Dans notre précédent article, on se posait une question toute simple : combien de kilomètres peut-on rouler à vélo en une journée ? On y parlait de profils, d’endurance, de records… Mais si vous avez déjà mis vos roues en montagne, vous savez qu’un chiffre ne dit pas tout.
Parce qu’au-delà de la distance, c’est le dénivelé positif, autrement dit, tout ce qu’on grimpe dans la journée, qui détermine vraiment la difficulté d’un parcours.
Un parcours peut afficher 100 kilomètres, mais selon qu’il soit plat ou ponctué de trois cols, l’effort à fournir est sans commune mesure. La vraie question est donc : combien de mètres de dénivelé positif peut-on raisonnablement viser en une journée ?

Un record qui repousse les limites humaines
Pour fixer les idées, il faut évoquer l’exploit du Français Nicolas Chatelet, qui a ainsi établi un record de 21 168 m de D+ en 24 h sur une montée répétée du Plateau de Beille (Ariège), soit près de 10 fois l’ascension du Mont Ventoux. D’autres “Everesters” ont aussi tenté de battre des records en accumulant des montées courtes mais raides, souvent sur des parcours optimisés. Ces exploits nécessitent une assistance logistique, une récupération millimétrée… et un mental à toute épreuve.
Mais ce genre de performance extrême n’est pas un modèle. Pour le commun des cyclistes, le plus utile reste d’estimer ses propres limites en fonction de son niveau et de ses habitudes. Voici des repères, étayés par l’observation de nombreuses pratiques sur le terrain, du type cyclosportives, parcours Strava, et témoignages de cyclistes de tous horizons.
Si vous débutez, visez entre 400 et 800 mètres de D+
Quand on commence le vélo, une montée peut déjà faire peur. Le souffle court, les jambes qui brûlent, le cardio qui s’emballe… C’est normal. Même une “petite” montée de 3 ou 4 kilomètres peut être un vrai défi.
En général, pour une première vraie sortie avec un peu de pente, un cumul de 500 à 800 mètres de D+ sur la journée, c’est un bon objectif. De quoi passer un col facile, ou faire deux montées courtes espacées par du plat. On reste en terrain modeste, mais on apprend à gérer son effort, à mouliner, à boire, à récupérer.
Une boucle de 50 kilomètres autour d’Annecy avec le col de Leschaux ? Parfait. Vous verrez vite que grimper n’est pas réservé aux costauds, mais ça se prépare, et ça s’apprend.

Si vous roulez régulièrement, vous pouvez encaisser entre 1 200 et 2 000 mètres de D+
Au bout de quelques mois (ou années) de pratique régulière, le corps commence à s’habituer. On gère mieux son effort, on anticipe les coups de mou, on choisit ses braquets plus intelligemment. Bref, on grimpe sans exploser.
Un cycliste “actif”, celui qui sort presque tous les week-ends, fait parfois une cyclo, connaît les bosses du coin, peut tout à fait viser 1 500 mètres de D+, voire un peu plus, sur une sortie entre 80 et 120 km.
C’est le profil de ceux qui partent faire une belle boucle dans le Vercors ou en Chartreuse, avec deux ou trois montées à enchaîner : un col à 800 mètres de D+, un autre à 500, plus quelques bosses cachées dans les vallées. À la fin, on sent que ça a tiré dans les jambes, mais on rentre avec le sourire. Et l’envie de recommencer.
Si vous êtes expérimenté, la barre peut monter entre 2 500 et 4 000 mètres de D+
C’est là que les choses deviennent sérieuses. On parle ici des cyclos chevronnés, de ceux qui enchaînent les grands cols et connaissent la sensation d’un col HC à jeun au petit matin.
Rouler dans cette tranche de dénivelé, c’est souvent une sortie de 5 à 7 heures, avec 3 à 4 montées majeures, et très peu de temps de répit. C’est le territoire des grandes classiques comme la Marmotte, le Granfondo Mont Ventoux ou l’Étape du Tour. Ce n’est pas seulement une question de force physique, mais aussi de stratégie : manger toutes les 45 minutes, boire avant d’avoir soif, gérer les descentes pour récupérer, garder la tête froide dans les murs à 10 %…
Au-delà de 5 000 mètres de D+ : l’endurance extrême
Certains cyclistes passionnés, souvent tournés vers l’ultra-distance, visent des dénivelés vertigineux. 5 000 à 6 000 mètres de D+ dans une journée est un objectif rare mais réalisable pour ceux qui préparent ce genre de défi sur le long terme. Cela implique généralement plus de 10 heures de selle, avec des ascensions longues et parfois très raides, comme dans les Alpes ou les Pyrénées.
Des événements comme le Tour du Mont-Blanc Cyclo ou des défis personnels type Everesting relèvent de cette catégorie. Ce sont des efforts où le mental devient aussi important que les jambes.

Et si vous ne savez pas dans quelle catégorie vous êtes ?
Tous les cyclistes ne rentrent pas dans une case précise. L’expérience n’est pas linéaire, et il est courant d’osciller entre deux niveaux selon la forme du moment ou le terrain choisi. Le plus simple est de s’appuyer sur sa sortie la plus exigeante passée : combien de mètres de dénivelé avait-elle ? À quel moment la fatigue s’est-elle installée ? A-t-on eu envie d’écourter ou de rallonger ?
Le dénivelé est un excellent indicateur de difficulté, souvent plus pertinent que la distance. Et surtout, c’est un bon outil de progression : on peut viser +20 %, puis +30 % à chaque nouvelle étape, en gardant le plaisir comme boussole.