réparties entre remontées mécaniques, pistes et maintenance. « Les dameuses ont en effet fait un très beau travail, cette nuit, renchérit Philippe Brass, chef des pistes. C’est une station particulière, parce qu’elle se trouve au bout du Vercors. C’est la confrontation climatique entre le sud et le nord. On a une exposition aux éléments plus importante, le vent du nord nous balaie la neige, le sud nous la radoucit. »
Le col de Rousset revendique un ski familial, loin de la surfréquentation, avec tout de même 26 pistes – deux noires, des rouges, des bleues et de grands espaces débutants. Le domaine est vaste. La remise en service du téléski de l’Avallon, fermé depuis trois hivers, redonne de l’élan à la station, propriété du Département.
Retrouvailles au sommet
Au sommet des remontées Rousset, un groupe de neuf personnes, originaires de Drôme et d’Ardèche, raquettes aux pieds, marchent en file indienne sur le chemin de randonnée et s’apprêtent à avaler 1 h 30 de balade. Daniel, Chico, Cathy, Nan et Gigi savourent autant la marche que le plaisir d’être ensemble. Les plus jeunes sont partis skier. La team Belle Époque se connaît depuis plus de 30 ans et continue de se retrouver, saison après saison, toutes générations confondues.
Un skieur se prend dans les filets. « Ah, ce n’est pourtant pas l’ouverture de la pêche », plaisante Claude Luttenbacher. Le « poisson », c’est Fred, d’Érôme (Drôme), venu avec sa fille Naomi, son ami Patrick et la jeune Capucine. « La dernière fois que je suis venu ici, j’avais 6 ans, c’était en classe neige, se rappelle Fred. C’est génial. Ils ont de super pistes de ski, c’est une journée idéale. Le seul bémol, c’est le temps que l’on a passé à la location de skis. On a dû attendre deux ou trois heures. »
Si l’un des deux restaurants n’a pas ouvert cet hiver pour des raisons familiales, la station peut en effet compter sur un magasin de sport pour la location de skis, un atout essentiel.

À la station, tout le monde le connaît, et il connaît tout le monde. L’hiver, on croise Jean Gautronneau sur le domaine skiable, où il est conducteur de télésièges depuis une dizaine d’années.
Entre Die, où il habite, et le col de Rousset, en covoiturage, il allie l’utile à l’agréable. « Avant, je travaillais à plein temps. Maintenant, j’ai des jumeaux de 1 an et demi, j’ai réduit. Je viens travailler ici un à deux jours par semaine, et jusqu’à trois pendant les vacances », dit-il.
Le reste de l’année, c’est dans les champs qu’il passe le plus clair de son temps. Car le trentenaire est agriculteur. Il cultive, depuis quatre ans, la vigne et la pomme de terre sur l’exploitation familiale, vaste de 52 hectares. Il vend son raisin à un producteur privé qui élabore la clairette, tandis que ses pommes de terre sont écoulées en circuit court, dans une épicerie coopérative locale. « J’ai la chance de maîtriser mes prix. Il y a ici une population qui peut acheter du bio à un tarif qui rémunère correctement les agriculteurs. Ce n’est pas le cas partout. »
Travailler ici pour tenir l'année
Une agriculture exigeante, menée presque seul, avec l’aide de saisonniers lors des grosses périodes. « Pour le moment, mon exploitation ne me dégage pas beaucoup de revenus. Travailler à la station, c’est un complément indispensable », reconnaît-il. Son objectif reste clair : devenir agriculteur à temps plein. « D’ici deux ou trois ans, je pourrai me permettre de ne plus venir travailler l’hiver. » Mais « si l’ambiance reste la même, je continuerai peut-être ».
Car, au-delà de l’aspect financier, c’est aussi une question d’équilibre. « Ça me fait voir du monde, ça change de l’agriculture. L’univers du ski me plaît. » Dans cette station à taille humaine, les liens se tissent vite. « Ici, on se connaît tous : les remontées, la location, les restaurants, l’ESF (École du ski français). C’est une ambiance familiale. »
Imaginer d’autres acivités
Nathalie est la gérante d’Algoud Sports, l’un des derniers commerces de la station. Chaque hiver, elle voit défiler skieurs et familles qui cherchent skis, chaussures et bottes, parfois en attendant un peu « surtout quand ils arrivent tous en même temps ». « Heureusement que je suis là, sinon, ils ne pourraient pas skier », sourit-elle. L’été, elle transforme son magasin : chaussures de randonnée, souvenirs et produits locaux occupent les étagères.
Mais la commerçante regrette la disparition de nombreux services : deux restaurants ont fermé, la garderie a disparu, tout comme plusieurs offres de logement. Selon elle, « il faudrait proposer des activités pour que les gens restent plus longtemps ». « Pourquoi ne pas proposer des activités multisports dans un gymnase ? »
Comme dirait Claude Luttenbacher : « On ne promet pas l’exceptionnel, mais une station qui fonctionne. Et, surtout, un lieu où les gens passent de belles journées ensemble. »
Article issu du Dauphiné Libéré